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Les ressources du Fonds européen de stabilité ne suffiront pas si un grand pays flanche

Julien Beauvieux

Publié le 04 août 2011 à 07:24 - Mis à jour le 04 août 2011 à 07:37

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Alors que la contagion touche l'Italie et l'Espagne, la structure, créée en mai dernier pour contrer la spéculation et venir en aide aux États membres, pourrait être vite dépassée.

Moins de deux semaines après l'annonce du deuxième plan de soutien à la Grèce, la panique s'est à nouveau emparée des marchés financiers. Certes, les craintes sur la croissance mondiale, en particulier celle des États-Unis, n'arrangent rien. Mais le redoublement des tensions entourant l'Italie et l'Espagne provient en grande partie de l'insuffisance des moyens octroyés au Fonds européen de stabilité financière (FESF), dirigé par l'allemand Klaus Regling, pour aider la Grèce à maîtriser l'explosion de sa dette et combattre la spéculation sur les marchés obligataires.

« Le plan est extrêmement approximatif et fondé sur des chiffres très hypothétiques », estime Cyril Regnat, stratégiste taux chez Natixis. Les incertitudes concernent en particulier le taux de 90 % de participation du secteur privé créditeur de la Grèce lors des opérations d'échange et de réinvestissement en titres grecs prévu par les autorités européennes. Ces opérations doivent totaliser 135 milliards d'euros supplémentaires entre 2011 et 2020. Elles devraient conduire les investisseurs à supporter une perte de 21%. « Le problème majeur du plan est qu'il ne fait que repousser le problème. La dette grecque devrait atteindre 166% du PIB cette année selon le FMI, et les programmes de rachats de dette et d'échange ne devraient la réduire dette que de 12 points. Les privatisations doivent la faire tomber de 20 poinrs supplémentaires », souligne Cyril Regnat.

Pour assurer le réinvestissement volontaire des créanciers, le FESF aura la charge d'émettre 42 milliards d'euros de dette qui seront réinvestis en titres AAA servant de garantie. Titres auxquels s'ajouteront les émissions pour couvrir les financements en provenance des autorités européennes, à la fois sur le reliquat de 33 milliards d'euros lié au premier plan d'aide de 110 milliards décidé en mai 2010, et le second volet annoncé le 21 juillet. Selon les experts de Barclays, le FESF devra ainsi émettre près de 60 milliards d'euros sur la seule période 2011-2014. Conséquence, sa capacité de soutien est déjà bien entamée, puisque il gère aussi les prêts d'aide à l'Irlande et au Portugal. « Nous pensons que la condition nécessaire pour que le FESF ait un effet positif et durable est de relever sa dotation », soulignent ainsi les experts de Bank of America Merrill Lynch, estimant qu'il ne reste que 220 milliards d'euros disponibles au FESF.

Fonds limité

Pour l'heure, le fonds est limité par sa taille et pourrait tout juste venir à la rescousse de l'Espagne, alors pour aider l'Italie grevée par une dette publique près de trois fois plus importante... Voilà qui fait dire aux experts de Royal Bank of Scotland que ses ressources devraient être portées à 2.000 milliards d'euros. Enfin, sa capacité de manoeuvre est réduite par les États membres. « Il faudrait que le FESF passe rapidement à l'action en rachetant de la dette sur le marché secondaire, pour contenir la spéculation et limiter la contagion. Or la ratification par les parlements nationaux n'interviendra pas avant septembre », regrette Cyril Regnat.

Julien Beauvieux

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