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Michaël Peters : "Euronews va donner la priorité au numérique"

Marie Annick Depagneux

Publié le 15 octobre 2015 à 15:30 - Mis à jour le 16 octobre 2015 à 05:02

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La chaîne d'information en continu paneuropéenne Euronews fait coup double ce jeudi en inaugurant son nouveau siège, dans le quartier Confluence à Lyon, et en annonçant sa nouvelle gouvernance. L'homme d'affaires égyptien Naguib Sawiris, qui contrôle 53 % du capital, a été nommé à la présidence du conseil de surveillance. Michaël Peters, président du directoire depuis 2011, est à la manœuvre pour réussir « Euronews next », un projet réinventant le modèle de production orienté vers le numérique.

Acteurs de l'économie-La Tribune. L'homme d'affaires égyptien Naguib Sawiris est officiellement propriétaire de Euronews depuis le 7 juillet dernier via Media Globe Networks, holding constitué pour cette acquisition. L'annonce, en février, de l'ouverture de négociations exclusives avec l'homme d'affaires égyptien a créé la surprise. En quoi était il le meilleur candidat ?

Michaël Peters : Nous avions identifié 80 cibles environ. Il y avait de beaux noms qui auraient fait très chic. Je voulais une catégorie de candidats qui ne soient ni des fonds ni des investisseurs industriels mais un mélange des deux. Une short list de six a été retenue et, rapidement,un groupe de trois s'est détaché. Le discours et les motivations de Naguib Sawiris m'ont plu. Il voyait Euronews comme une organisation et une marque ayant un potentiel à développer.
Michael Peeters
Photo d'illustration (Crédits : Laurent Cerino/ADE)

Naguib Sawiris qui a apporté 35 millions d'euros, selon les informations données, exigeait il une prise de participation majoritaire ? Comment se sont passées les discussions ?

On demandait une somme importante et il fallait en contre partie céder la majorité. J'en étais convaincu dès le départ. Les six candidats de la short list souhaitaient tous la majorité. C'est en septembre 2012 que je me suis dit qu'il faillait faire entrer un nouveau partenaire. J'en ai parlé en février 2013 au premier noyau d'actionnaires, et Rémy Pfimlin (ex président de France Télévision), en particulier, a été d'un grand soutien. Je leur ai proposé le deal suivant : « Je prépare un plan stratégique et ensuite vous me donnez mandat pour aller chercher quelqu'un». Ce plan stratégique adopté en mars 2014 confirme la mission d'intérêt général d'Euronews et son ADN de chaîne paneuropéenne.

Ce n'est pas la première fois que Euronews accueille un actionnaire privé. En novembre 1997, l'opérateur de presse britannique ITN était entré avec 49 % du capital mais se  retirait en 2003. L'expérience n'avait pas été concluante. Les circonstances ont elles changé ?

Je suis arrivé chez Euronews avec ITN. Je savais pourquoi ce partenariat n'avait pas marché. ITN était minoritaire mais contrôlait 100 % de la chaîne au plan opérationnel et éditorial. La directeur de la rédaction était désignée par le Pdg du groupe et lui faisait un «reporting» quotidien.

Comment se répartissent les pouvoirs, aujourd'hui ? Et comment garantir l'indépendance de la ligne éditoriale ?

Avec 53 % du capital, Naguib Sawiris a le contrôle financier et les actionnaires publics, le contrôle éditorial. Sur ce sujet rien ne peut se faire sans leur accord. Le pacte d'actionnaires sépare donc bien les pouvoirs et des clauses, que je ne peux pas dévoiler, donnent également au public des droits de véto eu égard au capital ou encore sur un plan économique. Le conseil éditorial qui a été créé se situe au même niveau que le conseil de surveillance. Il se compose de dix membres : sept pour les actionnaires publics et trois pour Naguib Sawiris lequel compte huit membres dans le conseil de surveillance qu'il préside ce jeudi. Le public, lui, siège avec sept membres dont le président du conseil éditorial.
Euronews rédaction
Photo d'illustration (Crédits : Laurent Cerino/ADE)

Paolo Garimberti, ex président de la RAI et ex président du conseil de surveillance de Euronews, a été nommé à la présidence du conseil éditorial le 9 juillet dernier. Cette nomination n'est pas officiellement définitive. Expliquez nous ?

Il a bien été nommé pour 4 ans mais nous nous sommes engagés vis à vis de la Commission européenne à lancer un appel d'offres d'ici à la fin de l'année. Paolo Garimberti sera candidat, bien sûr.

