OPINION. « Hausse du SMIC : le paradoxe qui fragilise les emplois de proximité »

Didier Chataing et Pierre Vion-Lombard
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Didier Chataing et Pierre Vion-Lombard
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Par Didier Chataing et Pierre Vion-Lombard, cofondateurs d’Assadia (*)
La hausse de 2,41 % du SMIC au 1er juin 2026 répond à un mécanisme légal et à une réalité sociale incontestable : les salariés concernés exercent souvent des métiers essentiels, difficiles, insuffisamment reconnus. Il est indispensable de mieux soutenir leurs revenus.
La difficulté tient au gel parallèle des allègements de cotisations patronales.
Dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre proche du SMIC, ces allègements jouent un rôle central : ils contiennent le coût de l’emploi dans des activités où les marges sont faibles et où la masse salariale porte l’essentiel du modèle économique. Lorsque le SMIC augmente mais que ces allègements sont gelés, l’employeur supporte à la fois la hausse du salaire brut et une moindre compensation.
Le résultat de l’équation s’avère contre-intuitif : pour un salarié au SMIC, des simulations montrent que le gain net perçu ne progresserait que de 1,87 %, tandis que le coût total employeur augmenterait de l’ordre de 5 % (1). C’est tout le sujet des “trappes à bas salaires” : en concentrant les allègements sur les plus bas salaires, le système peut rendre plus difficile le passage au-delà du SMIC. Plus l’employeur augmente un salarié, plus la progression devient difficile à absorber.
Une mesure pensée pour soutenir le pouvoir d’achat peut ainsi, mal accompagnée, dissuader ce qu’elle prétend encourager.
Pour les services à la personne (SAP), qui concentrent de nombreux emplois proches du SMIC, le paradoxe est frappant : le secteur a besoin d’attirer, fidéliser, professionnaliser. Comment y parvenir si chaque revalorisation salariale devient un saut de coût disproportionné ?
En 2026, plus de 4 intentions d’embauche sur 10 recensées par France Travail (2) relèvent des services aux particuliers. Dans ce vaste ensemble, les personnels de ménage chez des particuliers, les aides à domicile et les professionnels de l’enfance et de la garde à domicile totalisent plus de 132 000 projets de recrutement, dans une économie où les recrutements reculent globalement. Ces métiers favorisent l’insertion, en ouvrant des débouchés à différents niveaux de qualification, y compris pour des personnes sans diplôme spécifique, en reconversion ou éloignées de l’emploi, dès lors qu’elles sont formées et encadrées. Pourvoyeurs d’emploi et de services de proximité essentiels, ils sont présents sur tout le territoire y compris en milieu rural. Ils sont par nature relationnels, non délocalisables, peu automatisables et majoritairement non saisonniers. La France a besoin de plus de professionnels du soin et de l’accompagnement. Pourtant, près de 57 % des projets de recrutement associés à ces trois métiers sont déjà jugés difficiles. Fragiliser cette économie, c’est aggraver les tensions de recrutement.
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Les SAP accompagnent les grandes transitions démographiques, qu’il s’agisse du vieillissement de la population ou d’une ambition de « réarmement démographique ». Auprès des enfants, des familles, des personnes âgées, vulnérables ou isolées, ils permettent à des parents de travailler, à des aidants de souffler, à des personnes dépendantes de rester chez elles et retissent du lien entre les générations.
Si l’État veut revaloriser le travail, il doit veiller à ne pas décourager ceux qui créent massivement les emplois concernés. Il pourrait évaluer, secteur par secteur, l’impact du gel des allègements de cotisations après la hausse du SMIC ; prévoir des mécanismes de transition pour les secteurs les plus exposés ; et lier le soutien public à des engagements de qualité : CDI, formation, encadrement, sécurité, continuité de service.
Derrière les lignes comptables, la réalité de nombreuses activités exposées aux bas salaires mérite d’être regardée pour ce qu’elle est : un équilibre fragile, mais d’utilité sociale majeure.
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(1) calcul réalisé avec le simulateur de cotisations employeur du site urssaf.fr, pour un salarié au SMIC au 01/06/2026 (vs coût avant hausse du SMIC et gel de la base de la réduction générale). Intègre la mise en place de la cotisation prévoyance obligatoire (0,90 €, soit 0,45% à la charge du salarié, réduisant son net perçu).
(2) Enquête BMO 2026 de France Travail
(*) Didier Chataing et Pierre Vion-Lombard sont cofondateurs d’Assadia, réseau national spécialisé dans la garde d’enfants à domicile et les services à la personne. Entrepreneurs du secteur depuis près de vingt ans, ils développent un modèle fondé sur l’emploi salarié, un maillage d’agences de proximité, et une approche de garde intelligente, propice à l’éveil et à l’épanouissement, dans le respect du rythme de l’enfant.