Des supporters français brandissent des silhouettes en carton représentant le sélectionneur français Didier Deschamps pendant le match France-Côte d'Ivoire à Nantes, le 4 juin 2026.
C’est une préparationqui ressemble à une tournée d’adieu, et parfois même à un pèlerinage. Célébré par les tribunes de la Beaujoire le 4 juin à Nantes, là où il a été formé, Didier Deschamps s’apprête à vivre son ultime match en France à la tête des Bleus, le 8 juin à Lille, contre l’Irlande du Nord (21 h 10, TF1). Il a déjà vécu sa dernière semaine à Clairefontaine, dont il connaît les moindres recoins pour avoir fréquenté le château durant un quart de siècle. Comme il n’est pas du genre à regarder dans le rétro, il aura la tête tournée vers les États-Unis, où la délégation tricolore atterrira mercredi pour prendre possession de son camp de base, à Boston.
En quatorze ans et 177 matchs à la tête de la sélection, le Basque n’avait jamais connu la défaite en match de préparation. Ses joueurs ont réparé cette lacune contre la Côte d’Ivoire (1-2). Il a, en revanche, déjà enchaîné des défaites, il connaît les secousses que cela implique et subodore même qu’elles gagneraient en intensité à l’approche d’un Mondial américain où la France fait partie des favoris (avec l’Espagne et l’Angleterre).
Même s’il ne regrette pas d’avoir eu une « piqûre de rappel » qui déleste les Bleus de l’étiquette maudite de numéro un du classement Fifa (qui ne gagne jamais à la fin), il sait qu’une contre-performance face au 70e mondial climatiserait l’ambiance.
Dédain et nostalgie
Deschamps s’en passerait bien, mais il s’adaptera au besoin. Comme toujours. En six tournois internationaux, il a tout vécu avec l’équipe de France. Tout sauf l’élimination dès la phase de poule, ce qui est pourtant arrivé deux fois aux Bleus depuis 1998 – à la Coupe du monde 2002, puis en 2010 en Afrique du Sud. À côté de ces fabuleux fiascos, les deux échecs européens du technicien basque paraissent fades, même le huis clos de Budapest en 2021 a pu distiller quelques épisodes savoureux et déboucher sur une improbable élimination en 8e de finale par la Suisse.
Trois ans plus tard à l’Euro en Allemagne, il a atteint les demi-finales mais cela n’a pas suffi à sauver le bilan : selon un sentiment largement répandu parmi les supporters et les médias, ce que son équipe montrait était trop ennuyeux pour qu’on s’intéresse au résultat – quand bien même les autres cadors ne montraient rien de mieux, Espagne mise à part. Si la lassitude après douze ans aux commandes (et deux de plus à venir) explique en partie ce dédain, cela raconte surtout le legs de Didier Deschamps : il a normalisé l’exceptionnel. Une fois sur deux, il a emmené le pays en finale, et jamais en profitant d’une autoroute.
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Briser la malédiction
À l’Euro 2016 à la maison, la défaite contre le Portugal (0-1 ap) était venue de nulle part et DD a même appris récemment de la bouche de Pierluigi Collina, président de la commission des arbitres de la Fifa, que le but d’Eder aurait été refusé s’il y avait eu le VAR. Au Mondial 2018, ses Bleus n’étaient pas favoris mais avaient tracé leur sillon, seuls, pour décrocher la deuxième étoile.
Quatre ans plus tard au Qatar, il a fallu briser la malédiction du champion sorti en poules, se hisser en finale malgré des absences majeures (Benzema, Hernandez, Kanté, Pogba…) et faire trembler l’Argentine avec les batteries à plat.
Dans les colonnes de Ouest-France, Emmanuel Macron lui a rendu un hommage à double tranchant : « Tant de nos compatriotes ont appris à aimer ce style qui préfère gagner plutôt que plaire. » L’heure du départ approchant, la nostalgie affleure. La petite musique joue « on le regrettera ». Le Mondial donnera une vérité à tout ça.