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Débats - La Tribune AURAGrands Entretiens - La Tribune AURA

Gaël Perdriau : "J'aime me présenter comme le VRP de Saint-Etienne"

Propos recueillis par Yann Petiteaux

Publié le 26 février 2015 à 07:07 - Mis à jour le 27 février 2015 à 14:41

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18 juillet 2026

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Il y a un an, Gaël Perdriau reprenait la mairie de Saint-Etienne des mains du socialiste Maurice Vincent. Le jeune maire UMP (42 ans), entend raviver l'attractivité de la capitale ligérienne en jouant notamment la complémentarité avec Lyon à l'international. Il espère également tirer profit de la place centrale de Saint-Etienne au sein de la future super-région.

Acteurs de l'économie : Depuis votre élection à la mairie de Saint-Etienne il y a un an, vous vous êtes positionné clairement en rupture par rapport à votre prédécesseur socialiste Maurice Vincent. L'exemple le plus récent est votre décision de mettre fin à la marque de territoire « Atelier visionnaire », lancée il y a trois ans sous le précédent mandat. Votre volonté est-elle de faire table rase ?

Gaël Perdriau : Non, ma volonté est de préparer l'avenir. Sur chaque dossier je regarde là où on en est et je prends les décisions qui me semblent aller dans le bon sens. Si quelque chose fonctionne, je le poursuis. A mon sens, la principale rupture avec mon prédécesseur est celle du dogmatisme. Je pense être beaucoup plus pragmatique.

Justement, lors de votre élection, certains ont parlé de l'arrivée d'un « bulldozer » à la mairie. Très vite, vos opposants vous ont reproché d'être dans l'idéologie droitière (abandon du service public funéraire, embauche de policiers municipaux, « dépiétonisation » du centre-ville...). Un an après pensez-vous leur avoir donné raison ?

C'est tellement facile de coller une étiquette sur la tête des gens... Encore une fois, ce qui guide mon action c'est d'être le maire de tous les Stéphanois, alors que Maurice Vincent était le maire du PS, voire le maire d'un clan au sein du PS. Prenons l'exemple du service public funéraire. Huit communes avaient rejoint le projet de Maurice Vincent. Quand j'ai présenté ma vision à l'agglomération, j'ai reçu l'avis unanime des quarante-cinq maires. Et pourtant, ils ne sont pas tous de l'UMP...

L'un des dossiers chauds pour votre équipe a été la crise interne à l'opéra-théâtre qui a abouti au licenciement des principaux cadres de l'institution et dont la presse, notamment nationale, s'est largement fait l'écho. Pensez-vous, a posteriori, que la crise aurait pu être gérée de manière moins brutale ?

Si je n'avais pas pris une décision rapidement, on aurait du faire face à la fermeture de l'établissement de septembre 2014 à janvier 2015. En effet, lorsque nous sommes arrivés en avril dernier, nous avons constaté que la programmation n'était pas encore faite, que les contrats avec les artistes n'avaient pas été signés et qu'il n'y avait aucune réservation. Deuxièmement, nous avons découvert l'existence d'un déficit d'un million d'euros repoussé d'année en année depuis 2012. A cela s'ajoute la nécessité de réaliser 1,5 million d'euros de travaux relatifs à la sécurité du bâtiment. J'ai voulu clarifier la situation. Il fallait réagir très vite et nous ne pouvions pas le faire avec les gens en place. Ce que j'ai fait, je ne l'ai pas fait de gaieté de cœur. Mais ce que je peux vous assurer, c'est que si nous n'avions pas été élus, les conséquences pour l'Opéra-théâtre auraient été encore plus dures.

Lors de la présentation du budget primitif 2015, vous avez réaffirmé votre volonté de ne pas augmenter les taux d'imposition en dépit des baisses des dotations de l'Etat qui représenteront un manque à gagner de 17 millions d'euros d'ici à 2017. Comment allez-vous résoudre l'équation budgétaire ? Avec quel impact sur la masse salariale ?

