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La stratégie d'EADS ? 10 % de rentabilité en 2015... et basta ?

Objectif News

Publié le 16 septembre 2013 à 08:01 - Mis à jour le 17 septembre 2013 à 15:47

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Le groupe européen vise sans complexe 10 % de rentabilité en 2015. Ce qui va entraîner des arbitrages douloureux, notamment pour les activités qui n'atteignent pas ce nouveau dogme.

EADS, c'est 10 % de rentabilité en 2015 et puis basta ? Une stratégie minimaliste qui plaira sans nul doute aux marchés. Elle sera notamment basée sur une gestion du portefeuille d'activités, notamment dans la défense, avec des cessions (les activités pas assez rentables) et des acquisitions que l'on imagine très vite relutives. Mais est-ce une finalité pour un groupe industriel comme EADS qui doit son rang de numéro deux mondial de l'aéronautique aux risques pris il y a 20 ans par ses ingénieurs et dirigeants ? Le directeur général délégué en charge de la stratégie et de l'international d'EADS, Marwan Lahoud, a affirmé que le groupe avait une "grande ambition de devenir le numéro un de l'aéronautique dans le monde car le développement du marché est dans l'aérien". Sous-entendu pas dans la défense. "Je ne vais pas inventer un élan dans la défense", a-t-il souligné.

Pour la direction d'EADS, non seulement c'est l'objectif mais cela paraît être également un dogme. "Nous serons impitoyables sur la marge de 10 %", avait annoncé Tom Enders en juin aux analystes financiers lors du salon aéronautique du Bourget, selon un participant. "C'est un indicateur clé. La base de tout, c'est la performance. Les 10 % de rentabilité, c'est pour toutes activités du groupe", a confirmé mardi à Pau à l'occasion de l'université d'été de la défense, Marwan Lahoud. "On sera sur le trait en 2015, en particulier dans la nouvelle division Airbus Defence and Space" même si "les derniers pourcentages seront comme les derniers mètres pour atteindre le sommet de l'Everest, a-t-il affirmé. C'est l'une des motivations du projet". Fin juin, EADS affichait une rentabilité (EBIT) de 6,1 %.

10 % de rentabilité, est-ce attractif pour les ingénieurs ?
Est-ce aussi un objectif attractif pour les futurs ingénieurs d'Airbus, les héritiers des pionniers qui ont écrit l'histoire de ce géant de l'aéronautique (plus de 140.000 salariés) en lançant des produits qui, en dépit de toutes les crises de gouvernance et économiques, se vendent aujourd'hui comme des petits pains ? EADS continuera-t-il demain de faire rêver ? Bien sûr, il y a eu des échecs mais ils ne doivent pas masquer la réussite commerciale de ce groupe. Fin juin 2013, le carnet de commandes total d'EADS avait augmenté pour atteindre 634,8 milliards d'euros (fin 2012 : 566,5 milliards d'euros). Le carnet de commandes des activités de défense s'est établi à 48,2 milliards d'euros (fin 2012 : 49,6 milliards d'euros).

Les cinq syndicats français (FO, CFE-CGC, CFTC, CGT, CFDT), interrogés par l'AFP, se disent en accord avec le syndicat allemand IG Metall, pour que la volonté de rentabilité de la direction ne s'exerce pas aux dépens des salariés. "EADS se veut entreprise normale, le poids des États s'est réduit et Enders vise une marge de 10 % mais on sera attentifs à ce que la capacité industrielle et pas seulement financière soit préservée", déclare Philippe Fraysse, conseiller au comité européen de Force Ouvrière (majoritaire en France chez Airbus). Marwan Lahoud évoque "une stagnation" des effectifs, voire une "adaptation légère".

