[Article publié le 11/09/2024 à 19:03 et mis à jour le 12/09/2024 à 07:32 avec la réponse des services de Bercy]
Comment ramener au plus vite quelques milliards d'euros dans les caisses de l'Etat, sans passer par une augmentation directe des impôts ? Le gouvernement sortant, non content du manque de recettes de la « Crim », son mécanisme censé capter les superprofits des électriciens pendant la crise (qui a rapporté 300 millions d'euros en 2023 au lieu des 4 milliards espérés), a planché sur une nouvelle taxe. Evoquée lundi par Bruno Le Maire lors de sa dernière audition devant la Commission des finances, celle-ci toucherait principalement EDF...lequel n'aurait d'autres choix que de répercuter le surcoût sur les consommateurs.
Et si c'était justement là toute la stratégie des services de Bercy ? En tout état de cause, l'idée serait en effet de profiter d'une baisse mécanique des factures à venir, en raison de la chute des cours du marché de l'électricité, pour faire passer cet impôt indirect sans même que les Français ne s'en aperçoivent.
« Plutôt que de payer beaucoup moins qu'actuellement, les ménages paieront ainsi un peu moins [si cette taxe était mise en place, ndlr]. Ce qui permettra à l'Etat de leur soutirer de l'argent sans passer par un prélèvement obligatoire, maintenant qu'ils sont habitués à l'énergie relativement chère », estime Fabien Choné, ancien patron de Direct Energies et ex-président de l'Association nationale des opérateurs détaillants en énergie (ANODE).
Pour le comprendre, il faut se pencher sur la manière dont fonctionnerait ce qui est désormais surnommé la « taxe EDF » - même si elle toucherait, dans une moindre mesure, certains actifs d'Engie et de TotalEnergies. Il s'agirait d'un impôt sur la « puissance électrique installée », visant les installations dépassant 260 mégawatts (MW). C'est-à-dire, au premier chef, les centrales nucléaires d'EDF (pour environ 80%), les gros barrages hydrauliques (opérés par EDF mais aussi par la Compagnie nationale du Rhône dont Engie est actionnaire majoritaire) ainsi que de grosses installations thermiques, comme la centrale à gaz de Landivisiau de TotalEnergies. Seraient épargnées les éoliennes terrestres et les panneaux photovoltaïques, puisqu'aucun champ ne dépasse 260 MW dans l'Hexagone.