Le marché de l'art rattrapé par la crise

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De Christie's à Sotheby's, les ventes d'oeuvres d'art font moins recettes. Même les collectionneurs sont touchés par la crise.

 Des Picasso invendus, des commissaires-priseurs qui poussent des soupirs de désolation, des adjudications inférieures aux estimations basses et de rares records: les tourmentes sont récurrentes sur le marché de l'art, mais celle-ci frappe fort, reconnaissent les experts.
Jeudi soir chez Christie's, près de la moitié des oeuvres impressionnistes et modernes proposées aux enchères d'automne à New York n'ont pas trouvé preneur et trois lots ont été retirés au dernier moment par les vendeurs. Les responsables ne cachaient pas leurs craintes que la crise financière ait encore plus d'impact que les attentats de 2001.
Lundi déjà, chez le marchand d'art rival Sotheby's, l'atmosphère était morose et la part d'invendus importante, mais les records ont été plus éclatants. Une "composition suprématiste" du peintre d'avant-garde Kazimir Malevitch a été adjugée 60 millions de dollars, un record pour une oeuvre russe.
"Nous sommes à l'évidence dans une période financièrement difficile pour le monde, je suis même étonné du niveau des ventes", a reconnu Christopher Burge, président honoraire de Christie's, qui a mené les enchères en multipliant les soupirs.
La veille, les résultats de la vente de deux collections privées ont été encore plus décevants. Une toile de Mark Rothko estimée 30 millions de dollars n'a pas trouvé preneur, ce qui augure mal des ventes d'art contemporain prévues la semaine prochaine.
Ces dernières années, les contemporains, dont plusieurs sont encore jeunes comme Jeff Koons, 53 ans, l'artiste vivant le mieux payé au monde, ont suscité un véritable engouement auprès des collectionneurs. Un tryptique de Francis Bacon a atteint 86,2 millions de dollars en mai dernier à New York.
Le fait que les catalogues aient été bouclés dès le début de l'été explique en partie le décalage entre des estimations trop élevées et des adjudications souvent faites au prix "de réserve", le montant confidentiel établi entre le marchand d'art et le propriétaire, au-dessous duquel le tableau n'est pas vendu.
Jeudi soir, 11% des oeuvres ont été adjugées au dessus de leur estimation et 45% en dessous, a souligné Christopher Burge, qui se définit comme un "spécialiste des crises".
"J'ai connu celle de 1974 (après le choc pétrolier de 1973), de 1991 (guerre du Golfe), et de 2001 (après les attentats contre le World trade center), mais je crois que celle-ci va être pire qu'en 2001", notamment parce que les prix sont montés très haut ces dernières années, reconnaît-il.
Dans une salle bondée mais une ambiance morose, 85 lots étaient proposés, dont un Picasso aux accents surréalistes, "Marie-Thérèse et sa soeur lisant" (1934), qui a été adjugé à son estimation basse, 18 millions de dollars.
Seule une remarquable peinture cubiste, "Livre, pipe et verres" de Juan Gris (1915), est partie à 20,8 millions de dollars, au-dessus de son estimation haute. L'enchérisseur Franck Giraud, un courtier en art new-yorkais, était dans la salle mais a refusé de révéler l'identité de l'acheteur, américain.
Malgrè la déroute à Wall Street, les Américains représentaient 55% des acquéreurs, 26 % étaient européens, Russes inclus, 15 % venaient "d'ailleurs" et 2 % du Proche Orient, a précisé la maison d'enchères.
"Beaucoup de marchands profitent de la situation pour enrichir leurs stocks, mais le Juan Gris par exemple a été acheté par un particulier. Il y a donc toujours beaucoup d'argent qui circule, mais il va falloir proposer sans doute moins d'oeuvres et seulement de très bonne qualité", a conclu Christopher Burge.

 

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
ces dernières années, à l'instar des bourses, le marché de l'Art était devenu un casino,où des oeuvres d'artistes vivant donc aptes à les multiplier,valaient plus qu'un Velasquez,un Goya ou un Rembrandt.Tout cela était absurde et rappelait l'histoire d'un portaitiste célèbre du 19e S;qui demandait des sommes astronomiques pour ses oeuvres qu'on pouvait trouver 100 ans plustard pour quelques francs au marché aux puces.Sans une spéculation indécente soutenue hélas par ceux qui devraient veiller à respecter le patrimoine national on ne verrait pas à Versailles les produits d'un industriel qui fait fabriquer par une centaine de salariés de prétendues oeuvres d'Art.Dommage que Louis XlV ne soit plus en mesure de leur chatouiller les pieds la nuit.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Tout a fait d'accord. Les prix sont fous et ceux qui ont acheté il y a deux ans vont s'en mordrent les doigts...Bien fait!...La crise financière actuelle est un tsunami. Mais le meilleur placement dans les crises est encore les oeuvres de grands peintres.
Un marchand retraité.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Bonjour, j'aimerais en savoir plus sur ces ventes aux enchères pour y assister voire y participer. Y a t'il un calendrier? Si quelqu'un peut me renseigner sur les prochaines en 2009.. voici mon email: hadrienpiana@gmail.com merci d'avance!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Si l'art est un placement, le manque d'attachement à l'objet en fait un produit dont l'achat peut être reporté. Il subit alors la crise au même titre qu'une automobile.
Si l'art s'accompagne d'une relation sentimentale, l'attachement suffit au bonheur de celui qui le possède. Sa « valeur » dépend alors exclusivement de l'intérêt que son propriétaire lui porte.
Retrouvez plus d'informations sur www.artfinding.com

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