Des projets sacrifiés ?
Si EADS est devenu aujourd'hui ce qu'il est, c'est en partie parce qu'il a pu s'affranchir de l'exigence des marchés : le groupe aurait-il lancé l'A380, où même les programme militaires A400M (avion de transport) et NH90 (hélicoptère de transport de troupes) sans le soutien des États qui pouvaient assumer le risque d'un échec ? Ce qui est sûr, c'est que le choix de lancement des nouveaux programmes sera beaucoup plus sélectif au regard des critères de rentabilité désormais exigés par Tom Enders. Ce que certains programmes auront bien du mal à respecter. "Fini le temps où on se faisait dicter les programmes par les directeurs des ventes trop sûrs de leur fait", lâche-t-on dans le groupe.

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Cette nouvelle stratégie pourrait être fatale à certains projets comme le successeur du Beluga (le cargo à usage interne d'Airbus qui devait être réalisé sur une base d'A330) dont le coût est estimé à 1,5 milliard d'euros. C'est le cas d'une nouvelle version allongée d'un A380 pour relancer un programme en difficulté, ou encore le nouveau modèle de 90 sièges du constructeur de turbopropulseurs, ATR. Pour cet appareil, EADS et Airbus ont également des craintes qu'il marche sur les plates-bandes de l'A318, qui est un énorme échec commercial, et surtout de l'A319.

La défense et l'espace dans l'œil du cyclone
Marwan Lahoud, a expliqué mardi lors de l'université d'été de la défense à Pau que le groupe aurait désormais une "stratégie de focus" dans le domaine de la défense. Finie la stratégie globale de la vision 2020 avec un rééquilibrage des activités non Airbus et Airbus comme objectif. Il a demandé "un petit peu de temps" pour terminer la revue stratégique sur les activités défense et espace. Marwan Lahoud a toutefois précisé qu'il pourrait y avoir des cessions et des acquisitions à l'issue de la fusion des activités militaires et spatiales du groupe au sein d'une même division, dans le cadre de la réorganisation d'EADS. Selon le directeur général délégué, "l'ADN" d'Airbus Defence et Space se concentrera sur "les objets qui volent". "C'est l'un des points centraux" de notre stratégie. Pas question donc de devenir un plate-formiste dans le naval ou le terrestre. Pour autant, EADS restera équipementier dans ces deux domaines.

Les filiales font l'objet d'une revue de portefeuille et le groupe pourrait céder des activités "petites et facilement séparées du reste", a précisé mercredi le directeur commercial de Cassidian (défense), Christian Scherer. "Cela doit se traduire par une simplification de ce que nous faisons et non par une complexité accrue par l'ajout d'activités supplémentaires. Nous ne sommes pas à l'affût d'acquisitions", a-t-il ajouté en marge d'une conférence sur la défense à Londres. De son côté, Marwan Lahoud a rappelé que "ce n'est pas un secret que le marché des télécoms civils est difficile mais ce n'est pas de la faute d'Astrium".

Inquiétudes des syndicats
"On a 3.400 produits différents pour la défense, la sécurité, avec des budgets militaires en baisse, il faudra savoir ce que la direction voudra garder ou céder", relève Philippe Fraysse (FO), qui s'oppose comme les autres syndicats à un projet déjà sur les rails de cession d'une des sociétés, "Tests et Services". Pour Denis Jeambrun, représentant CFTC au comité européen, issu de Cassidian, "les entités les plus fragiles doivent être préservées par de nouvelles stratégies et investissements, même si certains doublons dans les structures peuvent être supprimés". Jean-Jacques Desvignes (CGT), également de chez Cassidian, juge de son côté "particulièrement inquiétante la référence aux doublons par la direction, qui laisse prévoir une action à la hache".

Tous s'interrogent aussi sur la faisabilité du rapprochement entre le missile nucléaire stratégique français M-51, Airbus Military (A400M et l'avion de ravitaillements MRTT), et l'Eurofighter de Cassidian, qui repose principalement sur une base anglo-allemande.

Michel Cabirol - Latribune.fr
© photo EADS

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