La culture ne doit pas rimer avec toujours plus d'aides
Steven Hearn, président de Scintillo
Steven Hearn, président de Scintillo
Contrairement à une idée reçue dans le secteur culturel, « économique » ne doit pas rimer avec « toujours plus d'aides ». Car si la subvention et le mécénat doivent irriguer la création, soutenir l'émergence de nouvelles formes artistiques et de nouveaux artistes, c'est gaspiller ces fonds que de les utiliser comme perfusion d'entreprises inefficaces ou par simple clientélisme. Les entrepreneurs du secteur, qui sont ceux, qui produisent, transforment, distribuent la création et qui font travailler des artistes, des salariés intermittents, des créatifs ne demandent rien d'autres que d'avoir la confiance de ceux qui dans d'autres domaines investissent.
Prenons le cas d'une entreprise culturelle qui ne saurait réfléchir son équilibre économique qu'avec de la subvention, qui perdrait inexorablement ses clients ou son public, incapable de renouveler son modèle... En tant qu'usager et citoyen, je pense qu'il est important de soutenir la création de nouveaux services, de produire du contenu critique exigeant ou d'accompagner des œuvres difficiles et des artistes d'avant-garde... Mais en tant qu'entrepreneur, je préfère défendre l'idée que nous devons trouver un modèle économique intelligent qui sache concilier exigence culturelle et efficacité économique. Car ce qui tue la culture, ce n'est pas cette dynamique, c'est l'entre soi, la paresse intellectuelle et le misérabilisme.
Et la culture bien pensée crée de la valeur, pas seulement financière d'ailleurs, mais du sens, des émotions, des codes. Si dans la dernière décennie, l'innovation numérique a fait l'objet de toutes les attentions et capté les investissements, il serait dommage de faire l'impasse sur la valeur ajoutée produite par les entreprises créatives et culturelles.
A l'heure où l'on réinvente les modèles, il est important d'écouter aussi les entrepreneurs de la culture, entrepreneurs d'un nouveau type : galvanisant la création, capables d'intégrer des logiques capitalistique et financière qui seules permettent le développement, très sensibles aux préoccupations de la sphère sociale et solidaire, comprenant l'importance de l'intérêt général. Je sais combien Fleur Pellerin aura à cœur, en respectant cinquante ans de tradition de politique culturelle héritée de André Malraux et Jack Lang, de reconfigurer ce ministère et d'encourager le lien entre création, innovation et entrepreneuriat culturels.
Car, oui, l'entreprise est un objet politique et sa responsabilité sociale est immense. Elle est cette puissante mécanique méthodologique et citoyenne qui unit des hommes et des femmes, tisse des liens au quotidien sur le long terme, et crée de la valeur sociale, économique, culturelle.
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Si la France n'est peut-être pas toujours attendue dans tous les domaines, la culture française est exceptionnelle, connue et essaime partout dans le monde. Pour encore mieux la produire, la diffuser, la transformer, les entrepreneurs du secteur sont là... Reste aux investisseurs publics comme privés de nous y accompagner judicieusement. Il en va de notre rapport au monde, du développement de nos valeurs et de notre rayonnement international.
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Aussi, pourquoi ne pas créer ensemble le premier fonds de capital-risque du secteur ? Appuyé sur les compétences éclairées de bpifrance, il permettrait de donner un signe fort pour faire entrer dans le XXIème siècle mondialisé nos meilleures entreprises culturelles françaises.
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