Euro fort, croissance faible ?

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Reuters (Crédits : reuters.com)
En pleine campagne pour les élections européennes, la force de l’euro est dénoncée par de nombreux partis et responsables politiques, certains y voyant une cause de la crise passée et de la faiblesse de l’activité d’aujourd’hui. Des documents électoraux font même un rapprochement direct entre une courbe de l’euro qui monte pendant que celle de l’activité baisserait. Un tel lien serait-il avéré, à commencer par cette simple corrélation entre force de l’euro et faiblesse de la croissance ?

Pour apprécier une possible relation de cette nature, on peut rapprocher la courbe de l'euro, par exemple contre le dollar, la principale devise dans laquelle est mesurée son appréciation, et celle d'un indicateur de l'activité suffisamment fréquent (les données sur le PIB n'étant que trimestrielles). Le climat des affaires publié chaque mois par l'Insee représente bien l'évolution de l'activité. On peut d'ailleurs aussi restreindre l'indicateur à sa seule composante « industrie », secteur supposé le plus fragilisé par un « euro fort ».

Or, non seulement on ne retrouve pas du tout le schéma hausse de l'euro / baisse de l'activité dans cette représentation. Mais c'est même plutôt le contraire, au moins depuis l'été 2010.

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EUR USD Climat affaires

Afin de comparer au mieux deux données d'échelles et d'amplitudes différentes, il est préférable d'utiliser ce qu'on appelle les « variables centrées réduites » (c'est-à-dire les séries de données minorées de leur moyenne, le tout étant rapporté à leur écart-type). Cette comparaison valide le schéma observé précédemment.

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Bien sûr, il serait également infondé de prétendre, sur la seule base des graphiques précédents, qu'un euro fort soutiendrait la croissance. Ces dernières années, le lien le plus vraisemblable entre les deux variables tient probablement aux anticipations des marchés. Des doutes ont prévalu sur l'intégrité de la zone euro, en particulier lorsque la situation économique s'y détériorait, la tendance étant alors plutôt de se défaire des euros détenus. Et réciproquement, l'affermissement de la croissance conduisant à diminuer la perception de risques d'un éclatement de la zone euro (et réciproquement…), cela a pu soutenir le cours de l'euro.

Mais ces graphiques infirment en revanche clairement l'existence prétendue de courbes divergentes entre cours de l'euro et activité économique.

Taux de change effectifs nominaux et réels

Pour les taux de change, il est fréquent de ne pas s'en tenir à des comparaisons par paires de devises. En effet, l'impact de l'appréciation d'un taux de change doit se mesurer par rapport à l'ensemble des taux de change des partenaires commerciaux d'un pays, en pondérant chacun de ces taux de change du commerce réalisé avec la zone concernée : ce sont les taux de change effectifs.

Toutefois, dans le cas de la France ou d'autres pays de la zone euro, le poids du dollar est tel par rapport aux autres devises (d'autant que certaines lui sont liées directement ou indirectement) qu'il n'y a pas beaucoup de différence entre s'en tenir au taux euro / dollar ou aux taux de change effectifs nominaux.

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En revanche, un autre indicateur est essentiel. Les taux d'inflation peuvent être très différents selon les pays. Or, ces différentiels d'inflation ont bien sûr un impact sur la valeur relative de deux devises. Il est donc très important, sur les questions de change, de mesurer l'impact de ces différentiels d'inflation, et donc de calculer des taux de change effectifs non plus nominaux mais réels (généralement, en se basant sur les indices de prix à la consommation).

A ce titre, on observe que le taux de change effectif réel de la France montre en fait une relative dépréciation de l'euro et non une appréciation depuis le début de la crise… Et donc une amélioration et non une détérioration de la compétitivité-prix du pays.

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Dans leur ouvrage « Dix idées qui coulent la France », Augustin Landier et David Thesmar ont d'ailleurs mis en évidence cette baisse du taux de change effectif réel pour la France en regard de l'évolution à la hausse observée pour la Chine. L'opposé de l'idée parfois véhiculée d'un yuan de plus en plus sous-évalué, en particulier vis-à-vis de l'euro.

Bien entendu, apprécier tous les effets du cours d'une devise dont il serait avéré qu'il est ponctuellement voire même durablement surévalué supposerait des études très approfondies. Mais il est en tout cas certain que la relation « euro fort, croissance faible » ne peut être étayée par un schéma présentant deux courbes divergentes qui, tout simplement, n'existe pas.

