L'abstention, vainqueur du débat électoral
Eric Albert, à Edimbourg
Eric Albert, à Edimbourg
Statiques derrière leur pupitre, cravate à la couleur de leur parti (rose pour Gordon Brown, bleu pour David Cameron et jaune pour Nick Clegg), maquillage un peu trop marqué, les trois leaders politiques britanniques ont réussi à immédiatement tuer toute spontanéité pour le premier débat électoral de l'histoire britannique (des extraits sont ici).
La tension réelle qui régnait y était pour beaucoup. Le format, qu'ils avaient négocié entre eux, aussi: le public n'avait pas le droit d'applaudir ou de réagir, et chaque leader n'avait qu'une minute pour se répondre les uns aux autres, rendant impossible de développer un argument un peu compliqué.
Mais c'est surtout la langue de bois qui l'a emporté. Difficile, après 90 minutes à les écouter, de savoir exactement qui était pour quoi. Tout en faisant semblant de ne pas être d'accord, les lignes de fractures n'étaient guère évidentes. Face à un électorat généralement démotivé, le plus sûr vainqueur de ce débat est l'absention. En très forte hausse depuis 1992, elle risque une nouvelle fois de faire un bond, risquant de dépasser 40% cette fois-ci.
L'autre vainqueur de ce débat est incontestablement Nick Clegg. Peu connu du grand public, le leader des libéraux-démocrates a efficacement renvoyé les deux principaux partis dos à dos, pronant une "autre politique". Et il a réussi quelques-unes des petites phrases les plus percutantes. Sur David Cameron et Gordon Brown: "plus ils s'attaquent, plus ils se ressemblent". Sur la réforme du système électoral, toujours promise, mais jamais mise en place: "Ce n'est pas ce que vous dites qui compte, mais ce que vous faites."
Les sondages instantannés après le débat faisait du leader des libéraux-démocrates le meilleur du débat. Selon YouGov, 51% des Britanniques le donnent vainqueur, contre 29% David Cameron et 19% Gordon Brown. Selon ComRes, le résultat est: Nick Clegg 46%, David Cameron 26% et Gordon Brown 20%. Reste à savoir si cette "victoire" se transformera en votes. Les sondages de samedi et dimanche seront instructifs à ce niveau là.
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