La géopolitique reprend ses droits sur l'or et continue d'enflammer les cours

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Les tensions au Moyen-Orient s'inscrivent dans une tendance décennale d'incertitudes. L'once a coté jusqu'à 1.440 dollars mercredi.

Les raisons des investisseurs pour se ruer sur l'or sont parfois complexes, toujours nombreuses. Le facteur « peur », qui incite à protéger son capital d'un risque ultime plutôt que de tenter de le faire fructifier, a surgi au premier rang d'entre elles ces derniers jours. Une vague d'angoisse qui a fait franchir au métal jaune de nouveaux records historiques en dollars.

L'once a touché 1.440 dollars sur le marché spot londonien, alors même que Mouammar Kadhafi prononçait un nouveau discours sanguinaire. « On achète de l'or quand ça va mal », résume Stephen Briggs, analyste chez BNP Paribas, rappelant des épisodes tendus de politique internationale qui, déjà, avaient fait grimper l'once d'or, notamment lors des crises entre l'Inde et le Pakistan, ainsi qu'en Afghanistan.

Depuis le renversement du régime tunisien, des révoltes ont éclaté en Égypte, en Libye, mais aussi en Algérie, au Bahreïn, en Jordanie, en Iran, au Yémen... Et l'Arabie Saoudite ne semble pas totalement indemme. Une telle propagation de la contestation relève du jamais-vu dans la région.

Un peu oublié ces dernières années tant les mots de croissance, inflation et risques systémiques monopolisaient l'attention, l'enjeu géopolitique n'était pourtant jamais très loin, si l'on en croit Philipp Klapwijk, président du GFMS. « Le plus-bas de l'or, à la fin des années 1990, a correspondu à la période la plus stable depuis longtemps d'un point de vue géopolitique. Après des années de guerre froide, la « pax americana » s'était peu à peu imposée. Mais cette impression de quiétude s'est effondrée le 11 septembre 2001 », analyse-t-il. L'avènement d'un monde multipolaire, où les sources de tension se sont multipliées durant la décennie écoulée, a de fait correspondu à une progression ininterrompue de l'once d'or. Depuis le 11 septembre, qui avait vu le métal jaune rebondir de 5 % en une séance, le lingot a vu son prix multiplié par six.

Les dictateurs se protègent

Si la tendance s'est accélérée ces derniers jours, c'est aussi parce que le commun des mortels n'est plus le seul à protéger son capital en le changeant en or. L'exemple de la Libye, où le chef de l'État a vu en quelques semaines son statut passer de grand tribun de l'ONU à simple dictateur, semble inquiéter ses pareils. Et surtout le gel de ses avoirs. « D'autres dictateurs se disent que leur propres avoirs pourraient subir le même sort, et ils les transforment en or », assure Philip Klapwijk. La Libye détenait officiellement fin janvier 143 tonnes d'or.

Si l'on ajoute au facteur peur l'élément inflationniste, qui pousse également les investisseurs vers l'or pour protéger la valeur de leurs actifs, on comprend que les perspectives du métal soient plutôt haussières aujourd'hui. D'ailleurs la Deutsche Bank l'a prédit mercredi : les 2.000 dollars par once ne sont plus très loin.

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