Pierre Richard : « Je me suis toujours senti inadapté »
Propos recueillis par Charlotte Langrand
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Pierre Richard
"© LTD / BENNI VALSSON/MODDS"
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Pierre Richard
"© LTD / BENNI VALSSON/MODDS"
L'éternel « Grand Blond » du cinéma français vient tout juste de fêter ses 90 ans et il est toujours à l'affiche : l'antihéros maladroit et populaire de La Chèvre, du Jouet du Grand Blond ou des Fugitifs revient sur les écrans dans le premier rôle de Fêlés, de Christophe Duthuron (lire page suivante). Dans cette comédie attachante, on découvre la maison Arc-en-ciel, un concept unique d'aide aux personnes fragiles à travers l'entraide et la responsabilisation. Ce sujet humaniste a profondément résonné chez le comédien, qui s'est toujours considéré comme étant « en marge », dans sa vie personnelle comme dans son métier. Entretien avec un « vieil enfant » toujours échevelé et éternellement en vacances qui ne considère pas le mot « retraite » comme faisant partie de son vocabulaire.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Comment s'est passé ce tournage particulier, avec les vrais adhérents de la maison Arc-en-ciel ?
PIERRE RICHARD - Ce tournage, c'était des vacances ! Je ne m'étais pas rendu compte que j'allais me retrouver en face d'une vingtaine d'acteurs non professionnels... Ils étaient tellement attachants et drôles. Ça m'amusait beaucoup. Et on avait intérêt à être sincères parce que, eux, ils jouent au premier degré, dans l'immédiat, ils ont une vérité et des attitudes imprévues et hilarantes. Ces gens ont tous connu des moments difficiles mais ils se retrouvent là en bonne entente, sans direction ni chefs. C'est l'idée merveilleuse du professeur François Tosquelles : qu'il n'y ait pas de barrière entre les soignants et les soignés, tout le monde fait la vaisselle, joue, parle ensemble... Dans cet endroit, ils retrouvent le chemin de la joie : je l'ai moi-même vécu et, en partant, j'ai eu un pincement au cœur.
Pourquoi ?
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Parce qu'ils ont une façon de voir la vie complètement différente de la nôtre. C'est le médecin qui le dit : nous sommes tous des déséquilibrés, le tout est de savoir le gérer en trouvant un équilibre personnel. Ces gens ne sont pas des malades, ils ont des fêlures, comme nous en avons tous... Si tout se passe bien, on peut vivre toute sa vie sans qu'elles s'accentuent, mais s'il arrive quelque chose de grave - un accident de voiture, une rupture amoureuse... -, ces fêlures deviennent fractures et la vie est difficile. Ces gens ont beaucoup à nous apprendre. Pourtant, pendant longtemps on les a traités à coups de médicaments pour les faire dormir. Pendant le tournage, nous avons passé une journée dans un hôpital, j'ai été frappé de voir des « zombies » abrutis par les traitements. Rien à voir avec ceux de la Maison, dont la vie devient supportable grâce, entre autres, à leur amitié réciproque : ils guérissent davantage par l'humanité des autres que par les traitements médicamenteux. Ce sont les meilleures prescriptions : 13 gouttes d'affection et de rire par jour !
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