Nervosité après l'euphorie : la guerre commerciale rend les marchés très nerveux
Gabrielle Thin
Gabrielle Thin
Après un démarrage en fanfare en janvier 2018, le premier semestre a été celui de toutes les agitations sur les grandes places mondiales. Au terme de près d'une décennie de « bull market », de marché haussier, particulièrement à Wall Street mais aussi dans la plupart des Bourses mondiales, de nombreuses incertitudes sont venues calmer cette euphorie aux allures de bulle financière. Le premier semestre, surtout à partir de février, a été bien chahuté, voire chaotique pour presque l'ensemble des bourses de la planète.
Du côté de Wall Street, l'indice phare, le Dow Jones, qui regroupe de grosses entreprises comme Apple, Boeing, Microsoft ou JP Morgan, a perdu plus de 1% au premier semestre, après son meilleur démarrage annuel depuis 2003 et son 77e record d'affilée depuis l'élection de Donald Trump. Le S&P500, l'indice des 500 plus grandes valeurs de la Bourse de New York, a évolué en dents de scie et termine le semestre en légère hausse de 2%.
Les indices technologiques Nasdaq 100 index et Nasdaq Composite s'en sortent beaucoup mieux bien, tirés par les poids lourds comme Apple (+10%), Alphabet (Google, +8%) et Facebook (+10%) : depuis le début de l'année ils ont engrangé respectivement un gain de plus de 9% et 10%. Les deux grands indices du marché électronique américain ont même atteint de nouveaux records historiques le 20 juin dernier.
De ce côté-ci de l'Atlantique, le FTSE londonien sauve à peine les meubles avec une baisse de 0,66% ; mais l'indice a subi de violentes secousses en février jusqu'en avril, perdant jusqu'à 10% par rapport à sa valeur du début de l'année. La France semble bien s'en tirer avec un timide gain de 0,21% pour le CAC 40 à la clôture de ce vendredi 29 juin.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

A Francfort, le Dax accuse un repli de plus de 4%. L'indice Euro Stoxx 50 a cédé plus de 3%. L'indice suisse SMI a, quant à lui, perdu 8,2%.
Partout ailleurs, et en particulier sur les marchés émergents, c'est la déroute. En Chine, le Shanghai composite a perdu 13,9% et le Shenzhen composite 17,5%.
Les indices portent encore les stigmates des violentes secousses subies en début d'année. Une correction des cours mondiaux était redoutée après des mois d'envolée et le mini-krach prophétisé s'est réalisé début février, avec de spectaculaires retournements partout dans le monde les 5 et 6 février. Depuis, difficile de garder le cap, même si les valeurs tentent une remontée, la stagnation prédomine. Seuls les indices comprenant des entreprises de la tech en forte croissance peuvent rester dans le vert.
Les soubresauts ont été nombreux ce semestre : la reprise après l'effondrement de février n'a pas été continue et les investisseurs semblent de plus en plus nerveux à la moindre information, réagissant brutalement à toutes les annonces, qu'elles soient économiques ou politiques (crise italienne notamment). De plus, les risques géopolitiques qui pourraient déboucher sur une vraie guerre commerciale inquiètent les investisseurs.
Le bras de fer commercial entre la Chine et les Etats-Unis, qui s'est accentué en juin, a installé un « nuage de peur » sur Wall Street, analyse l'économiste Michael Farr. Si on y ajoute les virages dans les politiques des banques centrales - remontée des taux américains par la Fed et fin progressive de la politique monétaire ultra-accommodante de la Banque Centrale européenne (BCE) - le flou est total pour les investisseurs qui sont de plus en plus frileux.
Certains indices tirent leur épingle du jeu, en raison du profil des valeurs (industrielles, technologiques, pétrolières) qui les composent et des fluctuations des taux de change. Le dollar a atteint son plus haut niveau par rapport à l'euro depuis 11 mois le 21 juin dernier, ce qui rend les entreprises européennes exportatrices plus compétitives. Il a reflué depuis, sur fond de tensions commerciales. Par ailleurs, les fluctuations des matières premières affectent les indices des pays producteurs et de ceux qui en dépendent le plus : la décision récente de l'OPEP d'assouplir les restrictions en matière de production a relancé le cours du pétrole à la hausse.
Après ce semestre tumultueux, qu'attendre pour le reste de l'année ? Les experts peinent à déterminer une tendance stable, en raison de la fébrilité des marchés. Les bulles sont en train de dégonfler et la prudence est de mise, comme en témoigne la baisse du nombre d'introductions en bourse ce semestre, encore plus marquée à Paris.
À lire également
Les responsables de la stratégie d'investissements du gérant d'actifs Amundi, Pascal Blanqué et Vincent Mortier, évoquent "un été nuageux", en citant l'évolution du cycle économique aux Etats-Unis, les risques géopolitiques et les inquiétudes dans les pays émergents.
Gabrielle Thin