Made in France : « Structurellement déficitaire », cette usine de panneaux solaires ferme ses portes

La ligne d’assemblage de panneaux solaires modernisée en 2023 par Reden Solar fermera dans les prochaines semaines.
Rémi Benoit

La ligne d’assemblage de panneaux solaires modernisée en 2023 par Reden Solar fermera dans les prochaines semaines.
Rémi Benoit
De 2009 à 2026. 17 ans après sa mise en service à Roquefort, près d’Agen, l’usine d’assemblage de panneaux photovoltaïques de Reden Solar rejoint le cimetière industriel du made in France. La PME du Lot-et-Garonne vient d’annoncer la fermeture dans les prochaines semaines de ce site qui employait neuf salariés. Un coup d’arrêt brutal mais prévisible compte tenu de la féroce concurrence des constructeurs chinois.
« C’est une décision difficile mais nous faisons le constat que cette usine est structurellement déficitaire parce qu’il n’y a pas de marché potentiel en France et en Europe », justifie Florence Burhin, la responsable de la communication de Reden Solar. Et pourtant la PME née en 2008 y croyait encore en 2023 lorsqu’elle a modernisé l’usine en réinvestissant cinq millions d’euros dans une ligne d’assemblage flambant neuve. De quoi se doter d’une capacité de production annuelle de 300 000 panneaux photovoltaïques !
« Des questions se sont posées en 2023 compte tenu de l’équation qui était déjà complexe à l’époque, mais on a tenté de conserver cet outil qui était un réel atout et une expertise technique. Mais, aujourd’hui, la concurrence est encore plus intense. L’écart de prix entre un module photovoltaïque français et son concurrent chinois, c’est de l’ordre de 200 % ! », rappelle Florence Burhin.
Faute de marché, la PME de 275 salariés, qui dispose de plus de 1,1 gigawatt de capacité solaire installée principalement en Europe, a donc été contrainte de renoncer à produire en France. En mai dernier, le même constat avait conduit la société Carbon aux mêmes conclusions. Alors qu’elle projetait depuis 2022 de construire près de Marseille une gigafactory de panneaux solaires pour alimenter le marché européen. Il était question de 3 000 emplois directs et de 12 millions d’unités par an avant que la direction n’abandonne, faute d’avoir pu réunir les près de deux milliards d’euros nécessaires au lancement de l’usine.
En plus de Voltec, qui assemble encore des panneaux photovoltaïques dans le Bas-Rhin, il reste encore le projet Holosolis pour défendre les couleurs du made in France. Cette société ambitionne une gigafactory en Moselle pour produire dix millions de panneaux solaires par an à partir de 2028. Un projet à un milliard d’euros.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Mais pour Reden Solar, l’équation reste insoluble : « L’écart structurel de compétitivité est trop important et les différents règlements européens tels que le Net Zero Industry Act et l'Industrial Accelerator Act sont insuffisants pour protéger l’industrie française. Et le Pacte solaire français n’est pas contraignant… », déplore la PME agenaise. Reden Solar qui a cherché à céder l’usine à d’autres acteurs de la filière n’a d’ailleurs pas trouvé d’acquéreur intéressé par cet actif industriel.
À lire également
Pour le reste, alors que de très nombreuses entreprises des énergies renouvelables sont mises en difficulté par la conjoncture économique et politique, Reden Solar assure rester dans une dynamique de croissance, de recrutements et d’acquisitions. Détenue depuis 2022 par un consortium international mené par le fonds australien Macquarie, elle a bouclé au printemps une opération de refinancement de plus d’un milliard d’euros auprès d’une dizaine de banques.