Après Intel, le gouvernement américain prêt à entrer au capital d'autres entreprises stratégiques
latribune.fr
Kevin Hassett, conseiller économique national à la Maison-Blanche, salue les journalistes alors qu'il retourne dans l'aile ouest après avoir donné une interview télévisée en direct à la Maison-Blanche, le 4 août 2025.
Après avoir pris 10 % du capital d’Intel pour 8,9 milliards de dollars, l’administration Trump envisage de généraliser cette pratique. L’objectif : garantir un retour sur investissement pour le contribuable américain, sécuriser les industries stratégiques et consolider l’assise des champions nationaux face à la rivalité avec la Chine. Le point sur cette nouvelle doctrine d'interventionnisme d'État.
Le gouvernement américain, par la voix de Kevin Hassett, principal conseiller économique du président Donald Trump, a ouvert la porte à de nouvelles prises de participation dans des entreprises privées. Cette annonce intervient quelques jours après l’officialisation de l’entrée de l’État au capital d’Intel à hauteur de 10 %. Une stratégie qui rompt avec les pratiques antérieures et soulève de nombreuses questions sur le rôle de l’État dans l’économie de marché.
L’affaire Intel, annoncée vendredi, fait office de cas d’école. L’investissement de 8,9 milliards de dollars de l’État, s’ajoutant aux 2,2 milliards de subventions déjà versées, a transformé une aide publique en une prise de contrôle partielle du capital. Kevin Hassett a justifié cette démarche en soulignant que, pour la première fois, le contribuable américain obtient « une part du capital » en échange de son investissement, une rupture avec les subventions « à fonds perdus » du passé. La participation est certes « sans droit de vote », mais elle marque un tournant idéologique majeur, et potentiellement une nouvelle ère de partenariat public-privé outre-Atlantique. Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, avait déjà préparé le terrain la semaine dernière en précisant que le gouvernement souhaitait obtenir des parts en échange des subventions prévues par le Chips Act, la loi adoptée sous l’administration précédente de Joe Biden.
Un modèle d’interventionnisme d’État en gestation
Si l’opération Intel est la première de cette ampleur sous la présidence Trump, elle pourrait n’être que la partie émergée de l’iceberg. Le gouvernement américain semble vouloir généraliser cette approche pour sécuriser des secteurs dits stratégiques. L’objectif est double : d’une part, rapatrier des industries clés sur le sol américain, et d’autre part, s’assurer que l’aide financière massive du gouvernement se traduise par un retour sur investissement pour l’État.
Cette nouvelle doctrine s’inscrit dans un contexte de forte rivalité économique, notamment avec la Chine. Les États-Unis cherchent à renforcer leur indépendance technologique, en particulier dans le secteur crucial des semi-conducteurs, où des entreprises asiatiques comme TSMC et Samsung dominent largement le marché. Le gouvernement, par cette stratégie de participation, cherche à consolider l’assise financière de ses champions nationaux, tout en garantissant une certaine influence sur leur trajectoire, même sans droit de vote direct.
Implications pour les entreprises et les marchés
L’extension de cette politique d’investissement public pourrait avoir des répercussions significatives pour les entreprises et les marchés financiers. Pour les entreprises, l’entrée de l’État au capital pourrait être une aubaine financière, leur offrant un accès à des fonds massifs sans les contraintes habituelles des levées de fonds privées. Cependant, cela pourrait aussi signifier une pression accrue pour s’aligner sur les objectifs de politique industrielle du gouvernement.
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Les marchés, quant à eux, devront s’adapter à ce nouvel acteur de poids. L’État pourrait devenir un investisseur de référence, capable de stabiliser ou d’influencer la valorisation des entreprises dans lesquelles il prend des participations. Les critiques de cette approche craignent une distorsion de la concurrence et une confusion des rôles entre l’État régulateur et l’État actionnaire. Si le gouvernement Trump poursuit sa politique de droits de douane pour inciter les entreprises à s’implanter sur le territoire, l’entrée au capital pourrait devenir un outil supplémentaire pour atteindre cet objectif. Les prochaines annonces de transactions de ce type seront scrutées de près, non seulement par les marchés, mais aussi par les concurrents internationaux et les analystes de politique économique.