Olivier Rondinaud dirige l'un des deux derniers ateliers qui fabrique l'authentique charentaise.
MG / La Tribune
Sur les ruines de l'industrie textile locale, l'un des deux derniers fabricants de charentaises s'écharpe avec un réseau de boutiques. En jeu, un contrat d'approvisionnement et l'exploitation présumée illicite d'une marque centenaire.
Sauver l'emblème d'une région devrait créer l'union. Mais pas ici. En Charente, les querelles ordinaires du monde économique rattrapent un chausson star produit depuis trois siècles, la charentaise. Après des dizaines d'années de désindustrialisation, seules deux entreprises rescapées fabriquent encore la véritable pantoufle sous indication géographique : Fargeot et Rondinaud.
C'est cette dernière qui prend part à un affrontement judiciaire pour la sauvegarde de sa marque familiale fondée en 1907. La petite manufacture installée à La Rochefoucauld, à l'est d'Angoulême, compte une quinzaine de salariés et fabrique près de 100 000 paires par an. Elle était passée au bord de la faillite en 2019 suite à l'échec de l'ex-ministre Renaud Dutreil, décidé à relancer quatre marques historiques dont Rondinaud. Sa société a été liquidée en 2019 suite à des dérives managériales et des difficultés de financement.
L'année suivante, Olivier Rondinaud, quatrième génération du fabricant, rachetait la licence de la marque éponyme et rassemblait les dernières machines pour ressusciter l'héritage familial. Celui-ci revit depuis au sein d'une entreprise baptisée « L'Atelier charentaises ».
Problème pour le repreneur, un autre acteur du chausson souhaite alors continuer à commercialiser la marque. Il s'agit de l'entreprise Lagarde, propriétaire des magasins « La Pantoufle » implantés sur le département. Derrière elle, Antoine Garnaud, un entrepreneur local qui a mis un pied dans le commerce de la chaussure il y a dix ans, en rachetant les magasins de la famille Rondinaud. Il est aujourd'hui à la tête de trois réseaux de boutiques dans les Charentes.
Rupture du contrat
En 2016, lors de la cession des commerces, la marque de charentaises lui concède l'exploitation et le rôle de distributeur agréé, accompagnés d'une clause non-concurrence. Autrement dit, Rondinaud s'engage à produire pour les magasins en promettant de ne pas commercialiser par lui-même les mythiques charentaises molletonnées. Un acquis dont Antoine Garnaud ne démord pas et qu'il défend farouchement. En particulier depuis la renaissance des charentaises en 2020, où Olivier Rondinaud a estimé que le rachat de la marque ne le contraignait pas à honorer le contrat d'approvisionnement précédemment conclu.
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