La France connaît un rythme de baisse de ses émissions de gaz à effet de serre qui pourrait lui permettre d'atteindre ses objectifs de décarbonation de 2030, estime le Haut conseil pour le climat dans son sixième rapport annuel. Mais l’institution indépendante redoute un recul de l'action climatique en l’absence de documents cadres, attendus de longue date. Elle partage sa « vive préoccupation » .C'est un constat inédit et sans doute une note d'espoir pour l'action climatique française. Le Haut conseil pour le climat, qui publie, ce jeudi 20 juin, son sixième rapport annuel, « conclut pour la première fois que l'objectif [de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ndlr] de 2030 est accessible », a révélé, lors d'une conférence de presse, Corinne Le Quéré, la première présidente de cette institution indépendante qui fait référence pour évaluer l'action du gouvernement en la matière.
« La France a connu, pour la première fois en 2023 (hors crise Covid), un rythme de baisse de ses émissions de gaz à effet de serre dont l'ampleur - si elle se maintient dans les années à venir - est cohérente avec une trajectoire de décarbonation permettant d'atteindre ses objectifs pour 2030 »,détaille le rapport.
Un risque de recul
Reste que cette affirmation est assortie d'un certain nombre de conditions : consolider et poursuivre les efforts actuels, renforcer les actions structurelles, préserver les capacités d'absorption des puits de carbone forestiers et, enfin et surtout, se doter d'un cap clair. Et c'est bien là où le bât blesse : la climatologue québécoise, dont le mandat s'achèvera dans quatre jours, n'a cessé de partager son inquiétude quant au décalage du calendrier législatif. « Il y a un véritable risque de recul de l'action climatique », affirme-t-elle à La Tribune.
« Ni la loi de programmation énergie et climat, ni la Stratégie française énergie et climat, ni la 3e Stratégie nationale bas carbone, ni le 3e Plan national d'adaptation au changement climatique, ni la 3e Programmation pluriannuelle de l'énergie [PPE, ndlr] n'ont été formellement adoptés, en dépit des obligations législatives », résume le Haut conseil pour le climat dans son dernier rapport. « Le renouvellement de ces documents cadres est désormais urgent pour maintenir la structuration de la politique nationale de réduction des émissions et d'adaptation au changement climatique », insistent les experts dans l'épais document, faisant part de leur « vive préoccupation sur ces délais qui fragilisent la crédibilité de la politique climatique de la France ».