ENTRETIEN. L’écologie est la grande oubliée de cette campagne législative… C’est en substance ce qu’explique François Gemenne, politologue et co-auteur du sixième rapport du GIEC, dans un entretien accordé à « La Tribune », s'inquiétant, en outre, d'un retour à « l'âge des énergies fossiles et polluantes » en cas de victoire du Rassemblement national.LA TRIBUNE - En tant que politologue et expert du climat, quelle est votre première impression de la crise politique que vit la France en ce moment ?
FRANÇOIS GEMENNE - J'ai une inquiétude très forte. Cette campagne électorale porte un seul enjeu central : la potentielle arrivée de l'extrême droite au pouvoir en France. Si cela se produit, parmi tous les risques identifiés, un retour en arrière total sur toutes les questions d'écologie est désormais possible...
Dans le programme du Rassemblement national (RN), on trouve des mesures du type : peu d'ambition sur les énergies renouvelables, fin de l'interdiction de louer des biens mobiliers qui ont un diagnostic énergétique médiocre, absence de plan d'électrification du parc automobile, etc. En fin de compte, le RN nous ramène à l'âge des énergies fossiles et polluantes. Sa seule mesure écologique qui tient un peu près la route est le localisme alimentaire, mais c'est totalement insuffisant.
Est-ce que globalement, cette campagne législative, tout parti confondu, donne de la place à l'enjeu écologique ?
Pas vraiment. Ni à gauche, ni à droite, aucun parti ne met réellement en avant ses engagements sur cet enjeu. Pourquoi ? Premièrement, le sujet climat est synonyme de « mauvaise nouvelle ». Et aucun candidat en campagne ne veut être associé à des nouvelles plombantes...
C'est ce que j'appelle « le syndrome Churchill ». Le célèbre dirigeant politique était un héros de la Seconde Guerre mondiale et pourtant, il a perdu les élections législatives britanniques du 5 juillet 1945. Pour quelle raison ? Parce qu'il rappelait aux Britanniques les souvenirs douloureux de la guerre... Aujourd'hui, l'écologie n'est vendue politiquement et médiatiquement qu'avec « du sang et des larmes », pour reprendre justement une expression de Churchill. C'est un problème.