Rigueur budgétaire oblige, l’Etat dédommagera moins d’entreprises pour qu’elles décalent leur consommation d’électricité en cas de tension sur le réseau. Pourtant, la modulation de la demande sera bientôt cruciale pour assurer la sécurité d’approvisionnement de la France, affirme RTE.De l'art de faire passer un recul pour une avancée. Le nombre d'industriels prêts à soulager le réseau électrique cet hiver, en réduisant leur consommation lors des périodes de tension contre une rémunération de l'Etat, a « dépassé [les] attentes », assurait vendredi la ministre déléguée à l'Energie, Olga Givernet, dans un entretien à Capital... en omettant de préciser que les ambitions avaient été revues à la baisse, pour économiser de l'argent public.
En effet, l'appel d'offres « flexibilités décarbonées », lancé en août 2024 par RTE afin que des usines réduisent leur demande ou la déplacent en cas de manque de courant, a été largement raboté par l'Etat. En tout, 170 offres ont été retenues pour un volume de 2.400 mégawatts (MW) en 2025 et 2.800 MW pour le premier semestre 2026, a indiqué vendredi la ministre, soit « l'équivalent de deux à trois réacteurs nucléaires ».
Des charges prévisionnelles divisées par deux pour 2025
Seulement voilà : initialement, selon des mails envoyés par l'administration à plusieurs parties prenantes, l'objectif était bien supérieur. L'appel d'offres devait porter sur un volume de 4.800 MW de capacités « effaçables » en 2025, et de 5.800 MW sur le premier semestre 2026. Serrage de vis budgétaire oblige, les services de l'Etat avaient finalement décidé, cet été, de ne pas dépasser 2.900 MW pour les deux périodes, divisant par deux le potentiel de modulation de la demande industrielle. Il s'agit d'ailleurs même d'un recul par rapport à 2024, puisque 3.900 MW avaient été mis aux enchères sur l'année.
L'enveloppe dédiée pour l'année 2025 est ainsi passée de 316 millions d'euros à 187 millions d'euros, peut-on lire dans le projet de loi de finance du gouvernement. Or, celui-ci a été publié le 18 octobre, alors même que les acteurs avaient jusqu'au 2 octobre pour soumettre leurs offres.
«Le niveau a été arbitré en tenant compte des contraintes budgétaires et de la vision de la situation pour le passage de l'hiver», explique-t-on dans l'entourage d'Olga Givernet.