OPINION. « Loi Duplomb 2 : protéger le bio, c’est protéger la santé des Français »

Lucas Lefebvre
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Par Lucas Lefebvre, Cofondateur de La Fourche
En réalité, un moment de bascule. Le texte adopté par le Sénat le 2 juillet rouvre la porte à des dérogations permettant l’usage de l’acétamipride et du flupyradifurone, deux insecticides interdits en France. Une question concrète se pose : accepte-t-on de revenir sur des protections mises en place au nom de la santé et de l’environnement ? Et si, dans ce débat, on écoutait enfin ceux qui ont choisi de s’en protéger ?
En juin, La Fourche a interrogé près de 7 000 de ses adhérents. 83 % déclarent consommer bio d’abord pour protéger la santé de leur famille. Leur réponse éclaire une tendance plus large : pour beaucoup de consommateurs, le bio n’est pas une posture, mais une manière de réduire l’exposition de leur foyer aux pesticides.
Pour de nombreuses familles, acheter bio est un arbitrage, parfois un effort budgétaire, toujours une attente de confiance. Elles demandent simplement que le cadre légal ne fragilise pas ce qu’elles cherchent à éviter : la présence de substances controversées dans leur environnement alimentaire.
La littérature scientifique documente depuis plusieurs années des risques associés à l’acétamipride, notamment sur le développement neurologique et la reproduction. Le débat scientifique n’est pas clos. Justement : c’est pour cela que le principe de précaution existe. Le Conseil constitutionnel a déjà censuré, le 7 août 2025, la réintroduction de l’acétamipride au regard des exigences de la Charte de l’environnement. Ce rappel devrait compter. La santé publique et l’environnement ne sont pas des variables d’ajustement.
Personne ne nie les difficultés de certaines filières agricoles. Mais répondre à des impasses agricoles réelles par un recul sanitaire serait une erreur stratégique.
Certains pourraient penser que cette réintroduction ne concernerait pas les consommateurs bio. Après tout, les pesticides de synthèse sont exclus du cahier des charges biologique. Mais les parcelles bio ne sont pas des îles.
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Elles partagent les mêmes sols, nappes, vents et bassins versants que les parcelles conventionnelles. Les substances mobiles et persistantes ne s’arrêtent pas aux limites cadastrales. Elles peuvent circuler par dérive, ruissellement ou eaux souterraines. Aucun producteur bio ne peut garantir seul l’étanchéité de son exploitation face aux pratiques de son voisinage. Réautoriser ces substances ne concernerait donc pas seulement les exploitations qui les utiliseraient. Cela toucherait aussi celles qui ont fait l’effort de s’en passer.
L’argument des partisans de la réintroduction est connu : d’autres pays européens utilisent encore ces molécules, pourquoi la France se pénaliserait-elle seule ? Mais est-ce vraiment cela, la souveraineté alimentaire : s’aligner sur les pratiques les moins protectrices au nom de la concurrence ?
La France a construit, en deux décennies, une filière bio reconnue. Elle repose sur une confiance fragile : celle de familles qui changent leurs habitudes pour réduire leur exposition aux pesticides, et celle d’agriculteurs qui ont investi dans une autre manière de produire. Répondre à des difficultés agricoles de court terme en fragilisant cette confiance serait une erreur. La souveraineté ne se gagne pas en renonçant à ses exigences.
Cette promesse ne peut pas reposer uniquement sur les efforts des producteurs, des distributeurs et des consommateurs bio. Elle a besoin d’un cadre légal cohérent, stable et protecteur.
Nous demandons aux membres de la commission mixte paritaire réunie le 16 juillet de ne pas valider ce retour en arrière. De ne pas rouvrir une brèche que le Conseil constitutionnel avait déjà refermée au nom de la Charte de l’environnement.
Derrière chaque débat législatif sur les pesticides, il y a des terres, des nappes phréatiques, des producteurs, des enfants, des familles. Il y a une question simple : quelle protection voulons nous garantir à ceux qui ont choisi de se nourrir autrement ?
Le bio n’est pas un luxe. C’est une exigence de santé publique. Et cette exigence mérite mieux qu’un recul voté au nom de l’urgence.