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La crise du microcrédit est salutaire !

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Publié le 17 avril 2015 à 14:38 - Mis à jour le 17 avril 2015 à 14:41

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La révolution du micro-crédit prônée par le Prix Nobel de la Paix M. Yunus n'a pas tenu toutes ses promesses. Mais une autre a eu lieu, sous la forme d'une contre-révolution qui place la concurrence et la défense de la propriété privée au cœur du fonctionnement des institutions, et marquée par un besoin croissant d'inclusion financière. Par Jean-Michel Servet, économiste et auteur de l'ouvrage "La vraie révolution du micro-crédit" (Odile Jacob).

En 2006, l'attribution du Prix Nobel de la Paix au professeur banquier M. Yunus et à la Grameen Bank du Bangladesh a très largement médiatisé un nouveau mode d'inclusion financière, le microcrédit. Il aurait dû éliminer la pauvreté, révolutionner l'aide au développement. Des rendements financiers appréciables pour les prêteurs seraient devenus compatibles avec un accroissement des revenus des emprunteurs, l'amélioration de la scolarisation de leurs enfants, l'empowerment des femmes, un meilleur état sanitaire pour tous. Cette révolution dans la finance devait rapidement remplacer les politiques administrées de crédit bon marché dans les pays en développement et alléger les dépenses publiques. Mais celle-ci n'a pas tenu ses promesses.

Un besoin croissant d'inclusion financière

Dans les pays développés l'illusion qu'on pourrait demain bénéficier d'un instrument financier à destination des chômeurs, dont les bénéficiaires couvriraient les coûts, a elle aussi disparu. Le microcrédit y demeure un outil pour l'emploi, financé par des collectivités publiques et des fondations privées. Et le nombre de sans-emploi est plus de trente fois supérieur à celui de ses bénéficiaires dans un pays comme la France, qui peut pourtant se prévaloir d'être un des pays les plus avancés en ce domaine.

Mais une autre révolution a eu lieu : celle d'une expansion à échelle planétaire du besoin d'inclusion financière, de la financiarisation et de l'intermédiation financière, avec l'offre de services financiers par de nouveaux opérateurs. Cette révolution s'est réalisée sous la forme d'une contre-révolution qui place la concurrence et la défense de la propriété privée au cœur du fonctionnement des institutions, y compris pour des populations parmi les plus démunies.

Des rébellions d'emprunteurs

L'appui de fonds à but lucratif et la compétition entre organisations a poussé à une commercialisation considérable de ce service financier et à délaisser fortement le financement de l'agriculture, activité pourtant vitale. Des taux d'intérêt qui atteignent 30 % et qui peuvent dépasser 100 % l'an sont dans des pays en développement ou émergents un attrait pour des financiers à la recherche d'une diversification de leurs placements.

Mais, l'Inde, le Maroc, le Nicaragua et la Bosnie, lieux de forte expansion du marché du microcrédit, ont connu une baisse inattendue des remboursements et des rébellions d'emprunteurs sont apparues. De nouvelles crises du microcrédit pourraient demain éclater en Afrique du Sud, au Sénégal, en Bolivie, au Pérou, au Mexique, au Cambodge, en Mongolie ou au Kirghizstan. L'image médiatique du microcrédit est devenue globalement de plus en plus négative.

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La crise du microcrédit est salutaire

Ces crises ne signifient pas qu'il faille jeter le bébé microfinance avec l'eau du bain. Depuis les années 1980, la transformation néolibérale croissante des interdépendances entre les activités humaines, à niveaux global et locaux, a abouti à une forte dépendance à la finance des autres. Une large partie des relations entre les territoires et au sein de ceux-ci passent par des interdépendances financières. Les liens entre les unités productives se manifestent dans des cadres financiers. Mais nous n'en tirons donc pas comme conséquence que l'offre de services financiers doit reculer.

La crise connue par le microcrédit est salutaire, car la microfinance a retrouvé l'utilité de l'épargne. Elle a élargi la gamme des services aux transferts, aux paiements, à l'assurance des biens et des personnes. Des centrales d'information sur les prêts, des politiques de protection des consommateurs, des soutiens aux bonnes pratiques notamment ont été mises en place. Ceci ne suffit pas. L'inclusion financière se trouve désormais confrontée à une autre révolution : la refondation de la monnaie et de la finance par de nouvelles pratiques de partage. Les success-stories de vaillantes microentrepreneuses ont été utilisées comme porte-drapeau du néolibéralisme. Avec le recul de l'hégémonie de celui-ci, un nouveau défi s'offre aux sociétés assujetties à la finance.

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