Des travailleurs en insertion pour doper l'intelligence artificielle
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Jehanne Portefaix, directrice générale Digitanie et Qualitanie.
Rémi Benoit
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Jehanne Portefaix, directrice générale Digitanie et Qualitanie.
Rémi Benoit
Dans les années 2000, Amazon a amorcé une révolution sur le marché du travail avec son Mechanical Turk. Sur cette plateforme, des travailleurs accomplissent des microtâches répétitives mais indispensables aux algorithmes des entreprises de la Silicon Valley. La rémunération ultra-précaire, quelques centimes par tâche, a attiré des profils précaires notamment basés en Inde.
Quinze ans plus tard, une société coopérative ariégeoise propose une alternative française et plus éthique pour doper les modèles d'IA. Fondée en 2017, Digitanie recrute des personnes éloignées du marché de l'emploi pour diverses raisons (chômeurs aux minima sociaux, problèmes de santé, seniors, manque de qualification...) et leur confient des tâches répétitives pour entraîner les bases de données utilisées par les algorithmes d'intelligence artificielle.
Entre 2022 et 2024, la coopérative a ainsi été chargée par l'agence spatiale française (Cnes) de réaliser des missions d'étiquetage d'images fournies par les satellites Pléaides Neo d'Airbus.
« Sur chaque image, il faut identifier un arbre, un bâtiment, une route.. Puis préciser, la taille de l'arbre, si c'est un buisson... Au total, une centaine d'attributs de ce type ont fait l'objet d'un étiquetage manuel. Cela a vraiment permis d'accélérer l'apprentissage des algorithmes qui ont in fine servi sur des usages très concrets à Mayotte [après le cyclone Chico où les images satellites ont facilité le travail de l'aide humanitaire] », décrit Jehanne Portefaix, directrice générale de Digitanie.
Avant d'ajouter : « Cet entraînement de données est souvent réalisé à l'étranger mais le Cnes a pris conscience qu'il fallait garder de la donnée souveraine et c'est l'une des raisons pour lesquelles l'on peut effectuer cette activité en France. »
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Depuis son premier projet spatial, Digitanie s'est vue confier par des start-up du NewSpace des projets de recherche pour l'étiquetage ou le contrôle de données issus d'algorithmes. La coopérative réalise aussi pour Orange le contrôle des photos dans les dossiers de déploiement de la fibre. Les salariés (quatre en Haute-Garonne et huit en Ariège) consacrent cinq heures par jour à ce type d'activités répétitives avant de passer sur des missions plus créatives sur la création d'applications mobiles ou de sites Web. « Cela permet aux salariés d'aller expérimenter de la gestion de projet, du design, du développement car le traitement des données peut être fastidieux », commente Jehanne Portefaix.