Comment justifier les bonus de Barclays ?

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Bob Diamond, patron de Barclays, a touché 70 millions d'euros en cinq ans
Bob Diamond, patron de Barclays, a touché 70 millions d'euros en cinq ans (Crédits : BLOOMBERG NEWS)
Bob Diamond, patron de Barclays, a touché 7,8 millions d'euros l'an dernier. Mais il n'est pas le mieux payé de sa banque. En moyenne, les principaux banquiers ont encaissé 2,5 millions d'euros. La polémique sur les bonus continue à la City.

"Le temps des remords pour les banquiers est fini." Visiblement, Bob Diamond suit au mot près ses propres recommandations. Quand il avait lancé cette petite phrase face à un comité de parlementaires britanniques en janvier, le patron de Barclays avait laissé entendre qu'il prendrait un bonus cette année, après y avoir renoncé les deux années précédentes.

Ceux qui pensaient qu'il aurait pu changer d'avis auront été déçus. Selon le rapport sur la rémunération de Barclays publié ce lundi, Bob Diamond a accepté un bonus de 7,5 millions d'euros pour 2010, auquel s'ajoute un salaire de base qui paraît dérisoire en comparaison: 300000 euros. Certes, seul son salaire de base est payé en cash, le reste étant des actions, dont une grande partie est bloquée sur plusieurs années. Mais Bob Diamond compense en encaissant des actions qu'il a reçues les années précédentes. Il en a vendu pour 8,5 millions d'euros l'an dernier.

Mais le patron de Barclays n'est pas le mieux payé de sa banque. Dans un accord avec le gouvernement britannique, les banques ont accepté de dévoiler les revenus des cinq cadres bancaires les mieux payés -mais sans en donner les noms. L'heureux vainqueur de 2010, anonyme donc, a perçu la coquette somme de 12,6 millions d'euros. Les quatre autres (hors le trio des dirigeants exécutifs) touchent, dans l'ordre, et en millions d'euros: 12,3; 9,1; 6; 4,3.

Ces chiffres ne concernent cependant pas les traders de Barclays, mais seulement ses cadres dirigeants. Or, HSBC avait révélé la semaine dernière que les traders les mieux payés gagnaient plus que les dirigeants les mieux payés. A Barclays, c'est probablement aussi le cas. Mais nous ne le saurons jamais: l'accord imposé par le gouvernement britannique ne force pas à le dévoiler.

Dernier chiffre enfin: les 231 "personnels clés" de la banque (les banquiers les plus importants) ont touché au total une rémunération de 584 millions d'euros. Soit 2,5 million d'euros par personne. A HSBC, le même chiffre moyen des "personnels clés" atteignait 1,5 million d'euros. Conclusion, pour les aspirants banquiers qui liraient ces lignes: envoyez votre CV à Barclays, ce sera plus rentable.

Maintenant, essayons pour une seconde d'oublier ces chiffres. Admettons que les bonus soient nécessaires à la motivation des banquiers, et qu'ils soient vraiment liés à la performance de la banque. Comment Barclays justifie-t-elle ces bonus?

Dans son rapport sur la rémunération, Barclays explique en partie ses critères. Les performances financières comptent pour 60% du bonus de long terme, 30% viennent du niveau de risque, et 10% de critères plus généraux concernant la satisfaction des clients et des employés. Mais dans le même temps, le rapport publie un graphique fascinant. Un investisseur qui aurait acheté pour 100 euros d'actions Barclays en 2005 ne posséderait aujourd'hui que 53 euros. Pendant la même période, le FTSE 100, l'indice phare de la bourse de Londres, a progressé de 26%. 

Comment justifier de tel bonus quand les actionnaires ont été eux sévèrement punis par la crise? Voilà la preuve claire que les banquiers ne subissent pas les conséquences de leurs erreurs, même dans le cas d'une banque comme Barclays, qui n'a pas été nationalisée.

Sans même compter l'élément moral, ou l'aspect politique, force est de constater que financièrement, les bonus sont difficile à justifier. Visiblement, Bob Diamond n'en a cure. Il a empoché environ 70 millions d'euros en cinq ans, selon les calculs du Guardian. Ce n'est visiblement pas fini.

