Tarifs de l'électricité : tout comprendre à la baisse du 1er février

Photo d'illustration
Reuters

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A partir de ce samedi 1er février 2025, la majorité des Français verront leur facture d'électricité diminuer de 15% en moyenne, en raison d'une chute des cours sur les marchés. C'est ce qu'a annoncé le 16 janvier la Commission de régulation de l'énergie (CRE).
Concrètement, la baisse concernera les quelque 20 millions de foyers abonnés au tarif réglementé de vente de l'électricité (TRVe), cette offre d'EDF encadrée par les pouvoirs publics et actualisée deux fois par an, en février et en août. Les 4 millions de foyers ayant souscrit des offres indexées chez un fournisseur concurrent seront également concernés.
La baisse sera plus importante pour ceux ayant souscrit les options « base » et heures pleines/heures creuses que pour les ménages abonnés à l'option « Tempo » du TRV, qui propose un tarif différent selon l'équilibre offre-demande à tout instant.
A contrario, les quelque 10 millions de ménages non abonnés au TRV ou à une offre indexée ne profiteront, eux, d'aucune réduction. Les Français ayant souscrit une offre de marché, chez EDF ou ailleurs, bénéficient déjà depuis plusieurs mois de la chute des prix de l'électricité, puisque leur contrat y est adossé quasiment « en temps réel ».
Mais pour ces ménages c'est, a priori, une augmentation qui désormais se dessine sur la facture, provoquée par les hausses des taxes et des tarifs réseaux, elles aussi prévues au 1er février. À moins que leur fournisseur ne fasse un « geste commercial » et ne « réduise ses marges » pour absorber le relèvement de ces composantes de coûts, explique-t-on à la CRE.
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Dans le détail, les quelque 25 millions de Français abonnés au TRV ou à une offre indexée bénéficieront d'une baisse de 42 euros en moyenne par mégawattheure (MWh), toutes taxes comprises. Les TRV passeront ainsi de 281 euros/MWh à 239 euros/MWh au global.
Concrètement, pour un couple qui consomme peu d'électricité (2,4 MWh/an), la facture passera, par exemple, de 759 euros en 2024 à 649 euros en 2025, illustre la CRE. Pour une famille très gourmande en électricité (14 MWh par an), les annualités passeront de 3.600 à 2.948 euros, poursuit le régulateur. Il s'agit d'ailleurs de la première baisse depuis 2015, précise-t-on.
Selon les calculs du courtier en énergie Selectra, cela représentera 286€ d'économies par an pour une famille de quatre personnes vivant dans une maison de 120 m² chauffée au gaz, ou encore 476€ d'économies pour deux personnes vivant dans un appartement de 60 m² chauffé à l'électricité.
Si le TRV baisse enfin, c'est parce que depuis plus d'un an, les prix de l'électricité déclinent sur les marchés. Or, puisque cet abonnement n'est revu que deux fois par an afin d'éviter les à-coups, il est lissé sur la base, entre autres, des cours du marché des deux années précédentes.
Celui qui s'appliquait avant le 1er février reflétait donc en partie les prix spot de l'électricité en 2022 et 2023... soit les pires années de la crise, avec des cours plus de deux fois supérieurs à ceux d'aujourd'hui. En août 2022, par exemple, ils avaient atteint près de 1.000 euros MWh pour une livraison l'année suivante. Avant de flirter autour de 100 à 300 euros/MWh tout au long de la crise.
Résultat : EDF commercialisait jusqu'alors le TRV à un prix beaucoup plus élevé que son propre prix de revient. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'opérateur historique a bénéficié d'un énorme effet d'aubaine en 2023. Puisque ses concurrents ont dû s'approvisionner à prix fort sur des marchés devenus fous, le TRV s'est ajusté à ces conditions exceptionnelles. Ce qui a généré quelque 20 milliards d'euros en plus sur l'année pour EDF, comme nous l'écrivions l'année dernière.
Mais dès aujourd'hui, donc, le TRV reflétera enfin la chute des cours observée en 2024, puisqu'ils ont fluctué entre 0 et 70 euros par MWh tout au long de l'année 2024. Et ce, en raison d'une inversion de l'équilibre offre-demande. Ces derniers temps, la consommation globale des Français a décliné, alors que la production, notamment nucléaire et hydraulique, s'est accrue. C'est cette accalmie qui va enfin se répercuter sur la facture de la plupart des ménages.
Cela signifie-t-il que les Français paieront leur électricité moins cher qu'avant la crise ? Pas vraiment : le TRV avait augmenté de 4% toutes taxes comprises (TTC) au 1er février 2022, de 15% en février 2023, de 10% en août 2023, puis à nouveau de 10% en février 2024. Cette baisse de 15% ne suffira donc pas à revenir aux niveaux pré-2022.
La chute des cours sur les marchés est contrebalancée, en partie, par la hausse de deux autres blocs de coûts prévue, là aussi, au 1er février 2025 : la taxe sur la consommation, et les tarifs réseaux. La première, baptisée accise, reviendra à son niveau d'avant-crise, passant de 21 euros/MWh à 33 euros/MWh. Ce qui renchérit le TRVe de 15,24 euros par MWh en moyenne. Le deuxième - qui n'est pas une taxe mais un « péage » récolté pour financer les investissements dans le réseau d'électricité - augmentera exceptionnellement de 7% au 1er février, soit 6 euros/MWh supplémentaires.
Si la note globale recule quand même, c'est parce que l'effet du déclin des cours sur les marchés est encore plus important : les prix se sont tant repliés sur les bourses d'échange, par rapport aux niveaux stratosphériques qu'ils avaient atteints en 2022 et 2023, que la part « énergie » du TRVe diminue de 63,42 euros/MWh. C'est donc en compilant ces trois composantes que l'on parvient à la fameuse baisse de 42 euros/MWh TTC au 1er février 2025.
Probablement pas. Et ce, pour une raison simple : dès 2026, la formule de calcul du TRV va changer. Celui-ci sera indexé à 100% au marché, sans aucune régulation par l'État (hors cas extrême). Pour comprendre ce que ça implique, il faut se pencher sur la structure actuelle du TRV. Il comprend trois blocs de coûts : les taxes et le tarif d'utilisation des réseaux - comme pour toutes les offres en France -, l'approvisionnement en électricité sur les marchés, ainsi qu'une partie encadrée par l'État, que l'on appelle l'ARENH (accès régulé à l'électricité nucléaire historique), qui donne accès aux concurrents d'EDF à 100 térawattheures (TWh) à bas prix, à 42 euros/MWh.
Or, en 2026, l'ARENH tirera sa révérence, si bien que le TRV ne dépendra plus que des taxes, des tarifs réseau et des cours de l'électricité sur les bourses d'échange. Sans aucune régulation des prix ex ante par les pouvoirs publics, donc. « Demain, il ne s'agira plus que d'une offre de marché validée par la CRE, puis par le ministère, sur laquelle l'Etat pourra intervenir a posteriori en cas de tarifs vraiment élevés. L'ARENH en moins, le consommateur sera donc beaucoup plus exposé aux crises », expliquait récemment l'économiste Jacques Percebois à La Tribune.
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Par conséquent, pour de nombreux experts, ce tarif sera plus imprévisible. Surtout, plusieurs énergéticiens s'attendent à une hausse globale des prix de l'électricité sur les marchés, en premier lieu EDF. En cause : des investissements massifs et coûteux à réaliser en faveur de la transition énergétique, aussi bien dans les moyens de production (comme le nucléaire, les renouvelables ou les centrales thermiques d'appoint) que dans l'adaptation des réseaux.