Les trois collectivités territoriales (Région, Rhône et Métropole) devenues actionnaires en échange du remboursement d'un prêt de 1,8 million, accordé lors de l'installation de la chaîne en 1993, ont une participation microscopique.

Pour le local, ce qui compte c'est que Euronews s'ancre à Lyon. C'est le cas avec le siège que nous inaugurons ce jeudi dans le quartier de la Confluence. Le 19 juin dernier, Gérard Collomb a dit tout le plaisir qu'il a eu à rencontrer Naguib Sawiris. C'est un homme du monde qui a fait ses études en Allemagne et en Suisse. Ses valeurs sont sociales démocrates et il se revendique laïc, avant tout.

« Depuis cinq ans on investit peu dans le numérique. Notre choix était simple soit nous nous développions soit nous réduisions la voilure », avez vous déclaré en février dernier pour justifier l'ouverture du capital. Que sera Euronews demain ?

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Nous allons réinventer Euronews. Le modèle de production va évoluer et donner la priorité au numérique. Le monde dans lequel on vit a changé. Si l'on veut survivre, il faut jouer la carte du «Digital First». Plutôt que de procéder à un plan de restructuration, comme d'autres l'ont fait, nous faisons le pari d'un plan de développement baptisé «Euronews next». C'est totalement novateur avec une part de risques. Nous voulons que le contenu des 13 langues que nous déclinons ait davantage de caractère et fasse plus de sens aux différentes audiences (pays et usages). Il faut davantage mettre en avant notre caractère spécifique du multilinguisme. Nous nous sommes fixés 300 jours pour mettre en œuvre ce projet d'entreprise. Je l'ai annoncé au personnel le 13 octobre. Des ateliers vont être lancés et nous ferons des points réguliers avec le middle management.
Michael Peeters
Photo d'illustration (Crédits : Laurent Cerino/ADE)

La bataille fait rage sur le front des chaines d'info en continu, en France en particulier.

Euronews est français et fier de l'être mais nous ne sommes pas un média national. Il existe aussi une sur offre en Angleterre, en  Allemagne et bientôt en Italie. Avec le digital les murs sont tombés. Russia Today, AL Jazeera, Politico* arrivent en Europe avec des moyens considérables. Nous sommes aussi en concurrence avec des «pure players» Internet internationaux : Yahoo News, Google News, Apple News. C'est cela notre marché. Nous devons réagir.

Euronews est diffusée en 13 langues. Jusqu'où pouvez vous aller ?

Nous atteignons une limite avec notre modèle actuel. Ce ne sera plus le cas avec le nouveau modèle que nous allons valider.

La création de votre filiale Africanews, consacrée au continent européen, et basée à Brazzaville, a été reportée à la fin de l'année. Pourquoi ce décalage ?

Le lancement a pris un peu de temps mais nous ne sommes pas en retard. Monter un média transafricain n'est pas simple et il faut former des gens. Stephan Smith (Ndlr : ancien responsable Afrique du Monde et Libération) est mon conseiller, et sans lui cette chaine n'aurait pas vu le jour. Mais Africanews est un media africain fait pour des Africains et par des Africains que nous recrutons.

A vous déployer partout, n'allez vous pas perdre votre âme paneuropéenne ?

Lorsque j'ai annoncé à la Commission européenne qu'un actionnaire non européen allait entrer au capital, la première réunion ne s'est pas bien passée, à vrai dire. J'ai convaincu Bruxelles que l'ADN d'Euronews restait européen bien que nos effectifs soient composés de 30 nationalités dont certaines hors du continent européen. Notre future « base line » (Ndlr : slogan) accompagnant notre nouveau logo, expliquera en quelques mots le positionnement de Euronews. Elle sera dévoilée lors de l'inauguration officielle ce soir, tout comme le nouvel habillage de la chaîne qui l'un et l'autre seront mis en service à la fin du premier trimestre 2016.

 Euronews en chiffres

  • Création : janvier 1993.
  • 24 chaînes publiques actionnaires
  • 800 collaborateurs (400 journalistes) à Lyon
  • Budget 2015 : 73 millions (sic)
  • 10 millions de pertes annuelles
  • Audience : 4,44 millions de spectateurs par jour (sic)
  • Nouveau siège : 10.000 mètres
  • Coût : 55 millions (30 pour la construction et 25 pour l'installation).
  • Propriétaires du bâtiment : Euronews (35 %), Groupe Caisse des dépôts (25 %) et Voies Navigables de France (40 %)
Euronews siège
Siège de la chaine d'information continue Euronews à Lyon (Crédits : Laurent Cerino/ADE)

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Marie Annick Depagneux

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