 

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a écrit le 08/03/2011 à 16:49 :
Remercions généreusement ceux qui apportent à leur entreprise, le patron comme les autres. Je suis persuadé que nombre de personnes gagnent plus que leur patron; qu'elles n'en aient pas honte
Réponse de le 18/03/2011 à 9:24 :
test
a écrit le 08/03/2011 à 9:05 :
Faite comme Cantona fermer votre compte chez Barclay's.
Réponse de le 08/03/2011 à 12:35 :
Je ne comprend pas bien la fin de l'article, vous dites que les banquier qui touchent ici des montants enormes de bonus ne subissent pas les mêmes conséquences que les actionnaires.
Hors au debut de l'article vous expliquez, je cite : 'Certes, seul son salaire de base est payé en cash, le reste étant des actions, dont une grande partie est bloquée sur plusieurs années'

Si leurs bonus sont intégralement en action, et bloquée sur plusieurs années, ceux-ci ont donc perdu tout autant que leurs actionnaires...

Je suis un militant pour une meilleur réflexion vis à vis des hautes remuneration (ratio fixe/variable plus élevé, montant plus proche du médian de la société etc...) mais il faudrait aussi éviter de stygmatiser à tout bout de champs et de faire des raccourcis qui pour moi peuvent s'avérer dangereux.

Je suis plutôt décu par le manque de profondeur de cette analyse, La tribune m'avait habituée à mieux...
Réponse de le 08/03/2011 à 12:56 :
Ca dépend, payer en stock options ne dilue-t-il pas les autres actionnaires de l'entreprise? Finalement, que l'action vale 100? ou 50? ne change rien au fait que le dirigeant les reçoit gratuitement - et ensuite il ne sa'git que d'ajuster le nombre d'actions à allouer...
C'est un peu obscene tout cela, moi même petit épargnant je ne mets plus mes économies à la banque, mais directement auprès de fonds d'investissement. Il faudrait que les autres clients, notamment entreprises, et tous les actionnaires en règle générale, réfléchissent aussi à regarder d'un peu plus près les pratiques de gouvernance et de rémunération de leur banquier.
Réponse de le 08/03/2011 à 17:56 :
@dubitatif. Vous avez raison, si les actions chutent, le montant du bonus aussi, et c'est une bonne chose. Le rapport de Barclays précise d'ailleurs que les directeurs exécutifs de Barclays ont perdu l'équivalent de 68 millions de livres (sur quatre ans) en salaire à cause de cette baisse.
Mais comme le fait remarquer "ttt", les stocks options sont attribués à des niveaux très faibles, et les dirigeants continuent à dégager un clair profit. Ce qui choque, dans ces rémunérations, est qu'il est impossible de perdre. Si l'action monte, les leaders de Barclays sont extraordinairement bien payés. Si l'action baisse, ils sont seulement très bien payés. Les actionnaires, eux, peuvent perdre. Les salariés peuvent aussi perdre (notamment leur emploi). Et les contribuables aussi (je sais que Barclays n'a pas bénéficié d'aide directe de l'Etat, mais si l'Etat n'était pas intervenu pour aider les autres banques, Barclays aussi aurait fait faillite).
Ce qui choque aussi, c'est l'étrange façon dont fonctionnent ces bonus. Pourquoi John Varley, directeur de la banque jusqu'à l'an dernier, touche moins que Bob Diamond, qui dirigeait la partie banque d'investissement? Au nom de quoi être banquier d'affaires nécessite une telle rémunération? Pourquoi les deux proches lieutenants de Bob Diamond touchent encore plus? J'imagine qu'ils ont tous été responsables des (relativement bons résultats) de Barclays.
Il existe d'autres modèles. John Lewis, un grand magasin britannique qui est de fait une coopérative, attribue à tous ses employés le même bonus (un pourcentage de leur salaire). L'idée est que chacun a travaillé au succès de l'entreprise. Visiblement, les banquiers n'ont pas l'air de s'en inspirer.
Réponse de le 09/03/2011 à 13:26 :
Rebondissant sur la banque d'investissement, nous avons clairement à faire à une "classe" d'employés qui sont payés très très chers pour garder des négociations secrètes (ie qui auraient un impact immédiat sur les cours de leurs clients même non abouties); si ces négociations venaient à être "percées", évidemment de tels infos peuvent avoir un impact financier considérable pour les marchés, les traders, les clients etc. D'où le fait que les banquiers d'affaire soient payés très cher pour garantir un minimum de confidentialité.
Cependant, les entreprises clientes paient leurs conseils (et leur silence) pour cela (fusac étant l'exemple le + évident qui me vienne à l'esprit). Quid d'un autre modèle d'affaire où le banquier d'affaire, en tant que tierce partie, n'existerait plus? Cela semble encore difficile à imaginer.
a écrit le 08/03/2011 à 8:56 :
Il est vraiment temps de mettre un terme a cette méthode de rémunération perverse.
En gros on leur dit allez y prenez des risques vendez le plus possible de toute façon ce n'est pas vous qui allez payer vos erreurs.

