Plus de vingt-cinq ans que l'on connaît son univers. Par la plume et les images. Un ton singulier s'imposait. Il s'est aiguisé sans rien perdre de sa personnalité unique. Quelque chose de frais et blagueur, quelque chose d'une enfance impertinente, et en même temps une gravité, une maturité, quelque chose de profondément sombre. Un beau ténébreux, tourmenté et très actif. Toujours en train d'entreprendre, de jeter loin ses filets. Samuel Benchetrit est unique. Il écrit. Des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre, des scénarios. Il met en scène, il réalise. Il n'a pas lâché la photographie. Il adore les comédiens et aime mettre en valeur leurs qualités. Inventer des scènes inoubliables, tel le face-à-face de deux gentils géants de la musique, Arno et Bashung, dans J'ai toujours rêvé d'être un gangster, film en noir et blanc de 2007.
Tôt repéré, tôt admiré. La vingtaine et quelques. Tôt frappé par le « drame », comme on disait dans la famille Trintignant, la mort de Marie en 2003. Samuel Benchetrit a su reprendre sa vie, son chemin. Écrire encore pour Jean-Louis, qui avait créé avec sa fille Comédie sur un quai de gare, en 2001. Aujourd'hui, il termine les répétitions de La Famille, dirigeant un groupe d'excellence (Claire Nadeau, Michel Jonasz, Patrick Timsit, François-Xavier Demaison, Kate Moran), dont on sait bien qu'il fera des étincelles de cocasserie et de noirceur. Samuel Benchetrit travaille déjà au film, rêvé depuis vingt ans, écrit, qu'il tournera aux États-Unis. Le cinéma lui est essentiel; réaliser est sa vocation profonde.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Comment vous est venue l'idée de La Famille ?
SAMUEL BENCHETRIT - J'étais dans le début de l'écriture d'un scénario qui n'avait rien à voir. Rien n'était clairement prévu. Le déclenchement tient à des questions qui surviennent dans ces moments un peu flottants : qu'est-ce que ces sentiments qui surgissent dans la cellule familiale, qu'est-ce que l'amour dans la haine ? Je voyais deux frères. La Famille s'est imposée. J'ai commencé à écrire et tout est allé très vite. C'est vraiment très étrange. J'ai eu le sentiment que cela m'était dicté, comme si je me dédoublais. C'est la première fois que ça m'arrivait...
Propos recueillis par Armelle Héliot