DAVOS 2013 : C'EST PARTI !

Et c'est reparti. Comme chaque année depuis 43 ans, du 22 au 27 janvier, plus de 2500 personnes, chefs d'entreprise, chefs d'Etat et de gouvernement, journalistes, responsables d'ONG entament le long et laborieux parfois voyage pour la petite station suisse des Grisons pour assister au Forum Economique Mondial de Davos. La Tribune y sera présente comme chaque année pour couvrir l'événement dans ce blog.
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Fondé par Klaus Schwab en 1971, l'année de la fin de la convertibilité du dollar en or, la devise du World Economic Forum est restée la même : « Commited to improving the state of the world », c'est-à-dire "améliorer l'état du monde". Pour ses détracteurs, Davos reste l'un des symboles du capitalisme mondialisé, assimilé au groupe Bilderberg et à la Trilatérale, ces réunions secrètes qui rassemblent chaque année l'élite mondiale de la finance, de l'économie, de la politique et des médias. Pourtant, au fil des années, Davos est devenu plus que cela, même si à n'en pas douter ce forum protégé comme un coffre fort par l'armée suisse ne professe pas la sortie du capitalisme ! Mais il n'hésite pas, surtout ces dernières années, à le critiquer et à plaider pour une régulation forte de l'économie de marché, dont les crises se succèdent à un rythme de plus en plus rapide. Depuis l'origine, le World Economic Forum s'est fait l'inlassable défenseur des "stakeholders" face au pouvoir des "shareholders", pour montrer à quel point le capitalisme moderne est devenu plus complexe. Les actionnaires, c'est bien, mais que seraient-ils s'il n'y avait pas un équilibre avec l'ensemble des parties prenantes, salariés, fournisseurs et même les citoyens.

Ce qui pousse, année après année, des milliers d'entreprises à payer des sommes considérables pour venir s'enfermer pendant cinq jours dans une station de ski certes agréable, au pied de la montagne magique de Thomas Mann, ce n'est pas seulement le plaisir intellectuel de participer aux quelques 250 conférences qui y sont organisées, sur les sujets les plus divers et parfois baroques. Si des chefs d'entreprise chinois, russe, brésiliens ou désormais africain font le voyage à Davos, c'est parce que le forum économique mondial s'est imposé comme le club d'affaires le plus select et le plus efficace au monde. Autrefois club informel associant des chefs d'entreprise européens et américains, Davos est vraiment devenu LA plateforme d'échange de la mondialisation. En quelques jours, notamment dans ce que l'on appelle là-bas le « off Davos », des rencontres se font, du business aussi. Dans une économie mondiale toujours plus imbriquée, le monde entier peut rencontrer le monde entier, ce qui est, selon le témoignage de la plupart des participants, un gain de temps considérable et qui évite plusieurs tours du monde. Ce qui n'empêche pas de nombreuses entreprises de compenser le coût en CO2 du voyage, pour se dédouaner des milliers d'hectolitres de kérosène nécessaire pour acheminer les 2600 participants.

Résister aux chocs

Le thème choisi cette année pour cette 43ème édition suscite l'intérêt : « Resilient Dynamism », que l'on peut traduire, au choix, par le dynamisme de la résilience ou par la résilience dynamique. Au fond, cela revient au même : c'est bien la capacité de résistance au choc et de rebond de l'économie mondiale qui est en cause. Klaus Schwab, le fondateur du Forum Economique mondiale veut que les « Davosiens » réfléchissent cette année aux « tendances à long terme ». C'est que selon lui le monde est encore en convalescence. « Nous vivons dans une atmosphère de crises non résolues ». Le WEF a d'ailleurs publié une très intéressante étude début janvier sur les nouveaux risques mondiaux, en plaçant au premier rang le défi climatique. Il faut dire que les Américains ont dû peser dans le sondage, après les dégâts du cyclone Sandy. Dans sa déclaration d'investiture, Barack Obama, qui ne viendra pas à Davos cette année, a d'ailleurs pour la première fois mis la question du réchauffement climatique à l'agenda de son second mandat.

Autre sujet lourd de préoccupation : les écarts croissants de revenus et de richesse dans un monde pourtant en croissance. « Il faut traiter la question des inégalités », martèle Klaus Schwab, qui a invité de nombreux chefs d'Etat africain (Afrique du Sud, Nigeria, Ethiopie. « Depuis la création du World Economic Forum, la population mondiale est passée de 4 à 7 milliards. On a intégré 5 milliards d'hommes mais il y a toujours autant de pauvres (2 milliards) ». Klaus Schwab promet qu'il y aura des initiatives internationales annoncées contre la pauvreté. La présence de Ban-ki-Moon, le secrétaire général de l'ONU, y poussera sans doute. Ainsi que la tragédie au Sahel, alors que la guerre contre le terrorisme au Mali et le drame d'In Amenas seront les invités surprise du Forum.

L'Europe restera au centre du jeu, alors que le calendrier de la nouvelle investiture américaine n'a pas permis de faire venir une forte délégation d'officiels américain. Côté Européens, les interventions d'Angela Merkel, de Mario Monti et de David Cameron seront très attendues alors que les trois pays sont au c?ur de l'avenir du Vieux continent. La première, dont la réelection n'est pas assurée, reformulera la vision allemande de l'intégration européenne alors que la crise de l'euro n'est selon elle pas « derrière nous ». Le deuxième sera sans doute discret, à quelques semaines d'une élection décisive pour l'Italie. Le troisième enfin précisera sa vision de l'avenir de la Grande-Bretagne en Europe, sur lequel il prononce ce mercredi un discours très attendu et reporté à cause des événements en Algérie.

