Câbles sous-marins : le talon d'Achille numérique des pays du Golfe dans le détroit d'Ormuz
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Depuis 2021, le bateau Aurora sillonne les mers du monde pour installer des câbles sous-marins.
Pierrick Merlet
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Depuis 2021, le bateau Aurora sillonne les mers du monde pour installer des câbles sous-marins.
Pierrick Merlet
99 % du trafic internet mondial transite par des câbles sous-marins et non par satellite.
L'Iran identifie ces infrastructures comme une vulnérabilité majeure pour l'économie régionale.
Une rupture de câble paralyserait les services financiers et l'IA, piliers de l'après-pétrole.
Le détroit d'Ormuz n'est plus seulement ce cul-de-sac maritime par lequel transite une bonne partie du pétrole mondial. Sous la surface, dans le silence des profondeurs, une autre richesse circule : les données. L'Iran vient de briser un tabou en désignant explicitement les câbles sous-marins de la zone comme un « point vulnérable » pour l'économie régionale. Cet avertissement transforme une infrastructure technique invisible en un enjeu de pouvoir majeur, capable de paralyser les ambitions de diversification des pays du Golfe.
Contrairement à une idée reçue, Internet ne passe pas majoritairement par l'espace. Les systèmes satellitaires ne constituent pas une solution de remplacement viable : ils sont plus coûteux et incapables de gérer le même volume de trafic. « Ce n'est pas comme si l'on pouvait simplement passer au satellite. Ce n'est pas une alternative », tranche Alan Mauldin, directeur de recherche au sein du cabinet TeleGeography. En réalité, environ 99 % du trafic internet mondial repose sur ces fibres optiques posées sur les fonds marins.
Le détroit d'Ormuz concentre plusieurs de ces artères vitales. On y trouve notamment l'Asia-Africa-Europe 1 (AAE-1), qui relie l'Asie du Sud-Est à l'Europe, ou encore le réseau Falcon, maillon essentiel pour l'Inde et les pays du Golfe. Si le sabotage délibéré par un État reste un risque, la réalité est souvent plus prosaïque : 70 % à 80 % des pannes résultent d'activités humaines accidentelles, comme la pêche ou le raclage des ancres de navires. Dans un détroit encombré par les manœuvres militaires et les navires en dérive, le risque de rupture involontaire explose.
Pour l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, cette vulnérabilité est un cauchemar stratégique. Ces nations ont investi des milliards de dollars dans l'intelligence artificielle et les infrastructures numériques pour réduire leur dépendance au pétrole. Leurs entreprises nationales d'IA, qui desservent des clients dans toute la région, dépendent totalement de la stabilité de ces câbles. Une coupure prolongée ne signifierait pas seulement un Internet ralenti ; elle entraînerait une paralysie des transactions financières, du commerce en ligne et des services de stockage de données à distance.
Réparer ces infrastructures dans une zone de conflit relève de la gageure. Si la technique est maîtrisée, la logistique est un enfer politique. Il faut obtenir des autorisations d'accès aux eaux territoriales et convaincre les assureurs de couvrir les navires de réparation malgré les risques liés aux combats ou à la présence de mines. Comme l'a montré l'incident de 2024 en mer Rouge, où un navire attaqué par les rebelles houthistes a sectionné des câbles avec son ancre en dérivant, la guerre en surface finit toujours par rattraper les profondeurs.
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L'enjeu dépasse la simple panne technique. Pour les acteurs du secteur, le défi sera de cartographier à nouveau les fonds marins une fois les hostilités terminées afin de déterminer des emplacements sûrs, loin des épaves de navires ou d'objets coulés pendant les affrontements. L'impact de ces dommages sur la connectivité dépendra de la capacité des opérateurs à mobiliser des alternatives, mais le constat reste le même : la dépendance physique du monde numérique à des zones géographiques aussi instables que le détroit d'Ormuz est une réalité que les investissements massifs dans la technologie ne peuvent, pour l'instant, pas effacer.
(Avec Reuters)
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