Malgré la bourde de S&P, le creusement de l'écart de taux franco-allemand est à relativiser

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À 150 points de base sur le 10 ans, le « spread » OAT-bund atteint un nouveau record.

Il n'y a pas de fumée sans feu, comme le dit la sagesse populaire. L'agence de notation Standard and Poor's a reconnu jeudi dernier avoir diffusé par erreur à certains de ses abonnés un « message » faisant état d'une dégradation de la note de la France. Rien moins que la perte de son prestigieux triple A, au plus fort de la crise de la dette souveraine de la zone euro. Malgré le mea culpa de S&P qui a affirmé que « la note de la République française est inchangée à AAA, assortie d'une perspective stable », le mal était fait. Au point que l'Autorité des marchés financiers a annoncé à la demande du ministre de l'Économie l'ouverture d'une enquête et que Bruxelles a dénoncé « un incident grave ».

De fait, l'écart entre le taux des obligations françaises à 10 ans et le bund allemand de même échéance a atteint un nouveau record historique jeudi, se creusant jusqu'à 168,8 points de base. Ce « spread » s'est légèrement resserré le lendemain 11 novembre, pour revenir à 150 points de base, après le vote du Parlement italien en faveur des mesures d'austérité imposées par l'Europe. Il n'empêche que cet écart, qui mesure la prime de risque entre les lignes obligataires française et allemande à dix ans, ne s'élevait en moyenne, depuis la naissance de l'euro, qu'à 16 points de base.

« fuite vers la qualité »

Ce creusement est la rançon des incertitudes sur l'avenir de la zone euro et ses maillons les plus faibles en particulier, depuis que l'Italie est à son tour entrée dans la crise. Mais outre que le « spread » franco-allemand est sans commune mesure avec le gouffre abyssal qui sépare les taux allemands à dix ans de 1,79 % vendredi et ceux de la Grèce, de près de 30 %, il reste à relativiser. Ce n'est pas tant la France qui est dans le viseur de la spéculation que l'Allemagne qui profite d'un mouvement de « fuite vers la qualité » sans précédent.

Quand bien même la France perdrait son triple A, ce ne serait pas la fin du monde, même si le gouvernement cherche, à juste titre, à l'éviter à tout prix. Tout au plus tomberait-elle au niveau des États-Unis, dégradés le 5 août dernier à AA+, soit une note de 18 sur 20 au lieu de 20 sur 20. Et comme on l'a vu, cela n'a pas entraîné de détérioration des conditions de financement du Trésor américain. Les taux à dix ans sont même tombés à un plancher historique de 1,67 % le 23 septembre et se négocient actuellement autour de 2 %. C'est la preuve, s'il en était besoin, que les agences sont toujours en retard sur les marchés. Enfin, la crise est telle que les notations souveraines triple A sont une espèce en voie de disparition.

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