Rachat de SFR : Altice France entre en négociations exclusives avec Bouygues Telecom, Iliad et Orange

Devant une boutique SFR à Paris.
PHW/ - REUTERS - Philippe Wojazer

Devant une boutique SFR à Paris.
PHW/ - REUTERS - Philippe Wojazer
Les opérateurs télécom Bouygues Telecom, Iliad (Free) et Orange ont réussi ce qui paraissait impossible. Après une première offre à 17 milliards pour racheter SFR« immédiatement refusée » en octobre dernier, et une phase de due diligence entamée début 2026, le consortium a convaincu Altice France d'entrer en négociations exclusives. Le montant mis sur la table atteint 20,35 milliards d’euros, ce qui a visiblement satisfait Patrick Drahi.
D'après nos informations, un earn out (un complément de prix) a également été négocié par Altice France. En cas de bonnes performances opérationnelles de l'entreprise dans les mois ou années qui suivront le closing, un complément de 650 millions d'euros pourra ainsi être versé de façon décalée. « Cette clause est classique et va encore faire l'objet de négociations dans les semaines à venir », a toutefois tenu à tempérer une source proche du consortium.
La période d'exclusivité accordée par Altice France court jusqu’au 15 mai 2026. Ce délai doit permettre de finaliser la documentation juridique et les termes précis du partage des actifs. Si les différentes parties sont toujours alignées, elles signeront alors un protocole d'accord non engageant d'ici la fin du deuxième trimestre de cette année, avant fin juin. Viendra ensuite un temps de consultation des instances représentatives du personnel de chaque acteur. Le tout pouvant aboutir au « signing », à la signature d'un accord engageant à la sortie de l'été.
Les trois acheteurs vont pouvoir notifier les autorités de la concurrence dès le protocole d'accord non engageant. L'examen débutera alors automatiquement, à condition que le dossier soit complet et, ce, qu'il atterrisse à Bruxelles ou à Paris. S'enclencherait alors un processus d'examen d'une durée de 18 mois incompressible. Le « closing », la signature finale et la vente effective aboutirait ainsi avant fin décembre 2027, soit en ligne avec le calendrier espéré initialement par le directeur général de Bouygues Olivier Roussat.
Le consortium promet de maintenir la continuité du service pour les 26 millions de clients fixe et mobile de SFR. L’offre couvre la majorité des actifs de l’opérateur mais pas son réseau de fibre optique XPFibre qui fait l'objet d'un processus de vente séparé, tout comme la filiale de centres d'appel Intelcia, mais aussi Altice Technical Services, qui réunit la plupart des techniciens, ainsi que les activités du groupe Altice dans les départements et régions d'outre-mer.
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La répartition a évolué depuis la première offre de 2025 : Bouygues Telecom récupère la totalité de l'activité entreprise, alors qu'Iliad devait aussi en racheter une part initialement. La répartition du prix a également légèrement changé. A l'origine, elle devait se faire comme suit : 43% pour Bouygues Telecom, 30% pour Free et 27% pour Orange. Finalement, ce sera 42% pour Bouygues Telecom, 31% pour Free et 27% pour Orange. Free augmente donc son apport de 1%.
Les quatre acteurs impliqués dans l'opération ont tous envoyé le même communiqué de presse à la même heure ce matin, démontrant une belle concertation synchronisée. « Il n'y a aucune certitude à ce stade que cette opération soit réalisée », précisent-ils prudemment. Mais le plus gros est fait concernant les discussions entre acheteurs et vendeur.
Le seul véritable obstacle à la conclusion du deal pourrait venir de l'examen des autorités de la concurrence et d'un possible refus de le valider. Or, à ce stade, personne ne sait encore si ce sera Bruxelles ou Paris qui pilotera le dossier. Le feu vert donné par Bruxelles à la reprise en totalité de MasOrange par Orange ne signifie pas que l'opération soit finalisée côté ibérique. Cela va prendre encore plusieurs semaines, voire mois.
En attendant, Orange conserve donc suffisamment de chiffre d'affaires réalisé dans notre pays pour que ce soit l'Autorité de la concurrence française qui conserve la main. Une perspective qui a la préférence du consortium parce qu'elle permet de faire affaire à domicile. Un nouveau directeur général de la concurrence a été fraichement nommé à Bruxelles, en début de semaine : l'Irlandais Anthony Whelan, qui a accompagné de près la fusion des opérateurs britanniques Vodafone et Three UK. Reste à voir quelle impulsion ce proche de la présidente de la commission Ursula von der Leyen donnera à la puissante direction générale européenne - et si elle saura s'accorder avec Paris.