Livres en streaming : comment Youboox compte rémunérer les éditeurs

La médiatrice du livre a validé le projet de trois sites de lecture de livre en streaming, mais à certaines conditions. Un soulagement pour les startups qui se sont lancées sur ce marché balbutiant.

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Dans l'Hexagone, le livre numérique ne représente que 5% du marché global de l'édition.
Dans l'Hexagone, le livre numérique ne représente que 5% du marché global de l'édition. (Crédits : reuters.com)

Trois plateformes françaises de lecture en streaming viennent de recevoir la bénédiction du gouvernement. Youscribe, Izneo et Youboox vont donc pouvoir continuer leurs activités en toute légalité.

Les "Netflix" du livre bousculent le prix unique

Ce qui posait problème? L'application aux abonnements en streaming du principe du prix unique, instauré par la loi Lang de 1981. Pour mémoire, celui-ci impose à tous les éditeurs de proposer leurs ouvrages au même prix à tous les distributeurs.

Or, de nouvelles plateformes en ligne remettaient en cause ce principe - Amazon notamment, s'inspirant du principe de l'abonnement, comme pour la musique (Deezer, Spotify) ou plus récemment pour les films sur Netflix.

>> Amazon se lance aussi dans le "Netflix du livre"

Un problème que Florence Engel, la médiatrice du livre saisie par la ministre de la Culture Fleur Pellerin, a tenté de régler dans un rapport publié en février 2015. Ses discussions avec les éditeurs et les plateformes de streaming viennent donc d'aboutir. Ces sites de streaming ont maintenant six mois pour se mettre en conformité, et négocier avec les éditeurs.

Payer à la page vue

Chez Youboox, ces derniers fixeront un prix de location pour chacune de leurs œuvres dans le cadre de l'abonnement. Ils toucheront ensuite une rémunération dès lors qu'une page de leurs ouvrages aura été consultée.

"Si, par exemple, le prix d'un exemplaire à la location est à 10 euros, nous le divisons par le nombre de pages et on obtient ainsi un prix par page, ce qui nous permet d'être dans les clous et de respecter la loi. Pour les éditeurs, fixer un prix de location revient à créer un barème", explique Hélène Mérillon, la présidente de Youboox.

Pour les petites maisons d'édition, générer suffisamment de clics devrait donc se révéler bien plus difficile que pour celles qui sont habituées aux bestsellers.

Il s'agit en outre de monétiser une pratique très ancrée :

"Lorsqu'un lecteur se balade à la Fnac et feuillette une BD ou un livre de cuisine, il ne rapporte rien à l'éditeur. Ce que je propose, c'est de rémunérer cet acte banal. Pour l'instant, on gagne 7 à 10 euros pour 1.000 pages vues", précise la présidente du site de streaming.

La somme générée est ensuite partagée entre auteurs, éditeurs et Youboox. La viabilité du site se base donc essentiellement sur la mutualisation des consommations de ses abonnés, avec un tarif pour le lecteur qui commence à 9,99 euros.

Augmentation des tarifs pour le lecteur ?

Pour l'heure, le site n'a pas prévu de faire évoluer ses forfaits. Mais une augmentation des tarifs n'est pas exclue. Surtout si, en raison d'un renforcement de la concurrence, de nouvelles offres apparaissent. Comme par exemple, de nouveaux services encore plus "premium", permettant d'avoir accès à des nouveautés à peine sorties en librairie ou des exclusivités.

Reste que face à la force de frappe d'Amazon, les sites français apparaissent en position de faiblesse. Ce que conteste la co-fondatrice de Youboox:

"Amazon ne propose que 20.000 livres francophones, alors que nous avons une bibliothèque de 1,1 million d'ouvrages. De toute façon, on prend le marché avant eux."

D'autant plus que le géant américain est loin d'avoir fini ses discussions avec la médiatrice du livre.

Le désamour français pour le numérique

Dans l'Hexagone, le livre numérique ne représente que 5% du marché global de l'édition. Selon un sondage Ifop d'octobre 2014, avec le Groupement pour le développement de la lecture numérique (GLN), pour l'Hadopi, 11 % des Français - soit un sur dix - se déclarent lecteurs de livres électroniques.

Pour l'instant, l'offre précède la demande. Elle pourrait toutefois créer un nouvel enthousiasme auprès des consommateurs, comme c'est déjà le cas pour nos voisins américains qui réalisaient 27% du chiffre d'affaire global de l'édition grâce aux livres numériques en 2013.

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