La fin du « juste à temps ». L’édito de Ludovic Desautez
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Découvrez l'édito de Ludovic Desautez.
LTD / Cyrille george jerusalmi
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Pendant des décennies, le « juste à temps » a été la doctrine dominante de l’économie et de l’industrie. Produire sans stocks, livrer au dernier moment, optimiser chaque maillon : l’efficacité s’est imposée comme la mesure ultime de la performance. Dans un monde ouvert, prévisible et relativement pacifié, l’équation semblait indiscutable.
Ce monde n’existe plus. La pandémie en a révélé les fragilités. La guerre en Ukraine les a confirmées. Le grand virage de la Maison-Blanche les a amplifiées.
Les tensions commerciales, les rivalités technologiques et les crises géopolitiques successives ont fini d’en signer l’acte de décès. Les entreprises européennes découvrent aujourd’hui ce que les stratèges savent depuis longtemps : l’efficacité n’est pas toujours synonyme de résilience.
L’aéronautique, la défense et le spatial sont aux avant-postes de cette grande bascule. Alors que les carnets de commandes débordent et que les besoins militaires s’envolent, les industriels se heurtent à une réalité simple : il ne suffit plus de concevoir les meilleurs avions, les meilleurs missiles ou les meilleurs satellites. Encore faut-il être capable de les produire en quantité, rapidement et durablement.
En Europe, la production d’obus de 155 mm est passée d’environ 300.000 unités par an avant la guerre en Ukraine à près de deux millions aujourd’hui. Dans le civil, Airbus vise une cadence de 75 A320 par mois, contre une quarantaine au sortir de la crise sanitaire. Dans le spatial enfin, l’Union européenne prépare avec Iris² une constellation de plus de 280 satellites destinée à sécuriser ses communications stratégiques. Dans les trois cas, le défi n’est plus seulement technologique : il est d’abord industriel.
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