L’électroménager met un pied dans l’économie circulaire

La vente de produits reconditionnés est encore peu développée dans l'électroménager
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La vente de produits reconditionnés est encore peu développée dans l'électroménager
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Vendre de plus en plus de produits à de plus en plus de gens et de plus en plus cher. Cela a longtemps été au cœur du métier de Stéphane Belot, d'abord chez Auchan puis chez Electro Dépôt, qu'il a rejoint il y a 18 ans. Cette enseigne consacrée à l'électroménager, l'image, le son et le multimédia, est le cousin low cost de Boulanger au sein du groupe United B, lui-même filiale de l'Association Familiale Mulliez. Mais ce n'est plus le cas depuis qu'il est devenu directeur de la transition écologique et sociétale de l'entreprise, qui a décidé de faire évoluer son modèle économique.
Certes, ce dernier repose encore essentiellement sur la hausse des volumes vendus. Mais les équipes ont entrepris d'en réorienter la trajectoire, non seulement pour des raisons citoyennes, éthiques et morales mais aussi « dans un souci patrimonial, pour éviter de lui faire perdre de la valeur », affirme Stéphane Belot. Raréfaction des ressources, réglementation, ou changement de comportement des consommateurs, particulièrement profond chez les jeunes qui sont les clients de demain, il en est convaincu, « nos fondamentaux actuels ne sont plus alignés avec les exigences de demain ».
Et de rappeler que la fabrication d'un four à micro-ondes de 15 kg, vendu peu cher et jusqu'à présent jamais réparé, nécessite 2 tonnes de matières premières.
Concernant le climat à proprement parler, un bilan carbone a révélé que 90% des 2 tonnes annuelles de gaz à effet de serre directement ou indirectement imputables à Electro Dépôt étaient liées aux produits, dont la moitié à leur fabrication, l'autre à leur utilisation par les consommateurs. L'entreprise — qui réalise un chiffre d'affaires de 1,5 milliard en 2024 dans ses 120 magasins, dont 103 en France, et en ligne — s'est donc fixé comme objectif de réduire de moitié les émissions par produit vendu d'ici à 2030.
« L'écoconception, traditionnellement mobilisée pour réduire l'impact environnemental lié à la fabrication des produits, n'y suffit pas », observe Stéphane Belot. D'autant moins qu'en dehors de ses marques distributeurs, pour lesquelles elle élabore les cahiers des charges, l'entreprise n'a pas la main sur les modes de fabrication de ses sous-traitants. La seule alternative est donc de fabriquer moins de nouveaux produits, en passant à l'économie circulaire.
Celle-ci peut prendre plusieurs formes. Le reconditionné et l'occasion consistent à vendre des produits de seconde main, mais depuis un décret de février 2022, les deux sont bien distincts. À l'inverse d'un produit d'occasion, un produit reconditionné a été soumis à des tests portant sur toutes ses fonctionnalités afin d'établir qu'il répond aux obligations légales de sécurité et à l'usage auquel le consommateur peut légitimement s'attendre ; il a aussi subi le cas échéant les interventions nécessaires à la restitution de ces fonctionnalités. En outre, les expressions « état neuf », « comme neuf » ou « reconditionné à neuf » sont désormais bannies.
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Présent de longue date sur le marché des smartphones reconditionnés (plus d'un smartphone sur deux vendu par l'enseigne), Electro Dépôt s'aventure depuis deux ans sur celui de l'électroménager, nettement moins développé. « Sur certains produits, il n'y a quasiment pas d'offre », explique Stéphane Belot. Mais l'enseigne peut compter sur une autre entité du groupe United B. Reconomia est une plateforme de reconditionnement d'électroménager forte d'un réseau de 150 artisans partenaires.
L'objectif est de couvrir tout le territoire afin d'organiser des boucles locales pour éviter l'impact environnemental de la logistique, une question qui se pose avec moins d'acuité pour les produits les plus légers tels que les fours à micro-ondes. A ce jour, 67 magasins, sur les 103 implantés sur le territoire français, proposent des produits reconditionnés. Notamment grâce à la même garantie de deux ans que sur les produits neufs, l'offre de reconditionné, proposée à des prix en moyenne 30 % inférieurs à ceux du neuf, fonctionne très bien. Sur le plan environnemental, il faut compter en moyenne trois produits de seconde main pour en obtenir deux reconditionnés en bon état de fonctionnement.
Histoire de limiter encore la rotation et la fabrication de produits neufs, « Nous encourageons nos clients à l'autoréparabilité, ce qui renforce la fidélisation », ajoute Stéphane Belot.
Mais la conversion ultime à l'économie circulaire c'est de remplacer la possession par l'usage via la location. Testé par Electro Dépôt depuis l'été dernier dans 25 magasins sur de la courte durée (de 1 jour à 1 mois), le principe sera pérennisé, ou pas, d'ici quelques semaines. La solution semble couler de source pour des produits à usage très ponctuel comme les détacheurs de tapis ou les tronçonneuses. Elle rend aussi accessibles à la location des matériels qui n'existaient jusqu'alors qu'en version quasi-professionnelle, nettement plus onéreux, tels que de la sono pour une soirée dansante.
En revanche, « nous avons constaté que tous les produits ne se louent pas », reconnaît Stéphane Belot. Ainsi, la location de télévisions au moment d'événements tels que les Jeux olympiques n'a pas convaincu. Sans surprise, les produits à forte valeur sont ceux pour lequel cela fonctionne le mieux. En matière d'impact, la location est d'autant plus intéressante que dans un second temps, les produits pourraient être vendus en reconditionné. Bien qu'ils ne soient pas commissionnés sur les volumes de ventes, mais plutôt sur la satisfaction client, un gros travail de communication auprès des vendeurs est requis.
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En 2024, le reconditionné a franchi la barre des 3% du chiffre d'affaires. Grâce à une croissance qui ne se dément pas sur les smartphones, et à l'entrée en lice de nouveaux matériels multimédias (ordinateurs portables, disques durs, tablettes et autres consoles de jeu) ou non (comme les micro-ondes). Mais Electro Dépôt ne compte pas s'arrêter là, puisqu'elle s'est fixé pour 2035 un objectif d'au moins 40 % réalisés par les « nouveaux modes de consommation » : reconditionné, occasion et location.
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