Alibaba, ByteDance, DeepSeek... Les « tigres » chinois de l'IA bousculent les géants américains

Alibaba s'est imposé dans l'IA avec sa famille de modèles open source Qwen.
/FW1FP/Sonali Paul - REUTERS - Florence Lo

Alibaba s'est imposé dans l'IA avec sa famille de modèles open source Qwen.
/FW1FP/Sonali Paul - REUTERS - Florence Lo
La bataille mondiale de l’intelligence artificielle se joue aussi à Shanghai. Alors que s’ouvre ce vendredi la « World AI Conference » (WAIC), le plus grand rendez-vous asiatique consacré au secteur, la Chine entend démontrer qu’elle est désormais bien plus qu’un simple challenger. Malgré les restrictions américaines sur les exportations de semi-conducteurs avancés, Pékin accélère le développement de son écosystème d’IA et voit émerger une nouvelle vague d’entreprises capables de concurrencer OpenAI, Anthropic ou encore Google.
Entre les géants historiques du numérique, des start-up devenues des références mondiales et de nouveaux entrants aux moyens considérables, le paysage chinois de l’IA se structure à grande vitesse.
Les trois mastodontes historiques de la tech chinoise — Baidu, Alibaba et Tencent — restent les piliers de cette stratégie. Tous disposent d’atouts considérables : des centaines de millions d’utilisateurs, d’immenses capacités de calcul grâce à leurs infrastructures cloud et des moyens financiers permettant d’investir massivement dans la recherche.
Baidu, leader historique de la recherche en ligne en Chine, a fait de son assistant conversationnel Ernie l’une des vitrines de son savoir-faire après avoir recruté plusieurs chercheurs de premier plan.
Alibaba, de son côté, s’est imposé avec sa famille de modèles open source Qwen. Leur ouverture et leur facilité de personnalisation leur valent un succès croissant auprès des développeurs bien au-delà des frontières chinoises.
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Plus discret, Tencent avance à son rythme. Le groupe, propriétaire de WeChat, expérimente désormais un agent d’intelligence artificielle directement intégré à sa messagerie utilisée par plus d’un milliard de personnes. Son fondateur Pony Ma a reconnu les difficultés initiales du groupe, comparant ses premiers efforts à un navire « plein de fuites » mais déterminé à « naviguer plus vite ».
Maison mère de TikTok, ByteDance accélère elle aussi sa diversification dans l’IA alors que son activité de réseau social fait l’objet de pressions réglementaires croissantes à l’international.
Son assistant conversationnel Doubao est aujourd’hui le chatbot le plus utilisé en Chine avec plus de 300 millions d’utilisateurs actifs mensuels. L’entreprise cherche désormais à convertir cette popularité en revenus grâce à une offre d’abonnement payante.
Le groupe s’est également distingué dans l’IA générative vidéo avec Seedance 2.5, dévoilé en juin, capable de produire des séquences au rendu cinématographique à partir de simples instructions textuelles.
L’irruption de DeepSeek a marqué un tournant. Fondée en 2023, la jeune pousse a profondément rebattu les cartes en janvier 2025 avec son modèle R1, réputé à la fois performant et peu coûteux.
Son approche open source a largement contribué à accélérer l’adoption des modèles chinois dans le monde et à remettre en question l’idée d’une domination américaine incontestée dans l’IA générative.
La société poursuit son ascension. Après le lancement de son modèle V4 en avril, elle aurait finalisé une levée de fonds la valorisant à plus de 50 milliards de dollars, selon plusieurs médias spécialisés.
Autour de DeepSeek émerge une nouvelle génération de start-up surnommées les « tigres de l’IA ». Zhipu AI, MiniMax et Moonshot AI concentrent une part croissante des investissements et de l’attention des développeurs.
Issue de la prestigieuse université Tsinghua, Zhipu AI s’est distinguée avec son modèle GLM-5.2. Selon l’investisseur américain Marc Andreessen, celui-ci constitue « le premier modèle d’IA chinois à égaler et souvent surpasser les modèles d’IA publics des grands laboratoires américains ».
MiniMax développe un portefeuille très large d’outils, allant des assistants conversationnels aux générateurs de vidéos. Son fondateur Yan Junjie assure que l’entreprise « poursuivrait » sa stratégie de développement malgré les turbulences boursières.
Moonshot AI, connue pour sa famille de modèles Kimi, vient quant à elle de lever 2 milliards de dollars, portant sa valorisation à 31,5 milliards de dollars selon des sources proches du dossier.
L’écosystème chinois continue également de s’élargir. Le spécialiste de la livraison de repas Meituan affirme avoir entraîné son modèle LongCat 2.0 exclusivement avec des puces développées en Chine, une étape stratégique alors que Washington limite l’accès de Pékin aux semi-conducteurs les plus avancés.
Autre illustration de cette montée en puissance, Xiaomi accélère fortement ses investissements. Le fabricant de smartphones prévoit de consacrer au moins 8,7 milliards de dollars à l’intelligence artificielle au cours des trois prochaines années. Son dernier modèle, Mimo 2.5, figure déjà parmi les plus utilisés sur la plateforme OpenRouter.
À travers ces investissements massifs, la Chine cherche désormais à construire un écosystème capable de rivaliser avec les leaders américains sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle. La WAIC de Shanghai doit précisément servir de vitrine à cette ambition : démontrer que, malgré les sanctions américaines, la course mondiale à l’IA est devenue résolument bipolaire.