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ClimatEnergie & Environnement

Climat : avec deux ans de retard... les pays riches remplissent leur objectif d'aide annuelle aux pays pauvres

Photo de Mathieu Viviani

Mathieu Viviani

Publié le 29 mai 2024 à 15:56 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:51

Selon l'OCDE, l'aide climatique des pays riches a donc augmenté de 30% en 2022.

Selon l'OCDE, l'aide climatique des pays riches a donc augmenté de 30% en 2022.

Lucas Jackson

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Ce mercredi, l'OCDE a confirmé que les pays riches avaient atteint en 2022 leur objectif d'aide climatique annuelle de 100 milliards de dollars pour les pays plus pauvres. Un effort significatif, mais qui reste insuffisant au regard des besoins colossaux réclamés par ces Etats pour faire face au dérèglement climatique.

Une promesse financière tenue... mais avec deux ans de retard. Ce mercredi, l'OCDE a en effet confirmé que les pays riches avaient atteint en 2022 leur objectif d'aide climatique annuelle de 100 milliards de dollars pour les pays plus pauvres. L'idée de cette contribution financière avait été émise en 2009.

«En 2022, les pays développés ont fourni et mobilisé un total de 115,9 milliards de dollars pour le financement de la lutte contre le changement climatique dans les pays en développement», selon le calcul de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), chargée de la compatibilité officielle de cette promesse. Celle-ci qui doit d'ailleurs être renégociée d'ici la COP29 en novembre à Bakou.

Une augmentation significative

Dans le détail, l'aide climatique des pays riches, de 89,6 milliards de dollars en 2021, a donc augmenté de 30% en 2022, selon l'OCDE, qui salue « une augmentation très significative, la plus forte sur un an », dépassant ses projections. En novembre dernier, avant la COP28 de Dubaï, l'OCDE avait annoncé que l'objectif des 100 milliards avait « probablement été atteint » en 2022, mais sans disposer de bilan définitif.

« Il reste un manque de financement de 11,2 milliards de dollars à combler pour compenser le fait que l'objectif n'avait pas été atteint en 2020 et 2021 », relativise toutefois Friederike Röder, vice-présidente de l'ONG Global Citizen.

Par ailleurs, « une grande partie des fonds sont des prêts (69%, selon l'OCDE, ndlr) plutôt que des subventions (28%) », critique le militant écologiste Harjeet Singh. Et d'ajouter que ces aides financières sont souvent combinées à des aides existantes, « ce qui brouille les limites de l'aide financière réelle ».

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« Il ne s'agit pas seulement de chiffres, mais d'intégrité et de soutien véritable: les pays riches doivent de toute urgence agir, dissiper ces écrans de fumée et apporter un soutien financier réel et substantiel », avertit-il.

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Autre précision apportée par le recensement de l'OCDE : l'essentiel (80%) de cette aide est de l'argent public dépensé via des banques de développement, le reste étant en majorité de la finance privée débloquée par ces fonds publics. Environ 70 milliards de dollars de ces financements sont allés à la réduction des émissions, 32 milliards pour l'adaptation aux conséquences déjà dévastatrices du changement climatique, et le reste aux deux à la fois.

Une promesse qui date de 2009

Pour rappel, les pays riches, principaux responsables historiques des émissions de gaz à effet de serre, s'étaient engagés en 2009, sous l'égide de la Convention des Nations unies sur la lutte contre le changement climatique (CNUCC), à porter au chiffre rond de 100 milliards de dollars par an leur aide climatique d'ici 2020? et jusqu'en 2025.

Ces fonds servent en majorité à financer la décarbonation de l'énergie et des transports, ainsi qu'à aider les pays pauvres à sécuriser leur approvisionnement en eau (notamment pour l'agriculture), à reforester et à des travaux d'assainissements, afin de s'adapter aux conséquences des phénomènes climatiques extrêmes. Ceci, dans un monde déjà 1,2°C plus chaud qu'à l'ère pré-industrielle, selon les dernières données des climatologues.

