Tesla, chronique d'une bulle boursière annoncée ?

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(Crédits : Lucas Jackson)
La semaine dernière, le constructeur de voitures électriques a battu des records en bourse avant de voir son action chuter brutalement vendredi. Une volatilité qui interroge sur la valorisation élevée de l’entreprise lancée par Elon Musk en apparence déconnectée de la réalité.

L'action Tesla joue au yoyo. Lundi 31 août, elle a connu un nouveau pic historique, après que la décision de l'entreprise de diviser le cours de son action par cinq pour la rendre plus accessible aux petits épargnants est entrée en vigueur. Sans changer la valeur de marché totale de l'entreprise, cette mesure permet de diminuer la valeur individuelle de chaque part, pour la rendre accessibles aux petits investisseurs. L'action a brièvement atteint le seuil de 500 dollars, soit une hausse de 500% depuis le début de l'année, faisant momentanément d'Elon Musk le troisième homme le plus riche du monde, derrière Jeff Bezos et Bill Gates, avec une fortune personnelle de plus de 115 milliards de dollars. La valorisation de Tesla a quant à elle atteint un pic de 464 milliards de dollars, dépassant celle de Walmart, la première entreprise américaine en matière de revenus.

Lire aussi : Tesla devient l'entreprise la plus chère en Bourse du secteur automobile

La division de son stock de titres s'est donc avérée une très bonne affaire pour Tesla. Entre l'annonce effectuée par Elon Musk dans ce sens, le 11 août dernier, et son entrée en vigueur lundi 31 août, l'action a encore bondi de 81%, ce qui inclut un gain de 12,6% lors de la seule journée du lundi. Le même jour, l'action d'Apple a gagné 3,4% après que la marque à la pomme a également divisé son action par quatre.

Mais vendredi, l'action Tesla est redescendue en flèche pour se stabiliser autour de 420 dollars vendredi, amputant au passage la fortune personnelle de Musk de 10 milliards de dollars, après que l'entreprise n'a contre toute attente pas été ajoutée au S&P 500, le prestigieux indice boursier basé sur 500 entreprises cotées en bourse aux États-Unis. Beaucoup d'analystes s'attendaient à ce que le constructeur intègre le S&P 500 après ses récentes bonnes performances économiques, et la déconvenue a tiré son stock vers le bas. S&P Dow Jones Indices, qui supervise cet indice, a notamment évoqué des doutes quant à la profitabilité de Tesla, ainsi qu'à ses performances économiques sur l'année entière, pour justifier sa décision.

Une valorisation mirage ?

Certes, ce lundi, l'action Tesla semblait repartir à la hausse, mais une telle volatilité interroge sur la déconnexion entre la valeur boursière et la réalité de l'entreprise. Outre le tour de passe-passe consistant à diviser la valeur de l'action, ses récentes bonnes performances boursières peuvent certes être partiellement imputées aux résultats économiques de l'entreprise, excellents cette année en dépit de la pandémie. En juillet, contre les estimations de Wall Street qui s'attendait à un déficit, l'entreprise a généré un profit pour le quatrième trimestre consécutif, une première dans son histoire (et l'une des conditions pour intégrer le S&P 500). En juillet, toujours, Tesla a annoncé l'ouverture d'une seconde usine américaine à Austin, au Texas, tandis qu'une usine européenne est en construction près de Berlin. L'entreprise a également annoncé de nouvelles fonctionnalités pour son logiciel autopilote, dont la capacité de lire les panneaux de limitation de vitesse et de repérer le passage des feux tricolores au vert.

Mais nombre d'analystes affirment que la hausse de l'action Tesla enregistrée en début de semaine dernière relevait de la pure spéculation. « Le prix de l'action n'a plus grand-chose à voir avec la véritable valeur de l'entreprise. La récente division de l'action a éveillé l'intérêt du public, gonflant artificiellement sa valeur », analyse Cathy Curtis, fondatrice et directrice générale de Curtis Financial Planning, un cabinet de conseil en investissement californien.

« Au cours des trois dernières semaines, j'ai reçu de nombreuses demandes de la part de clients qui souhaitaient que j'achète pour eux des actions Apple ou Tesla suite à la division de leurs actions respectives. Ce qui ne se produit d'ordinaire que très rarement. Il me semble que de nombreux investisseurs ne comprennent pas que la division de l'action, si elle rend son prix plus accessible, n'en fait pas un meilleur investissement. »

La bulle financière n'est toutefois pas cantonnée à Tesla, et touche la plupart des grandes entreprises technologiques américaines. « On se trouve face à une situation intéressante, où, alors que l'économie est ralentie par le Covid, les marchés financiers prospèrent. Cette croissance est principalement due à quelques entreprises des nouvelles technologies. Elle est pour partie justifiée par le fait que celles-ci (Amazon, Apple, Facebook) ont bénéficié des changements dans les rythmes de vie liés à la crise. Mais le fait que les cours boursiers soient au beau fixe dans une économie marquée par un fort taux de chômage et la faillite de nombreuses petites entreprises a de quoi interroger. »

Tous spéculateurs ?