Il faut tout d'abord préciser que la Région, le conseil général et l'agglomération sont aussi impactés par les baisses des dotations de l'Etat et qu'ils sont donc moins enclins à nous aider financièrement. A cela s'ajoute des charges suplémentaires, comme les changements de rythmes scolaires, qui vont nous coûter un million d'euros de plus par an. Dans ce contexte, j'ai décidé de ne pas augmenter les impôts car j'estime qu'il s'agit d'un facteur d'attractivité pour la ville, et parce que les gens en ont assez d'être considérés comme la variable d'ajustement d'un budget.Afin de tenir l'équation budgétaire, nous nous sommes engagés à maîtriser les frais de fonctionnement grâce à une meilleure politique d'achat. Nous allons également maintenir la masse salariale alors qu'elle progresse naturellement de 2 à 2,5 % par an. Toutefois, je réfute le terme de « plan social » puisque, en tant que collectivité, nous ne licencierons personne. Nous allons mettre en place une gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences (GPEC) qui n'existait pas jusqu'à présent. Quand vous avez 3 600 agents, c'est indispensable, d'autant que les besoins de Stéphanois changent. Nous avons notamment la volonté très forte de faciliter la promotion interne. L'embauche de policiers municipaux supplémentaires sera compensée par des départs à la retraite non remplacés. Sur ce point, la courbe démographique nous est plutôt favorable.

Quel impact sur les investissements ?

Il va y avoir une baisse de l'investissement par rapport aux années fastes. Pour compenser, notre objectif est de générer de l'investissement privé. A ce titre, j'aime me présenter comme le VRP de Saint-Etienne. Je peux d'ores et déjà vous annoncer qu'au cours de l'année 2015, des projets immobiliers représentant plusieurs millions d'euros vont sortir de terre.

Au mois de décembre, le conseil municipal de Saint-Etienne a validé la signature un protocole d'accord avec la SFIL (ex-Dexia) mettant fin à trois emprunts toxiques pour un encours total de 58,2 M€. Cette opération ramène la part de la dette structurée de 25 % à 5 % de la dette totale de la ville. Vous avez longtemps critiqué l'acharnement de Maurice Vincent à nettoyer la dette de la ville de ses emprunts structurés. N'y a-t-il pas là une contradiction ?

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La différence c'est que Maurice Vincent en a fait sa politique de A à Z pendant six ans. Nous, en l'espace de six mois, nous avons réglé les trois-quarts des emprunts restants. Il ne nous reste donc aujourd'hui plus qu'un emprunt qui aurait pu disparaître dans de bonnes conditions, en novembre 2008, si mon prédécesseur avait mieux fait son travail. J'ai toujours considéré la question des emprunts structurés comme étant un sujet grave. Mais comme l'ont fait des dizaines de maires, j'ai travaillé dessus sans en faire une mauvaise publicité pour la ville.

Saint-Etienne intramuros perd des habitants depuis de nombreuses années. L'attractivité de la ville a été l'enjeu majeur des dernières municipales. Maintenant que vous êtes aux manettes de la mairie, comment faire pour inverser la tendance ? Quel positionnement possible entre Lyon et Clermont-Ferrand ?

J'observe que, jusqu'à présent, Saint-Etienne était relativement isolée par rapport à Lyon, encore plus vis-à-vis de Clermont-Ferrand. Dès notre élection, nous avons rencontré Gérard Collomb et Olivier Bianchi (maire de Clermont-Ferrand, ndlr). Je peux vous dire que l'esprit de collaboration a bien changé. Soit Saint-Etienne s'isole, soit on prend confiance en nos atouts et on essaie de les valoriser auprès des autres. Avec Gérard Collomb, la confiance s'est établie très rapidement. J'ai, de mon côté, réaffirmé la place de Saint-Etienne en matière de design. C'est pourquoi la prochaine réunion du conseil métropolitain se déroulera à la Cité du design. Nous allons également profiter de la prochain biennale design (qui se déroulera du 12 mars au 12 avril, ndlr) pour accentuer le démarchage d'entreprises lyonnaises.

En matière de numérique, Saint-Etienne a vu sa candidature French tech recalée. Un rapprochement avec Lyon est-il envisageable ?

Je ne peux pas laisser vous dire que la candidature de Saint-Etienne a été recalée. Elle n'a pas été refusée lors de la première vague. Comme il ne s'agit pas d'un concours mais d'un examen, plusieurs vagues sont prévues. Nous allons donc déposer la version deux de notre candidature le 5 mars prochain. Si elle n'est pas retenue, ce n'est pas un drame, car nous pourrons déposer un nouveau dossier. En ce qui concerne un rapprochement avec Lyon, cela n'aurait pas de sens de fusionner les deux candidatures. En revanche, si les deux sont retenues, il y aura des connexions à établir. Je rappelle que lorsque nous avons déposé notre dossier Franch tech, nous étions soutenus par madame Daugnin-Sauze, vice-présidente du pôle métropolitain en charge du numérique. Car notre candidature était complémentaire avec celle de Lyon.

