Parc OL : le zoo des temps modernes

Denis Lafay
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Ce soir, sur la pelouse du stade de Besiktas, ils vont livrer un combat. Oui, un combat pour préserver l'avantage du match aller et se qualifier pour les demi-finales de la Ligue Europa. Un combat pour faire face à la démesure d'une arène réputée pour la fureur de ses spectateurs. Un combat pour faire barrage aux ressentiments vengeurs de supporters co-coupables des scènes de guérilla qui émaillèrent la rencontre aller du 13 avril au Parc OL, et que le scrutin du 16 avril conférant à Recep Tayyip Erdogan les pleins pouvoirs et fracturant la société en deux aura un peu plus hystérisés. Enfin, un combat qui survient quatre jours après l'invraisemblable et insupportable scénario du stade bastiais de Furiani - tristement célèbre pour la catastrophe du 5 mai 1992 (18 morts, plus de 2 300 blessés) -, au cours duquel les joueurs lyonnais auront été victimes d'agressions perpétrées sur le terrain...et jusque par des officiels du club !
Démesure, fureur, vengeance, guérilla, agression... et donc combat : voilà le glossaire qui sied à la description du football au XXIe siècle. Et de devoir espérer pour les sportifs lyonnais qu'ils aient le courage nécessaire pour être à la hauteur dudit combat qui les attend, de trembler pour leur intégrité physique, fait froid dans le dos.
Froid dans le dos : c'est aussi ce que les spectateurs du match aller à Lyon ont éprouvé tout au long d'une rencontre où les émotions rivalisaient : de l'incompréhension à la peur, du désarroi à l'effroi. Ce devait être un jour de fête ; ce ne fut que spectacle de tensions, de provocations, de bagarres, de haine. Il n'y avait qu'à observer les visages, les regards, les expressions, les attitudes des belligérants pour ressentir, un peu, de leur folie.
Pour qui siégeait près du fameux virage sud d'où éclatèrent les émeutes postérieures à celles qui quelques heures plus tôt avaient embrasé les extérieurs du stade, la moindre nouvelle étincelle semblait promettre le chaos total, semblait annoncer la reproduction de drames aussi effrayants que celui du Heysel. Ainsi cerné par des dizaines de milliers de guerriers, qui encerclaient à droite, à gauche, au-dessous, au-dessus, ainsi exposé aux fumigènes et aux bombes agricoles, ainsi vulnérable au moindre mouvement de foule cherchant qui à enflammer qui à fuir l'horreur, l'impression de suffocation envahissait.
Denis Lafay
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