Les pays à revenu faible et intermédiaire ont remboursé 741 milliards de dollars de plus qu'ils n'ont reçu de nouveaux financements entre 2022 et 2024.
Cette alerte récente émane de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI), qui rappelle que, dans la région, l'aide recule, les flux de dette chinoise sont devenus négatifs et les capitaux ressortent plus vite qu'ils n'entrent.
Pour atteindre le taux d'investissement de 30% du PIB qui a porté le décollage des économies asiatiques, les pays africains à faible revenu font face à un déficit de financement externe d'environ 120 milliards de dollars par an d'ici 2030, selon un rapport publié en juin par la Fondation pour les études et recherches sur le développement international.
Ce laboratoire d'idées français, spécialisé dans les politiques de développement, chiffre à 157 milliards de dollars le besoin annuel de l'ensemble des 57 pays à faible revenu, soit moins de 10% des excédents d'épargne cumulés de la Chine (669 milliards de dollars en 2024) et de l'Union européenne (909 milliards de dollars). Une réallocation de 8,5% du seul excédent européen suffirait à en couvrir la moitié, ont calculé les économistes Édouard Mien et Bulbul Butail, auteurs du rapport avec le directeur général de la fondation Bruno Cabrillac.
«L'apport net d'épargne extérieure a été à la fois insuffisant pour entraîner un rattrapage du capital par tête et suffisant pour engendrer un endettement intenable dans nombre de pays», écrivent les auteurs dans le rapport, publié alors que la présidence française du G7 a placé les déséquilibres mondiaux au cœur de son agenda.
Ce paradoxe a atteint une ampleur inédite: les pays à revenu faible et intermédiaire ont remboursé 741 milliards de dollars de plus qu'ils n'ont reçu de nouveaux financements entre 2022 et 2024, la plus forte sortie nette de capitaux en au moins cinquante ans, selon la Banque mondiale. Des économies censées importer de l'épargne pour absorber leur croissance démographique sont devenues exportatrices nettes de ressources vers leurs créanciers.
L’étau chinois se ressere
La Chine concentre l'essentiel de la contrainte. Le déficit commercial des pays à faible revenu envers Pékin a atteint 91 milliards de dollars en 2024, soit 75% de leur déficit total de biens, selon la FERDI. Premier créancier bilatéral de 23 des 38 pays africains à faible revenu, la Chine voit ses flux de dette s'inverser: le service de la dette dépasse les nouveaux prêts depuis 2019 et en représente aujourd'hui le quadruple, d'après le rapport. Le Kenya a converti en octobre 2025 l'équivalent de 3,5 milliards de dollars de dette en yuans pour en réduire le coût.
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Les exportations des pays africains vers la Chine sont composées à 88% de minerais bruts et d'hydrocarbures, cuivre en tête, tandis que 93% de leurs importations chinoises sont des biens manufacturés. La guerre commerciale sino-américaine pourrait aggraver cette asymétrie plutôt que la corriger: les droits de douane de 2018-2019 ont surtout profité au Vietnam, au Bangladesh et au Mexique, rappelle la FREDI, et les exportations chinoises vers l'Afrique ont bondi de 18,4% en 2025, selon des données de China Briefing citées dans le rapport.
Le retrait de l'aide aggrave l'équation. L'aide publique au développement a reculé de 23,1% en termes réels en 2025, la plus forte baisse jamais enregistrée, selon l'OCDE, et la part des dons captée par les pays à faible revenu est tombée de 33,6% à 26,4% entre 2017-2019 et 2022-2024, d'après les données du Comité d'aide au développement citées par la FERDI. Le rapport plaide pour une réorientation de l'aide vers les pays les plus pauvres et pour un fonds de compensation, alimenté en devises par la communauté internationale, afin de soutenir les paiements au sein de la zone de libre-échange continentale africaine.
Deux échéances diront si ces recommandations trouvent preneur : les arbitrages de la présidence française du G7 sur les déséquilibres mondiaux et le 31 décembre 2026, date d'expiration de l'AGOA, le régime d'accès préférentiel au marché américain renouvelé en février pour dix mois seulement.