Une autre explication souvent avancée pour expliquer la bonne santé de Wall Street dans une économie en difficulté s'appuie sur le fait que de nombreux Américains désœuvrés se sont mis à investir en bourse durant la pandémie, aidés par des applications de trading comme Robinhood, qui rendent cette activité facilement accessible à tous.

Selon Goldman Sachs, le nombre de transactions quotidiennes sur les marchés financiers a ainsi doublé début 2020. Robinhood comptait quatre millions d'utilisateurs investissant dans le S&P 500 avant la pandémie, contre plus de 12 millions en mai.

En août, 40.000 utilisateurs ont acheté des actions Tesla en l'espace de quatre heures. « Les applications de trading comme Robinhood ont joué un rôle non négligeable dans les bonnes performances boursières de sociétés comme Tesla », commente Paul Rowady, directeur de la recherche chez Alphacution, un cabinet de conseil en investissement. Fondée en 2013 à Menlo Park, dans la Silicon Valley, Robinhood promet « l'investissement pour tous » et mise sur une interface intuitive couplée à l'utilisation de certains codes du gaming pour rendre l'activité boursière plus facile et ludique.

Certaines estimations font de Robinhood la seconde plateforme de trading américaine derrière TD Ameritrade, et devant les géants E-Trade, Charles Schwab ou encore Fidelity. Un succès notamment dû à sa capacité à attirer un nouveau public dans le monde de la bourse. « Les plateformes comme Robinhood permettent d'acheter de petites portions d'actions et sont très populaires auprès des investisseurs plus jeunes et moins expérimentés », commente Cathy Curtis.

Certains accusent toutefois cette plateforme de faciliter la spéculation et la volatilité en lançant sur Wall Street des individus peu familiers avec la sphère financière. Gene Goldman, chief investment officer du fonds Cetera Investment Management, va jusqu'à qualifier l'argent placé par ces investisseurs amateurs de « dumb money » (« argent stupide »). Ces investisseurs moins expérimentés joueraient en bourse comme à des jeux de hasard, amplifiant la volatilité des cours, ce dont Tesla a récemment fait les frais.

Contacté, Robinhood n'a pas souhaité répondre à ces critiques, mais pointe vers des recherches qui tirent des conclusions opposées. Une étude parue mardi 1er septembre et réalisée par Nick Maggiulli, du fonds Ritholtz Wealth Management, montre ainsi que les traders de Robinhood n'ont qu'un impact très limité sur les cours de bourse. La déconnexion de Wall Street avec l'économie réelle serait donc à chercher ailleurs...

Lire aussi : Tesla veut lever jusqu'à 5 milliards de dollars

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Commentaires
a écrit le 08/09/2020 à 15:56 :
Si Tesla veut perdurer et grandir se doit de se séparer de Musk qui finiras par faire imploser sa création et comme beaucoup d'autres avant lui finira absorber par un ou d'autres entreprises ou juste disparaitra , Musk est un Madoff nouvelle génération qui se différencie de Madoff avec son échelle de Ponzi mais qui est lui aussi un beau parleur et un arnaqueur mais certainement bien plus dangereux !!!
a écrit le 08/09/2020 à 6:55 :
Tesla, comme l'empire Musk, n'est pas une bulle financière. Ses activités sont à la conjonction de deux systèmes dictatoriaux en train de converger par intérêts bien compris et de s'imposer (l'ultralibéralisme mondialisé et l'écologisme bobo), et son patron le représentant mediatico-economique du transhumanisme qui s'en suivra, déjà programmé.
Qu'il y ait des hauts et des bas boursiers, d'accord. De possibles futurs aleas de gestion, ok. Mais en aucun cas une bulle financière en soi.
Réponse de le 08/09/2020 à 16:25 :
Je pense que vous avez abusé de potion magique. Tesla est aujourd'hui mieux capitalisé que Toyota, Honda, VW, Mercedes, GM, Ford et FCA conjugués. Ce constructeur developpe des voitures d'avenir, transforme le marché à coup d'innovation, a une force marketing incroyable et est entrainé par un patron visionnaire, mais de là à atteindre un tel niveau d'écart avec des constructeurs établis qui vont eux même entamer leur mue et génerer une concurence de plus en plus accrue, cela devient un pari volatil.
a écrit le 07/09/2020 à 20:47 :
Beaucoup d'acteur financier ont "beaucoup" d'argent a placer.
alors on prends du Tesla, c'est à la mode. "on y croit".
enfin, on espère.
Que cette marque reste une marque pour personne très aisée, on peut.
Quelle remplace un modèle économique du moteur thermique, on rêve.
a écrit le 07/09/2020 à 17:33 :
J'adore ce comparatif: TOYOTA, 9 millions de véhicules produits, estimation de 29 milliards de dollars.

TESLA: 400000 véhicules produits pour une estimation à 200 milliards de dollars !

Au moins, on se marre... :-)
Réponse de le 08/09/2020 à 13:58 :
Oui mais une Toyota en comparaison d'une Tesla, c'est un peu une brouette face à une F1...
Mais sur le fond, bien d'accord : délirant, burlesque, ubuesque etc.

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