Au-delà de la bataille industrielle, la Chine cherche également à s'imposer comme un acteur central de la régulation mondiale de l'intelligence artificielle.
via REUTERS - AFP or licensors - Brendan Smialowski
Le président chinois Xi Jinping a accusé les États-Unis de vouloir monopoliser l'intelligence artificielle et appelé à un nouvel ordre mondial de l'IA, au moment où Pékin accélère sa course pour rattraper son rival technologique.
La Chine a choisi la tribune de la « World AI Conference » (WAIC), à Shanghai, pour adresser un message politique autant que technologique à Washington. Face aux restrictions américaines sur les semi-conducteurs avancés et les technologies d’intelligence artificielle, Xi Jinping a dénoncé vendredi toute volonté d’hégémonie dans ce secteur stratégique, appelant à une gouvernance mondiale de l’IA et à une coopération internationale renforcée.
Pour la première fois depuis la création de la conférence en 2018, le président chinois s’est exprimé à son ouverture, illustrant l’importance que Pékin accorde désormais à cette technologie, devenue un pilier de sa stratégie industrielle et de sa rivalité avec les États-Unis.
« Le développement de l’IA ne doit pas être le fait d’un seul pays, mais une symphonie de coopération internationale », a déclaré Xi Jinping devant les participants de la WAIC. Une formule qui sonne comme une critique directe de la politique américaine de limitation des exportations de puces de pointe et d’équipements destinés aux entreprises chinoises. Le dirigeant chinois a poursuivi en appelant les États à « s’opposer ensemble (...) au fait de faire passer la sécurité d’un pays au-dessus de celle des autres », une référence à peine voilée aux restrictions imposées par Washington, mais aussi à certaines mesures européennes visant les technologies chinoises.
Pékin veut imposer sa vision de la gouvernance de l’IA
Au-delà de la bataille industrielle, la Chine cherche également à s’imposer comme un acteur central de la régulation mondiale de l’intelligence artificielle. Xi Jinping a ainsi insisté sur la nécessité d’encadrer une technologie dont les risques — désinformation, cyberattaques, biais algorithmiques ou usages militaires — préoccupent désormais l’ensemble des grandes puissances.
« Nous devons mettre en place des lois et des réglementations, ainsi que des systèmes de surveillance technologique, d’alerte précoce et d’intervention d’urgence, afin de (...) garantir que l’IA reste toujours sous le contrôle de l’humain », a-t-il affirmé, plaidant pour une approche « centrée sur l’humain ».
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Dans cette logique, la Chine a annoncé la création d’une « Organisation de coopération mondiale sur l’intelligence artificielle » (WAICO), basée à Shanghai. Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et les représentants de 29 pays, dont la Russie, ont signé un accord établissant cette nouvelle structure destinée à promouvoir la coopération entre gouvernements sur les questions liées à l’IA.
La diplomatie chinoise a également réaffirmé son opposition à « toute forme de clivage idéologique et de blocage technologique », une nouvelle attaque contre la stratégie américaine consistant à freiner l’accès de Pékin aux technologies les plus avancées.
La Chine réduit progressivement son retard
Si les États-Unis restent leaders sur les infrastructures les plus sophistiquées, la Chine accélère rapidement. Les modèles développés par Moonshot AI, MiniMax ou encore Z.ai gagnent du terrain à l’international grâce à des coûts d’utilisation inférieurs à ceux de leurs concurrents américains.
Vendredi, la startup pékinoise Moonshot AI a d’ailleurs dévoilé Kimi K3, un nouveau modèle dont les performances revendiquées pourraient rivaliser avec celles des meilleurs modèles américains.
Pour Poe Zhao, fondateur de la plateforme Hello China Tech, les États-Unis gardent toutefois une avance déterminante. « Les Etats-Unis conservent une nette avance dans les puces avancées, l’infrastructure de calcul de pointe et le développement de modèles les plus coûteux à développer », souligne-t-il.
La Chine n’en demeure pas moins le principal challenger. « La Chine est son concurrent le plus proche (...) Ses atouts incluent les modèles open source, l’optimisation des coûts, le déploiement rapide, la robotique et l’intégration de l’IA dans les processus de fabrication », estime-t-il.
Selon lui, la WAIC constitue aujourd’hui « l’événement annuel le plus important pour saisir les tendances de l’industrie chinoise de l’IA », même si elle n’est pas encore « la grand-messe universelle du secteur technologique mondial ».
Une industrie soutenue par des investissements massifs
La démonstration de force organisée à Shanghai illustre l’ampleur des ambitions chinoises. Plus de 1.100 entreprises y présentent près de 3.000 produits et technologies, des modèles d’IA générative aux robots humanoïdes, en passant par le supercalculateur Atlas 950 de Huawei ou un smartphone doté d’un agent IA autonome.
Cette montée en puissance repose sur des investissements considérables. L’intelligence artificielle est désormais au cœur de la politique industrielle chinoise, qui vise à bâtir une filière souveraine couvrant toute la chaîne de valeur, des semi-conducteurs aux applications grand public.
Selon les chiffres officiels, le marché chinois de l’IA a dépassé 1.200 milliards de yuans (155 milliards d’euros) en 2025 et devrait encore progresser de plus de 30 % cette année. Le pays comptait déjà plus de 6.000 entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle, signe que Pékin entend transformer cette bataille technologique avec Washington en levier de puissance économique et géopolitique.