La France discrète

Pour défendre le nouveau modèle français, seuls Pierre Moscovici, Fleur Pellerin et Najat Vallau-Belkacem font le voyage, que François Hollande et Jean-Marc Ayrault, pourtant invités, ont choisi de bouder, sans doute pour ne pas froisser le front de gauche de Jean-Luc Mélenchon, à qui Davos doit donner des boutons. Hollande y envoie néanmoins en observateur son secrétaire général adjoint, Emmanuel Macron, un ancien banquier d'affaires de chez Rothschild, qui ne sera pas dépaysé... Il n'y aura pas non plus Arnaud Montebourg à Davos et c'est dommage car le ministre du redressement productif, auteur d'un livre sur « la démondialisation » aurait eu toute sa place dans les débats de l'année, qui porteront aussi sur les grandes tendances du commerce mondial à l'heure de la reprise. Mais il est vrai qu'à Davos, on n'est pas très pour le protectionnisme, même déguisé. C'eest mauvais pour le business. Gérard Depardieu non plus ne sera pas à Davos cette année, malgré la présence d'une très importante délégation russe, alors que la Russie préside le G20 ! Pour représenter la puissante Russie, Dimitri Medvedev fera un show très attendu.

Quand on interroge Klaus Schwab sur les nouveautés à attendre de Davos 2013, en dehors des sentiers classiques de l'économie et de la géopolitique, il évoque les ruptures imposées par les nouvelles technologies dans quelques domaines clef : l'université, "qui est en train de changer de business model pour basculer vers la dématérialisation des savoirs et des enseignements" ; la santé, "sur laquelle l'impact des nouvelles technologies sera majeur dans les vingt ans qui viennent notamment avec la révolution apportée par les smartphones et la télétransmission des données médicales". Les transports enfin "avec des expériences comme la Google Car et l'automatisation qui va révolutionner la façon dont nous nous déplaçons".

C'est aussi cela Davos, s'interroger en permanence sur les nouvelles tendances de l'économie mondiale et s'efforcer de comprendre comment bat le c?ur du monde.

 

Davos 2013 en un clin d'oeil

. 2600 participants, de plus de 100 pays et de 1400 organisations différentes.
. Plus de 1600 « business leaders », le terme consacré dans le langage davosien pour qualifier les chefs d'entreprise présents.
. Plus de 45 chefs d'Etat et de gouvernement et plus de 300 représentants officiels, dont les chefs des grandes organisations internationales : ONU, FMI et Banque mondiale.
. Davos est moins masculin puisque seront présentes cette années 450 « Women Leaders »...
. 200 journalistes des médias du monde entier qui couvriront l'événement en vidéos, dans les journaux print et web et sur les réseaux. A Davos, le maître mot est l'information et celle-ci épouse désormais les lois du genre et des nouvelles technologies. De plus en plus vite, de plus en plus complet, de plus en plus interactif. Le site officiel pour suivre Davos sur twitter est ici. On peut aussi suivre les hashtags #davos et #wef.
. 150 représentants du monde universitaire, de harvard au MIT en passant par les grandes universités mondiales. Un sujet important cette année alors que le savoir est lui-aussi en train d'être bouleversé par l'économie numérique.
. 100 représentants d'ONG, le Forum Economique Mondial souhaitant répondre et s'ouvrir à la critique de la société civile et des altermondialistes. ceux-ci ont cependant échoé à obtenir le droit de venir parler dans des conférences officielles.
. Plus de 250 événements organisés sur cinq jours, du « Global Agenda » et de l'analyse de tous les types de risques qui peuvent menacer la prospérité du monde au sujets les plus baroques. Les conférences sont très disputées et il faut savoir s'y prendre à temps pour être inscrit et entrer dans les salles parfois exigües du Centre de Conférence, où se déroulent la plupart des débats, ainsi que dans les nombreux hôtels de luxe de la station. Ce qui oblige les participants à un périple dans la neige souvent abondante. Des crampons tenus par un élastique sont offert pour éviter de se casser la figure dans les étroites rues en pentes de Davos.

. Pour savoir qui ira à Davos cette année, un site s'est amusé à faire du Datajournalisme en se procurant la liste des participants. Ludique et informatif. Retrouvez le en cliquant ici.

En savoir plus :
La fiche wikipedia du World Economic Forum.
Le site du World Economic Forum

 

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Commentaires 8
à écrit le 23/01/2013 à 11:38
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Quel bonheur que La Tribune puisse nous donner le meilleur de Davos, encore cette année. Merci, merci.

le 23/01/2013 à 15:46
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De batte à Davos, mon coeur s'est arrêté!

le 23/01/2013 à 16:05
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heu ! "battre" pas "batte" pardon.

à écrit le 22/01/2013 à 21:35
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davos ,rendez-vous des fossoyeurs de l'humanité .

à écrit le 22/01/2013 à 17:50
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Bon séjour ! Les montagnes y sont aussi hautes que le prix des chambres d'hôtel.

à écrit le 22/01/2013 à 14:18
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Ce qui est sûr c'est que nos élites ont un train de retard sur à peu prés tout:: Davos en est la preuve. Ce qui est en marche et ils le savent très bien c'est le retour vers un modèle de production locale, le coût du transport augmentera inévitableme...

à écrit le 22/01/2013 à 13:30
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Je crois savoir que Dimitri Medvedev va ouvrir les débats. Etrange ! Les capitalists n'ont toujours pas oublié leur rêve de faire de la Russie un état adepte du matérialisme à outrance. Pour y parvenir il faut mettre un coing entre le président et l...

à écrit le 22/01/2013 à 13:07
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Encore une fois,on n'évoque pas la relation entre cout du travail et prix de l'énergie.On parlera peut-être de travail,d'énergie,mais pas de relation entre les deux entités;

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