Afin de gagner en rayonnement à l'international, vous avez déclaré vouloir vous placer sous la bannière Onlylyon. Cela ne risque-t-il pas, à terme, de faire perdre son identité à Saint-Etienne et transformer la ville en un simple « quartier » de Lyon ? Quelle garantie que Saint-Etienne tire profit de ce rapprochement ?

En ce qui concerne Saint-Etienne, il faut commencer par regarder la situation actuelle. Jusqu'à présent, de quoi avons-nous été capables en matière d'attractivité ? L'Aderly, c'est 77 implantations et plus de 2 000 emplois créés en un an. Quand une agence comme celle-là part en Chine pour vendre le territoire lyonnais et ses avantages, il est évident que l'on en fait partie. A l'international, la distance entre Saint-Etienne et Lyon est négligeable. Si nous avons des objectifs communs et que la confiance est mutuelle entre Lyon et Saint-Etienne, alors peu importe que nous soyons sous la bannière OnlyLyon. Si nous sommes bien conscients de nos atouts, il n'y a pas à craindre d'être absorbés par Lyon. Pour sa part, Gérard Collomb a bien compris que, même avec un million d'habitants, Lyon seule n'a pas la taille d'une métropole européenne.

Récemment, le président du conseil général de la Loire, Bernard Bonne, a évoqué la possibilité de fermer l'aéroport de Saint-Etienne, qui souffre d'un déficit chronique. Vous semblez partager son sentiment. Selon vous, que pourrait-on faire pour redonner une utilité à cette infrastructure au sein de l'aire métropolitaine ?

Cela fait des années que l'on se demande ce que l'on va faire de cet aéroport. Et chaque année, les collectivités viennent combler le déficit. Dans ce cas, ce sont les lignes low-cost qui coûtent cher au contribuable. D'autant que, sur le plan touristique, l'aéroport n'est qu'un point de départ et non un point d'arrivée. Par ailleurs, il est handicapé par la présence d'une gare TGV qui relie Saint-Etienne à Lyon. L'enjeu est de trouver une vocation à cet équipement, car je ne conçois pas une agglomération comme celle de Saint-Etienne sans aéroport. Je pense à ce titre qu'il existe des complémentarités à créer avec l'aéroport de Saint-Exupéry. Une DSP est en cours afin de consulter les entreprises sur ce sujet. Car le bon positionnement n'a pas encore été trouvé.

La facture de la future autoroute A45 Lyon Saint-Etienne représenterait 422 millions d'euros pour Saint-Etienne métropole et le Conseil général de la Loire . La collectivité a-t-elle les moyens d'y subvenir ?

Je trouve inadmissible que l'Etat n'assume pas sa part dans des projets qui ont prouvé leur utilité. Cela fait 75 ans que l'on attend un calendrier et un budget pour l'A45. Jusqu'à aujourd'hui, la Région refusait de financer le tronçon d'autoroute. Maintenant que nous avons des chiffres précis, je vais leur poser à nouveau la question. D'autant plus que l'A45 serait un véritable trait d'union entre Rhône-Alpes et l'Auvergne. Et un désenclavement très important pour notre agglomération.

Avec la future super-région, Saint-Etienne ne sera plus située au « far-west » de Rhône-Alpes, mais au cœur d'un nouvel ensemble. Qu'en attendez-vous ?

C'est vrai que nous avons toujours été à l'extrémité de Rhône-Alpes et que nous n'avons pas forcément tiré profit de tout ce dont nous aurions pu bénéficier. Je suis convaincu qu'avec la future région il y aura des opportunités. D'ailleurs, j'ai demandé au conseil de développement de Saint-Etienne métropole de mener une réflexion afin de savoir quelles propositions on pourrait formuler à ce sujet.

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L'UMP a investi Laurent Wauquiez en tant que candidat aux prochaines régionales. Selon vous, est-il le mieux placé pour prendre les rênes du mastodonte Rhône-Alpes Auvergne ? Pensez-vous que l'UMP a ses chances dans cette élection ?

Oui, c'est pour cela que je lui ai apporté mon soutien. Je pense que, par son dynamisme et son expérience ministérielle, Laurent Wauquiez est en capacité de porter un projet régional. La nouveauté qu'il représente dans cette échéance va être un atout.

Selon certains sondages, près d'un Français sur trois est favorable à une victoire du FN aux élections départementales. Craignez-vous cette montée en puissance de l'extrême droite ?

Non, car au second tour des élections municipales à Saint-Etienne, le FN était présent et cela ne m'a pas empêché d'être élu avec 7 points d'avance. Lors d'une élection locale, les citoyens sont plus attentifs aux femmes et aux hommes qu'aux partis.

Propos recueillis par Yann Petiteaux

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