French Tech : Saint-Étienne, la conquérante
Romain Charbonnier
Romain Charbonnier
"Nous voulons entrer par la grande porte et non par la petite. Ne pas être invisible !" Fabien Soler, directeur adjoint du cluster Numélink, est sans équivoque. Si Saint-Étienne est candidate à la French Tech, ce n'est pas pour jouer les seconds rôles. Dès le lancement officiel de l'initiative French Tech - remplaçant, le projet initial des Quartiers numériques -, le 27 novembre 2013 par Fleur Pellerin, alors ministre déléguée à l'Economie numérique, la mobilisation a été générale. Cinq semaines plus tard, "nous ouvrions notre site internet « Saint-Étienne atelier numérique »", indique Fabien Soler.
En avance sur les autres, le dossier stéphanois repose sur le bureau de la mission French Tech depuis le 26 mai, et attend les premiers retours de Paris afin d'ajuster d'éventuels éléments. Patientant, Saint-Étienne métropole s'est déclarée officiellement candidate au label French Tech lors d'un événement organisé à la Cité du design, au début du mois de juillet.
Deuxième ville de Rhône-Alpes par sa population mais toujours sujette à un déficit d'image, Saint-Étienne se rêve pourtant en "pôle design et numérique de la French Tech". Consciente des enjeux pour son territoire (image à l'international, dynamisme économique, etc.), tous les efforts et initiatives y sont menés pour montrer au reste de la région - et de la France également - que sa candidature est autant légitime que celles d'autres métropoles."Nous avons de sérieux atouts", annonce Gaël Perdriau, maire UMP de Saint-Étienne. La candidature stéphanoise repose en effet à la fois sur le numérique, le design et "le manufacturing", et s'appuie sur ses trois pôles industriels "dynamiques" : l'optique, l'ingénierie des procédés et les métiers de la santé.
"Originale", la candidature stéphanoise se démarque par l'alliance numérique-design au service des entreprises. "Saint-Étienne est riche d'entreprises industrielles auxquelles nous voulons apporter des réponses et solutions dans leur transition numérique, prévient Fabien Soler. Nous ne sommes pas dans un numérique hors-sol, mais véritablement dans un numérique ancré sur le territoire." Le message de Saint-Étienne est clair :
À l'heure actuelle, l'économie du numérique du territoire pèse un peu plus d'un milliard d'euros, compte 750 entreprises dont 300 « pure players » et emploie 9 500 personnes. Saint-Étienne n'hésite donc pas à mettre en avant ses arguments : cinq grandes écoles (Télécom Saint-Étienne, Ecole des mines, Ecole nationale d'ingénieurs, Ecole supérieure d'Art et design, Institut d'optique), une Cité du design, première ville française et deuxième ville européenne membre du réseau des villes créatives design Unesco, une desserte quasi totale des zones d'activités en fibre optique, etc.
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Autre élément qui pourrait sensibiliser Paris : le quartier créatif Manufacture, d'une surface de 107 ha, qui regroupe Cité du design, écoles, laboratoires, entreprises, start-up et logements. "Ici, vous avez tout l'écosystème du numérique stéphanois et son bouillonnement. Ce n'est pas un bâtiment totem que nous avons, mais un quartier entier représentant les filières", prévient Fabien Soler, convaincu de la réussite de Saint-Étienne au label French Tech. Et d'ici deux ans, la faculté des sciences rejoindra le quartier : 10 000 m2 supplémentaires seront aménagés pour accueillir en son sein pépinière, hôtels d'entreprises, espaces de coworking, accélérateurs et expositions.
Autoproclamée capitale du design, Saint-Étienne n'a cessé de se transformer avant que sa reconnaissance comme "ville de design" ne se renforce au fil de ses biennales internationales dédiées au secteur. Cette discipline étant au cœur de la stratégie stéphanoise de développement économique et territorial, elle joue donc un rôle clé dans le dossier "Saint-Étienne atelier numérique". Trois programmes d'accélération sont d'ores et déjà programmés ; ils seront connectés à l'international grâce au réseau Unesco et Saint-Étienne bénéfice à leur sujet du soutien écrit des villes partenaires.
Design Elevator accompagnera à la créativité 50 startups par an, avec la Cité du design comme principal pilote ; Unesco Elevator, une vingtaine de startups à l'international avec une résidence à l'étranger dans des écosystèmes partenaires du réseau Unesco Saint-Étienne (Montréal, Berlin, Shanghai, Buenos Aires etc.) ; et Rip Elevator facilitera à dix startups l'accès à des infrastructures ultra-haut débit, dans le but de concevoir et expérimenter des nouveaux services. "Il faut résoudre les problèmes du XXIe siècle avec les solutions du XXIIe", peut-on entendre du côté de Saint-Étienne métropole.
Le manque de grands fleurons du numérique pourrait en revanche pénaliser la candidature stéphanoise. "Nous avons les savoir-faire mais le faire savoir est plus compliqué", nous dit-on. Autre point sensible, les fonds d'investissement et capitaux-risqueurs se font encore (trop) rares. Preuve en est, les difficultés rencontrées par le cluster Numélink à organiser le Financial IT day, au printemps dernier. "Et pourtant nous étions dans les salons du stade Geoffroy-Guichard", souligne Fabien Soler. L'événement a réussi tout de même à mobiliser plusieurs startuppeurs et investisseurs, dont le fonds de la famille Guichard (Casino) et celui de Jacques Mahul (Focal), Good-Sound doté de six millions d'euros.
En lice pour le label French Tech, Saint-Étienne fait partie des outsiders.
Saint-Étienne fourmille de startups talentueuses. ID touch est l'une d'elles. Cette société coopérative installera bientôt ses dix salariés dans des bureaux tout neufs à la Manufacture. Plateforme de diffusion de musique en streaming, ID touch met à disposition des créations d'artistes et labels indépendants, en imaginant autour d'eux un modèle économique équitable. "Les plateformes de streaming musical telles que Deezer ou Spotify, reversent à leurs auteurs 0,0005 euro par titre, c'est inacceptable, s'inquiète Éric Pétrotto, cofondateur d'ID touch. Notre modèle est de redistribuer 55 % des recettes à l'artiste."
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L'abonnement est lui aussi nouveau puisqu'il s'effectue depuis des lieux relais (médiathèques, collèges, lycées, etc.) qui prennent en charge le paiement. Les clients de la start-up sont donc les acteurs publics et non les particuliers. Encore en version test, le démarrage du service s'annonce déjà prometteur : dix mille utilisateurs sont enregistrés. Et de trente mille morceaux disponibles à ce jour, il pourrait bien y en avoir plus de huit millions dans les mois prochains, grâce aux partenariats noués avec des agrégateurs de contenus. De quoi donner des idées d'ouverture vers de nouvelles formes de créations indépendantes comme la vidéo, les arts numériques ou les livres.
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