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OpinionsHumeur de marché

Carnet de bord décalé : Momifié

Fabio Marquetty et Gaël Vautrin

Publié le 28 janvier 2011 à 17:49 - Mis à jour le 28 janvier 2011 à 18:03

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  • L'instant Sélection
Un regard oblique sur l'actualité économique et financière de la semaine. Chaque jour, un fait ou un chiffre saillant.

Lundi 24 jan. Encorné

28.000. C'est le chiffre du jour. L'unité ? Des bagnoles. Le sujet ? L'écart du nombre de véhicules vendus en 2010 entre Toyota et General Motors. Pour 28.000 unités donc, le constructeur nippon campe une année de plus à sa place de leader mondial. 28.000 ... c'est la population de Saint-Etienne du Rouvray (Seine Maritime) ou de Saint-Médard en Jalles (Gironde). Comme quoi, la place de numéro un mondial ne tient pas à grand-chose finalement. La firme japonaise le sait bien. Elle a eu chaud aux jantes en 2010 et si elle s'en mord aujourd'hui les enjoliveurs, c'est bien parce que cette première place sonne comme une infamie. C'est peu dire que son vrai faux taureau de sigle avait un boulevard devant lui à l'époque où GM n'était plus dans le circuit, contraint à l'arrêt forcé au stand 11 de la loi des faillites. Et pourtant, aujourd'hui, le résultat est là. La raison ? Les rappels. C'est ce que Toyota a le plus produit en série sur l'année 2010. Problème de freins, d'accélérateurs ... Une vraie conduite de débutant se débattant avec son embrayage. Bref à ce petit jeu le vrai faux taureau nippon a bien failli se faire encorner pour de bon.

Mardi 25. L'Europe à la baguette

Au Luxembourg, Klaus Regling jubile. Le patron du fonds européen de stabilité financière (FESF) vient de boucler son premier emprunt avec brio. Les investisseurs ont joué des coudes pour se procurer le précieux sésame. Au lieu des 5 milliards d'euros initialement prévus, l'émission a finalement porté sur 45 milliards d'euros. Le ratio de couverture a défié les lois de la gravitation avec 9 euros demandés pour un euro émis ! Tout ça pour un taux de rémunération annuelle quasiment garanti de 2,89% sur 5 ans. A peine 90 points de base de plus que les 2 % du livret A attendus à partir du 1er février. L'ancien ministre allemand des finances s'interroge. Et si l'intérêt des investisseurs n'était pas que financier ? Que la bonne qualité de signature du Vieux Continent constitue un argument de vente de premier choix, passe encore. De là à provoquer un tel torrent d'enthousiasme ...Pour mieux comprendre, il faut davantage creuser du côté des investisseurs. Certains chiffres sont riches d'enseignement. Comme les 20 % correspondant à la part de l'émission souscrite par le Japon. Quoi de mieux que de se glisser dans la peau d'un créancier pour tourner les rapports de force à son avantage. La stratégie politique l'emporte sur l'appât du gain. Dans cette optique, les prochaines émissions ne manqueront pas d'être une nouvelle fois couronnées de succès.

Mercredi 26. Pivot technique

Ca y est ! Le cap tant attendu par les chartistes depuis quelques jours vient d'être franchi. Entraîné dans son élan haussier, l'indice parisien a dépassé son pic de clôture de 2010 atteint le 15 avril à 4065,65 points. Les analystes graphiques attendent déjà avec impatience le prochain seuil psychologique. Celui des 4086 points correspondant aux plus hauts de l'année 2010. Tout un symbole ! Les astres graphiques prédisent un avenir profitable en cas de franchissement de ce nouveau palier. Les inconditionnels des tracés de courbes y voient un pivot chartiste majeur qui devrait conduire la Bourse de Paris vers de nouveaux cieux. L'indice parisien pourrait, selon certains experts comme ceux d'Aurel-BGC, être propulsé à 4.316 points. Mais tout cela ne tient qu'à un fil ou plutôt à un trait de crayon situé autour des 3.930-3.950 points. Un plancher grinçant qui, s'il devait céder sous le poids des ordres de ventes, provoquerait une volée de lattes dans les salles de marché.

Jeudi 27. Ippon

Inexorablement l'archipel s'enfonce au gré de la dérive de la dette et de la tectonique des déficits. Vingt ans que cela dure et rien n'est fait pour remettre à flot les finances nippones. Planqué dans un désert océanique, le pays a beau se donner du mal pour se faire petit et échapper à la vigilance des agences de notation, cela ne pouvait pas durer éternellement. Le ministre de l'économie japonais peut toujours trouver cela « regrettable » mais la sanction tombe tout de même. Standard and Poor's tranche de son katana la note souveraine du Japon. L'archipel qui, comme Gollum avec son précieux, préservait précautionneusement son « AA » depuis 2002, se voit désormais affubler d'un infâme « moins » (« AA - »). « Le gouvernement manque d'une stratégie cohérente pour traiter la dynamique de la dette » explique laconiquement l'agence. Et pour cause, elle est détenue à 95 % par des japonais atteints collectivement d'un Alzheimer financier. Au point que pour une poignée de centaine de milliards de yens de plus ou de moins, ces derniers se sont portés acquéreurs de 20 % de la première émission du FESF. Avec comme bailleur de fonds, un pays au bord de la faillite, l'Europe n'est pas prête de tourner la page de la dette souveraine.

Vendredi 28. Momifié

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Les horloges marquent 15h30. La planète financière retient son souffle dans l'attente de la réaction de Wall Street à l'annonce, une heure plus tôt, d'un PIB américain décevant au quatrième trimestre 2010. La sanction ne se fait pas attendre. Le S&P500 et le Dow Jones choient en rythme alors que dans le même temps, l'once d'or regagne de l'éclat, stimulée par des investisseurs en quête de refuge. L'effet d'optique est total mais ne trompe personne. L'Algérie et la Tunisie...passe encore. Néanmoins, l'embrasement de l'Egypte pourrait bien mettre le feu à la poudrière du Proche et Moyen-Orient. Le facteur géopolitique, mis de côté depuis le renversement de Saddam Hussein en 2003, menace, de nouveau, l'équilibre boursier mondial. Les opérateurs, qui pensaient, cette année, couler des jours heureux sous les tropiques de la microéconomie, en restent momifiés. Feuille de papyrus à la main, ils échafaudent déjà le scénario du pire. Une fois de plus, l'histoire se répète. Il faut s'y faire : c'est souvent lorsque l'on s'atèle à identifier un maximum de variables que l'on passe à côté de la plus importante.

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