Livres : la sélection poche de l'été
Olivier Mony et Aurélie Marcireau
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Photo d'illustration
Reuters
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Toute littérature, par essence, est une plaidoirie de la défense. La défense et l'illustration du réel, surtout lorsque celui-ci bascule du côté de la panique, de la nuit, puisque « le sommeil de la raison engendre des monstres ». « Je savais, nous savions que nous étions en train de vivre, ensemble, tout autre chose qu'un machin vertueux pour l'Histoire, le happening judiciaire pharaonique et vain qu'on avait de bonnes raisons de craindre au début. Tout autre chose : une expérience unique d'effroi, de pitié, de proximité, de présence. C'est seulement tard que j'ai pris conscience du fait que la boîte ressemble à une église moderne et qu'il s'y est déroulé quelque chose de sacré. »
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Ni victime, ni juge ou avocat, ni prévenu bien sûr, ni même vraiment journaliste, c'est d'abord en écrivain, devant la cour d'assises spéciale de Paris, que du 2 septembre 2021 au 7 juillet 2022 Emmanuel Carrère a suivi scrupuleusement les audiences du « procès monstre » que fut celui des attentats terroristes du 13 novembre 2015 ayant entraîné la mort de 131 personnes. Ses chroniques hebdomadaires furent publiées dans les pages de L'Obs avant de faire l'objet, augmentées, d'un recueil publié sous le titre V13. C'est celui-ci qui paraît aujourd'hui en collection de poche Folio. Et autant l'écrire d'emblée, c'est un grand livre. Un grand livre noir rehaussé de part en part des couleurs de l'humanité profonde de quelques-uns de ceux, victimes et magistrats, qui en sont les acteurs. Bien sûr, il y a aussi les accusés (dont, rappelons-le, aucun des auteurs directs des faits, tous morts, ce qui complique grandement la donne judiciaire). Emmanuel Carrère nous les donne à voir tels qu'ils sont, enfants perdus et idiots d'un djihadisme né dans les volutes des joints... Il nous montre les uns et les autres, comme souvent dans son œuvre, partagé entre effroi et tendresse. Le pire et le meilleur se côtoient. Fraternellement mêlés. O.M
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