Une rentrée qui en soit vraiment une
Par Bernard Devert, fondateur d'Habitat et Humanisme
Par Bernard Devert, fondateur d'Habitat et Humanisme
Ne serions-nous pas paralysés par l'explosion du transfert d'activités d'un bout à l'autre du monde, d'une financiarisation de l'économie et d'expertises dont les scenarii contradictoires oscillent entre "la fin d'une histoire" de Francis Fukuyama) et l'espoir de réguler les crises pour en sortir à moindre frais.
Les faits montrent que les oukases ne changent pas le réel tant il est complexe ; l'heure est celle d'un grave désenchantement que les commémorations de cet été atténuent, le temps de la mémoire soulignant que l'esprit et la force de la volonté récusent la promesse du pire.
Il ne s'agit pas de faire des arrêts sur image mais plutôt de s'inscrire dans un acte de création rappelant - pour rester dans le temps, fût-il maussade - que mars préparant en secret le printemps lui offre un 'déjà-là'.
Ce "déjà-là" est celui né d'actes de résistance pour dire non à la déshumanisation qu'entraînent les guerres, notamment celle, jamais déclarée, d'une économie qui n'en est pas moins violente pour entraîner l'exode de millions de chômeurs en recherche d'un travail et l'exil pour ceux qui, lassés de trop de refus, perdent cœur. La courbe du chômage ne s'infléchit point mais en revanche fait courber bien des foyers.
Le front sur lequel nous sommes est celui de terrains qui demeurent en friche, pour ne point faire surgir en nombre un habitat de cohésion sociale, libéré enfin de ces stigmatisations qui déjà préparent de nouveaux conflits.
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La crise, l'expression est retenue même si elle n'est pas exacte, fait apparaître une cécité partagée comme si nous nous ne voulions pas voir que 600 000 enfants sont victimes deux fois du mal logement : un présent abîmé et un avenir compromis.
Les statistiques voilent pudiquement le réel alors qu'elles disent sans fard le donné d'une situation. Habitués à les entendre, nous n'habitons point le drame qu'elles soulignent même si, ici et là, des velléités d'indignations se manifestent pour ne point désespérer de ce que nous sommes. Le palliatif social ne nous sauverait-il pas de nous-mêmes, laissant dans des abîmes les plus vulnérables. Quand comprendrons-nous que le sujet n'est pas de s'indigner mais d'éradiquer ce qui est indigne.
La rentrée s'affiche difficile sur le plan politique, économique et social ; elle le sera bien sûr pour les plus fragilisés. Souvenons-nous de l'expression si juste de la philosophe Simone Weil : "Ce n'est pas le chemin qui est difficile, mais le difficile qui est le chemin". La Nation doit s'interroger sur ce chemin qu'il n'est pas possible de déserter. Alors, pourquoi malgré bien des voix autorisées, le mal-logement n'a-t-il jamais été reconnu comme une grande cause nationale.
Pourquoi le logement est-il un enjeu politique oublié à la veille des élections, chacun saisissant avec crainte que prendre la question à bras le corps, c'est se mettre à distance des idées toutes faites, convenues à l'égard de ceux touchés par la grande pauvreté.Qui ne voit pas le drame des taudis, de ces 'machines à loger' concentrant la misère avec comme corollaire une carte scolaire brisant l'égalité des chances. Faut-il le surgissement des émeutes pour voir clair ?
La Société est à la recherche d'un souffle ; offrons-lui celui de bâtir une fraternité, dans cette perspective de construire pour servir la cause de ceux oubliés, méprisés au point de n'avoir point de toit.
L'ouverture n'est jamais d'évidence ; il faut non seulement la volonté de la construire mais aussi le courage de l'assumer pour mettre au pas les logiques du court terme.
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Ne soyons pas victimes d'une illusion que les mots entretiennent, répétant à l'envi un développement durable. Sommes-nous bien décidés pour ce faire à briser les peurs liées à la différence, entretenues pour ne point se presser de lutter contre l'indifférence, alors que le seul débat d'avenir qui vaille est celui de l'école de la fraternité pour un mieux "vivre ensemble".Travaillons à cette valeur de la République pour offrir à la démocratie le sens qui la fera durer.
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