Un retard source de tensions entre pays riches et pauvres

Mais le retard pris pour honorer cet engagement est devenu un motif de tension majeur, voire de blocage, dans les négociations climatiques internationales. Nombre de pays en développement conditionnent leur sortie progressive des énergies fossiles aux efforts financiers des pays riches, vus comme « une dette morale ».

S'accorder sur le nouveau montant de cette aide, au-delà de 2025, est donc le principal résultat attendu en novembre à la COP29, présidée cette année par l'Azerbaïdjan. Mi-mai, Mukhtar Babayev, le président de celle-ci, avait d'ailleurs rappelé à quel point la réduction des émissions et les finances climat étaient « deux piliers parallèles qui se renforcent mutuellement ».

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Si cette enveloppe de 100 milliards par an est absolument nécessaire, ce montant restera très en-dessous des besoins, évalués à 2.400 milliards de dollars par an d'ici 2030 pour les pays en développement (hors Chine), selon un rapport d'experts de haut niveau en finance durable.

A ce sujet, L'Inde a proposé un nouvel objectif de 1.000 milliards de dollars. Mais ce chiffre démultiplié est vu comme une provocation par les pays développés, qui soulignent le poids pris par d'autres pays, comme la Chine ou les pays du Golfe, dans le bilan mondial des émissions de gaz à effet de serre.

Un fonds pertes et dommages créé lors de la COP28

D'autres initiatives financières internationales ont vu le jour l'année dernière. La COP28 à Dubaï s'était ainsi ouverte avec la création d'un fonds destiné à financer les « pertes et dommages irréversibles » des pays les plus vulnérables au changement climatique. Historique, cette décision était très attendue par ces Etats, qui depuis des années réclamaient un soutien financier significatif sur les dégâts irréparables causés par le changement du climat, et dont les pays développés sont les principaux initiateurs.

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Dans la foulée de cette annonce, quelques pays avaient annoncé des premières contributions : 100 millions de dollars pour les Emirats, idem pour l'Allemagne, 10 millions pour le Japon, 17,5 millions pour les Etats-Unis, jusqu'à 40 millions de livres (environ 50 millions de dollars) pour le Royaume-Uni. Des sommes significatives, mais qui restent encore en deçà des besoins des pays bénéficiaires. Pour pouvoir faire face à ces pertes et dommages, ces derniers réclament au moins 100 milliards de dollars par an.

Autre critique dont fait l'objet ce fonds « pertes et dommages » : les contributions financières au véhicule s'y font sur la base du volontariat des pays donateurs. Il n'y a par ailleurs aucun d'objectif de montant à atteindre, et les sommes seront, à priori, décaissées sous forme de prêts. Un mode de financement peu adapté aux économies des pays les plus pauvres, dénuées de garanties financières solides.

Le fonds climat géant des Emirats

À l'occasion de la COP28, les Emirats arabes unis, pays d'accueil de l'évènement, avaient aussi sorti le carnet de chèque. Leur président, le Cheikh Mohamed ben Zayed al-Nahyane, avait annoncé la création d'un fonds d'investissement privé dédié aux « solutions » pour lutter contre le dérèglement climatique.

« Je suis heureux d'annoncer la création d'un fonds doté de 30 milliards de dollars dédié aux solutions pour le climat », avait annoncé le président des Emirats arabes unis (EAU), ajoutant que l'objectif était d'atteindre les 250 milliards de dollars d'ici 2030. Ce véhicule financier géant doit « faire avancer les efforts internationaux pour créer une finance climat plus juste, avec une emphase sur l'amélioration de l'accès au financement pour les pays du Sud », avaient aussi précisé les Emirats, dans un communiqué.

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Baptisé Altérra, le nouveau fonds émirati est présidé par Sultan Al Jaber, actuel président de la COP28, et dirigeant de la société pétrolière nationale des EAU. Hébergé par le gestionnaire de fonds Lunate (basé aux Emirats), ce véhicule financier a pour partenaires principaux certains des plus gros gestionnaires d'actifs au monde. On y trouve le fonds de pension américain BlackRock, le gestionnaire d'actifs canadien Brookfield ou encore l'américain TPG.

(Avec AFP)

Mathieu Viviani

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