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Commentaires
a écrit le 28/04/2014 à 19:26 :
Rien du tout, c'est une très bonne chose. Surtout pour faire ses courses de fringue aux USA
Réponse de le 28/04/2014 à 23:25 :
Avec le coût du transport vous n'y gagnerez rien au change, surtout pour des vêtements produits en Chine ou au Bangladesh.
a écrit le 28/04/2014 à 18:31 :
Pour des frontaliers de la Suisse, nous trouvons que l'euro n'est jamais assez fort !!!
a écrit le 28/04/2014 à 16:08 :
Bravo ! Enfin une réponse à tous ces insupportables grincheux qui ne voient que les aspects négatifs de l'euro mais qui hurleraient à la mort s'ils avaient une monnaie faible et voyaient leur facture énergétique et de tous autres produits importés exploser !
Réponse de le 28/04/2014 à 20:01 :
A part l'argument pauvre et fallacieux du coût de l'essence (pas loin de 80 % de taxes soit dit en passant) et les assurances vie des rentiers de 68, expliquez-nous concrètement les "bénéfices" de cette monnaie bancale pour nous les français ? (À part les rentiers, ploutocrates et banksters)
a écrit le 28/04/2014 à 15:42 :
En premier lieu, qu'est ce que c'est que cette courbe qui fait apparaître une parité EUR/USD avec deux point culminants à 2,737 (deuxième graphique). C'est une blague ? Un test pour voir si le lecteur suit ?
En second lieu, c'est marrant comme un seul et même schéma peut amener à des conclusions différentes. Vous écrivez "non seulement on ne retrouve pas du tout le schéma hausse de l'euro / baisse de l'activité (...) mais c'est même plutôt le contraire, au moins depuis l'été 2010"
Vous analysez une période de 10 ans (2004-2014) et votre article repose sur un constat qui n'est vrai que depuis 3 ans et demi ! On voit bien que dans la période qui précède, les courbes s'opposent. Quand l'euro est fort, l'indicateur du climat des affaires est au plus bas.
a écrit le 28/04/2014 à 15:40 :
Bonjour,
Vraiment quand je vois les commentaires je me pose des questions !
Primo L'euro fort à 1.39 par exemple , vous savez bien que le baril de pétrole se paie en dollar donc à notre avantage ! La différence avec l'Allemagne sait vendre ses produits dans le monde .
a écrit le 28/04/2014 à 13:41 :
la question n'est même pas de savoir si l'euro et trop fort ou trop faible, puisque l'euro est comme un habit a taille unique avec lequel on essaie d'habiller une famille de 18 personnes de corpulence différente.
Il est trop petit pour certains, trop fort pour la plupart, mais en définitive jamais adapté a personne.

Quelle idiotie !

Aux européennes, je voterais UPR. pour une sortie juridique de la France de l'UE.
Réponse de le 28/04/2014 à 18:15 :
Tout à fait, on pourrait prendre le même exemple avec des pointures différentes et une seule paire de chaussures ! + UN
Réponse de le 28/04/2014 à 23:21 :
Et pourtant beaucoup d'hommes prétendent que leur "gros" engin passe partout... à moins qu'ils ne se tapent honteusement que des mamies. :-D
a écrit le 28/04/2014 à 13:07 :
On va pas faire long dans le registre quant on prend l'euro par rapport au dollar nous en sommes a 30 % de plus, cherchez l'erreur.
Vous commencez un peu a comprendre pourquoi les Américains veulent que nous conservions l'Euro ?????
Et je ne vous parle meme pas du G M T.
a écrit le 28/04/2014 à 12:45 :
Cette démonstration est du ressort de lavage de cerveau. Primo on voit bien la corrélation entre l'appréciation de l'euro et le plongeon du climat des affaires, et il faudrait le mesurer pays par pays de la zone euro. Secundo, il faudrait mesurer l'appréciation de l'euro par rapport au dollar US et au Yen ou même le sterling. Tertio si la France voyait sa monnaie baisser de 25% à 30% par rapport à son niveau actuel, l'impact s'effectuerait sur 3 paramètres : 1.le cout importé de l'énergie (en l'occurrence hydrocarbures et gaz) il s'agirait là d'accentuer les économies et de nationaliser les fournisseurs d'énergie au moins un certain temps 2. sur les importations qui reculeraient nettement en volume ainsi que les prix des marchandises – on serait moins pris pour des pigeons ou des vaches qu’on trait- ainsi que la sous-traitance ou l’appel à la sous-traitance à l’extérieur de France 3. Nos exportations seraient ou deviendraient extrêmement compétitives y compris face aux allemands. Enfin l’impact sur notre dette serait un renchérissement possible du financement mais avec une inflation supérieure donc des taux probablement proches de 0 ou même négatifs et une croissance de 2 à 3% l’an donc un allégement de la dette rapportée au PIB.
a écrit le 28/04/2014 à 12:42 :
Je cite Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis, vous retrouverez sans problème l’article original :

"J'ai fait un calcul très simple. J'ai regardé le niveau du PIB, c'est à dire de l'activité économique globale aux Etats-Unis et en zone euro au premier semestre 2008. J'ai pris cette période comme une base 100 et j'ai fait évoluer le PIB depuis cette période. Quand on s'arrête à la fin de l'année 2013, on est à 106,7 aux Etats-Unis et à 97,5 en zone euro. On a un écart entre les deux zones de 9,2"

Rappelons aussi qu’en 2013 la zone euro qui connait une récession de 0,4% est la seule grande zone monétaire mondiale en récession en 2013. Près de 2% de croissance au Royaume-Uni si mes souvenirs sont bons.
a écrit le 28/04/2014 à 12:32 :
L'euro n'est pas fort. La zone Euro est en excédent commercial. L'euro est donc trop faible.
Réponse de le 28/04/2014 à 12:52 :
Faux ! Les salaires des pays exportateurs ne sont pas assez élevés : donc exportations en Europe (dumping interne !!) et exportation hors Europe (dans l'intéret des actionnaires puisque les salaires sont bas!).
a écrit le 28/04/2014 à 12:27 :
ON VEUT NOTRE FRANC !
a écrit le 28/04/2014 à 11:40 :
si seulement une bonne proportion de Français lisaient vos articles et essaient de comprendre vos graphiques, on verrait moins d'inepties sur l'économie en général et les changes euro/dollar en particulier, comparés à l'activité industrielle notamment.
Juste pour rire l'euro face au dollar est presque à 1,39 aujourd'hui, ça va encore pleurer !

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