De Bercy à l'Hôtel de Roquelaure, le nouveau gouvernement compte désormais quatre ministres connus pour leur soutien affiché à l'atome civil. Ce qui laisse entrevoir des échanges animés entre Paris et Bruxelles.Il y a quelques jours, l'annonce des nouveaux membres de la Commission européenne, sortes de « ministres de l'UE », a pris de court le secteur de l'énergie : malgré le récent virage « pro-nucléaire » de sa présidente, l'Allemande Ursula von der Leyen, celle-ci a nommé plusieurs opposants notoires à l'atome à des postes clé, dont le danois Dan Jorgensen et l'espagnole Teresa Ribera. De quoi semer le doute sur les intentions réelles de l'exécutif bruxellois, à l'heure où plusieurs pays songent à renouer avec la fission de l'uranium.
Mais pour les partisans de cette solution, la consolation est tombée samedi après-midi : en France, le nouveau gouvernement Barnier a pris la direction inverse : de Bercy à Roquelaure en passant par la direction de la communication, la galaxie pro-nucléaire y est très bien représentée.
Un ministre de l'Economie, star de YouTube et défenseur de l'atome
A commencer, donc, par le portefeuille de l'Economie et des Finances. Même si celui-ci a été amputé de la gestion des Comptes publics, mais aussi de l'Energie qui revient au ministère de la Transition écologique avec Agnès Pannier-Runacher, son nouveau ministre, Antoine Armand, est bien connu des défenseurs de l'atome. Car avant de présider la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale, ce député macroniste de Haute-Savoie s'était fait connaître du secteur à l'occasion d'une commission d'enquête explosive, formée en 2022 : celle « sur les raisons de la perte d'indépendance et de souveraineté énergétique de la France ».
En tant que rapporteur, l'énarque y avait, en effet, dénoncé trente ans de « divagations politiques » et « d'errements [...] mortifères » pour le nucléaire civil français, peu à peu laissé à l'abandon. Et appelé à relancer cette filière au plus vite, après avoir entendu 89 experts, responsables politiques et dirigeants d'entreprises. Certaines des auditions - toutes publiques - avaient d'ailleurs cumulé plusieurs centaines de milliers de vues sur YouTube (chose rare pour un travail parlementaire), propulsant le jeune parlementaire parmi les personnalités politiques les plus influentes dans le domaine de l'énergie. Il avait ainsi rejoint le cercle de l'ancien locataire de Bercy, Bruno Le Maire, sur ces sujets, aux côtés d'Henri Alfandari, Bruno Milienne ou encore Jean-Luc Fugit.
Marine Godelier et Juliette Raynal