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Il faut revoir nos politiques agricoles françaises et européennes

Marc Dufumier

Publié le 29 mars 2017 à 08:03

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L'agriculture française est en crise. Mais pour faire face, certains agriculteurs "résistants" ont mis en place des systèmes de production inspirés de l'agro-écologie. Un virage que doit désormais opérer toute l'agriculture française. Par Marc Dufumier, professeur émérite à AgroParisTech et auteur de "50 idées reçues sur l’agriculture et l’alimentation" (Allary éditions ; 2014).

Malgré un excédent de la balance commerciale agricole et alimentaire plus qu'honorable (de 9 à 10 milliards d'euros par an), l'agriculture française est bien en crise. Cette crise qui concerne la quasi-totalité de nos filières de production bas de gamme (poulets de chair, viandes porcines, poudre de lait, viandes, céréales, etc.) n'est pas conjoncturelle et ne résulte pas du seul embargo russe sur certaines de nos exportations agricoles.

Elle découle bien davantage de politiques agricoles erronées qui, par le biais de subventions accordées en proportion des surfaces exploitées, ont délibérément encouragé les productions à grande échelle et à faible coût. Le problème est que la France des mille et un terroirs n'a en réalité aucun avantage compétitif pour développer de telles formes d'agricultures industrielles.

Industrie

De façon à produire aux moindres coûts monétaires et répondre aux exigences de standardisation des industries agro-alimentaires et de la grande distribution, nos agriculteurs ont été pour la plupart contraints de s'équiper en infrastructures et matériels de plus en plus coûteux. Afin d'amortir au plus vite leurs nouveaux équipements ils durent spécialiser exagérément leurs systèmes de culture et d'élevage, en ne disposant pour ce faire que d'un nombre très limité de variétés végétales ou races animales à haut potentiel génétique de rendement, mais très sensibles aux éventuels insectes prédateurs et agents pathogènes.

D'où le recours à toujours plus de produits phytosanitaires (fongicides, herbicides, insecticides, etc.) et vétérinaires dont les procédures d'autorisation de mise sur le marché sont de plus en plus sujettes à caution. Avec pour conséquences un grand nombre de dégâts environnementaux (les algues vertes sur le littoral, les nitrates et désherbants dans la nappe phréatique, les inondations dans les vallées, les émissions de gaz à effet de serre, etc.) et une qualité souvent douteuse des aliments (les antibiotiques dans la viande, les hormones dans le lait, les résidus pesticides sur les fruits et légumes, etc.).

Rémunération

Pour la plupart endettés jusqu'au cou et soumis à un travail harassant, nos agriculteurs s'interrogent à juste titre sur leur devenir : ne risquent-ils pas de tomber prochainement en faillite et devoir renoncer à leur métier avant même de partir à la retraite ? De quels revenus pourront-ils alors disposer ? Et qui pourrait donc reprendre leurs exploitations agricoles dans lesquelles ils ont tant investi ? Avec un agriculteur qui se tue en moyenne tous les deux jours, le taux de suicide, en relation au nombre d'actifs au travail, est de 20% supérieur à la moyenne nationale dans la profession agricole.

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Fort heureusement, des agriculteurs "résistants" ont su déjà mettre au point divers systèmes de production agricole adaptés chacun aux conditions locales de leurs différents terroirs. Ils font un usage intensif des ressources naturelles renouvelables (l'énergie lumineuse et le gaz carbonique en excédent dans l'atmosphère pour les besoins de la photosynthèse et la production de nos calories alimentaires, l'azote de l'air pour la fabrication de nos protéines végétales, etc.), tout ayant le moins possible recours aux énergies fossiles et aux produits pesticides. Très savantes, ces formes d'agriculture paysanne inspirées de l'agro-écologie n'en sont pas moins bien plus artisanales et exigeantes en travail que l'agriculture dite "conventionnelle". Elles méritent donc d'être mieux rémunérées ; et c'est tout l'intérêt de l'agriculture biologique de pouvoir bénéficier de prix plus rémunérateurs en échange du respect d'un cahier des charges particulier et d'une procédure de certification rigoureuse.

Quelle PAC ?

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Mais c'est bien désormais toute l'agriculture française qui va devoir opérer un tel virage pour garantir la qualité sanitaire de nos aliments et préserver la fertilité de nos écosystèmes. On ne doit surtout pas en effet se résoudre à voir les produits bios réservés aux seules personnes aisées et laisser les populations les moins fortunées ingurgiter des perturbateurs endocriniens. Il nous faudra donc revoir complètement nos politiques agricoles française et européenne. Les subventions de la Politique agricole commune (PAC) de l'Union européenne, actuellement distribuées sous la forme d'aides proportionnelles à la surface exploitée et presque totalement "découplées" de la production, vont devoir être prioritairement réorientées en faveur de l'agriculture bio et de la rémunération des services sanitaires et environnementaux que les formes d'agriculture inspirées de l'agro-écologie procurent à l'ensemble de la société. Les paysans qui œuvrent pour l'intérêt général pourraient être alors ainsi correctement rémunérés sans que les consommateurs aient à supporter des prix trop élevés.

À la veille d'une réforme programmée de la PAC pour l'après 2020, nos candidats à la présidentielle ne pourraient-ils pas se prononcer clairement sur ce point ?

Marc Dufumier

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