Dans un avis présenté comme un « signal d’alarme », l’Autorité française estime que le développement des agents IA, fortement concentrés autour de trois acteurs (OpenAI, Anthropic et Google), ouvre la voie au remplacement ou à la disparition d’acteurs de l'économie numérique.Si un agent IA s’occupe de remplir votre frigo à votre place, vous poussera-t-il continuellement vers les mêmes marques ? Dans un avis publié vendredi 17 juillet, l’autorité de la Concurrence s’est penchée sur ce type de risque, et plus largement sur les « agents IA », ces programmes fondés sur l’IA et exécutant certaines tâches de manière autonome : envoi de mail, tri de document, et bientôt des actes d’achat (même si ce dernier cas d’usage reste limité voire absent en France pour le moment). « Cet avis est un message de vigilance, voire un signal d’alarme », explique Benoît Cœuré, président de l'Autorité de la concurrence.
D’ici à 2030, les agents pourraient orienter 25 % du trafic en ligne
L’autorité voit plusieurs risques au développement de ces agents. Elle estime notamment qu’ils ont « un fort potentiel de désintermédiation » en concentrant « trop de pouvoir », et en opacifiant les processus d'achat. « Les opérateurs d’agents IA vont se positionner en porte d’entrée pour l’utilisateur, et vont pouvoir réaliser et orchestrer un certain nombre de tâches qui auparavant étaient réalisées par des acteurs différents de l’économie numérique », expose Benoît Cœuré.
Si le trafic directement redirigé vers les sites internet marchands depuis les agents d'IA représente aujourd'hui moins de 5 % du total, il pourrait se situer entre 20 % et 25 % d'ici à 2030, relève le rapport.
Leur introduction peut ainsi créer une dépendance des sites de e-commerce, qui n’auront plus accès aux données comportementales de leurs clients. Par ailleurs, les agents intégrés à des plateformes qui proposent d’autres services pourront potentiellement privilégier l’auto-préférence : guider l’utilisateur vers leurs propres produits au détriment de la concurrence.
Consommateurs privés d'un choix éclairé
L’autorité craint par ailleurs une dégradation de l’information présentée aux consommateurs, qui pourraient être « privés de la possibilité d’un choix éclairé ».