Il est clair que la dernière loi voter par tous les pays de l'europe ne va pas assez loin, obligeons a ce que les bonus ne puissent representer qu'un maximum de 10% du salaire.
Réponse de le 08/03/2011 à 12:42 :
D'accord a condition que vous sacrifiez 13ème mois, intéressement et participation car il n'y a rien de tel au Royaume-Uni (quelque soit la taille de l'entreprise). A Barclays comme ailleurs la majorité des bonus ne représente pas plus de 30% du salaire et les gens bossent au mini 8-9 heures par jour (sans la pause café ni déjeuné). Je ne dit pas qu'il y'a des niveaux aberrants dans certaines rémunérations mais 10% c'est ridicule. La jalousie c'est pas beau et il ne tiens qu'a vous d'envoyer votre CV a Barclays si vous pensez que l'herbe y est si verte.
Réponse de le 08/03/2011 à 13:19 :
Hum j'ai vécu et travailler 2 ans a montreal et cela fait 6 mois que je suis sur Londres. Donc le 13eme mois les 35h les semaines de vacances ... je ne connais pas et ca ne m'empêche pas de dire que ce systeme de rémunération par bonus est aberrant.
Qu'on aligne le salaire des ingenieurs de la finance sur le salaire des autres ingenieurs qui eux produisent de la "vrai" valeur deja et ensuite on en reparlera. Mais bon si pour vous des bonus superieur au Million pour avoir pris des risques avec de l'argent qui ne vous appartient est normal effectivement on a une vision des choses differentes
Réponse de le 08/03/2011 à 14:20 :
Je suis d'accord qu'il y'a dans les banques des gens qui sont trop bien payés (pour ce qu'ils font), je n'aime pas généraliser c'est tout. Mettre des barrières est une non-reponse car la question de la redistribution des richesses dans l'entreprise par rapport à la performance de l'individu est bien plus complexe. Pour prendre un exemple est-ce que vous vous insurgés sur le niveau de rémunération de Steve Jobs, Bill Gates ou Warren Buffet? Pourtant c'est dans l'absolu bien plus. Je ne suis pas un partisan de Bob Diamond mais on doit reconnaître que le type a été CEO d'une des seules banques d'investissement a ne pas avoir subi de pertes pendant la crise (y'a il un facteur chance, peut être mais au moins il a pas fait une Goodwin avec RBS) est-ce qu'il est trop payé? Certainement, est-ce que 10% de son salaire aurais ete un bonus équitable? Je ne penses pas.
Sur le niveau de rémunération des ingénieurs laissez moi poser la question a l'envers, pensez-vous que la personne qui a fait 9 an d'études après bac mérite
d'être paye moins que le vendeur chez Darty? Ou que l'inge en R&D qui est payé 2 fois moins que son commercial c'est normal? (Car n'a pas le droit aux primes de vente).
Réponse de le 08/03/2011 à 17:54 :
Oui je m'insurge devant le salaire de bill gates steve jobs ... Surtout quand on sait que ca fait des années qu'ils ne sont absolument plus créatif mais rachètent juste des petites entreprises (mais c'est un autre débat). Après je n'ai rien contre les hauts salaires en eux même mais ce systeme de bonus a la personne est particulier. Surtout que ca reste du court terme. La personne peut avoir fait énormément de vente de CDO toucher un gros bonus et au final faire couler son entreprise...
Pourquoi ne pas plutôt dire cette année on a fait x bénéfices on en met de cote au cas ou et on redistribue aux employés un pourcentage de ces bénéfices ou on les réinvesties. Enfin une vision a plus long terme.
La on a quand même l'impression que bon a mis 30 M de gens dans la rue, pendant 2 ans on a été calme afin de garder nos avantages mais maintenant on repars de plus belle. Et lorsqu'on sait que chaque bulle est pire que la précédente qu'elles vont être les effets de la prochaine.
Ou pourquoi pas un systeme de bonus mais non garantie. Par exemple tres bien tu as super bien travailler tu as le droit a x bonus mais on se rend compte que la personne a vendu de la "merde" qui au final mette en peril l'entreprise et bien hop on recupere le bonus.
Comme ca on garde cette fameuse motivation mais en meme temps ca oblige la personne a etre responsable

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