Comment construire un capitalisme d’intérêt général ?

Thierry Weil
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Dans cette période électorale régressive, certains veulent nous faire croire que nous aurions le choix entre un capitalisme dérégulé sans égard pour les laissés pour compte de la mondialisation et un repli isolationniste dont nous n'avons pas les moyens, car pour pouvoir s'isoler, il faudrait être autonome. ![]()
Même si leurs propositions sont irréalistes, les grands simplificateurs d'une droite et d'une gauche qui refusent le qualificatif d'extrême ont beau jeu de constater le désordre de notre société, le dysfonctionnement des dispositifs censés garantir l'égalité des chances, le délitement des solidarités. Les riches ont le sentiment que leurs impôts servent à alimenter le tonneau percé d'un État incapable d'exercer efficacement ses missions de service public et sont tentés par la sécession. Ceux qui "rament", excédés, veulent leur faire rendre gorge ou s'en prennent à divers "envahisseurs".
Pourtant, encore récemment, certains annonçaient la fin de l'histoire, la prospérité et la libération des individus grâce à l'implosion des pays communistes et des dictatures. Notre meilleur des mondes politiques et économiques n'a cependant pas su convaincre ceux qui ailleurs ont voté pour le Brexit ou pour Trump, ni ceux qui chez nous sont tentés par un soutien à Le Pen ou Mélenchon.
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Nous pouvons cependant refuser le choix binaire, voire l'absence de choix dont on nous menace. Comme le montre Pierre-Noël Giraud, il existe de multiples formes de capitalisme et celui-ci n'est pas incompatible avec des dispositifs de régulation plus ou moins ambitieux. Lorsque les marchés sont efficients, la recherche par chacun de son intérêt individuel optimise l'allocation et l'usage des ressources dans l'intérêt général. Lorsqu'ils ne le sont pas, l'intérêt général ne peut être garanti que par une régulation qui passe par la coercition ou l'incitation. Par exemple, si notre collectivité choisit de respecter des normes exigeantes en matière d'impact sur l'environnement ou de droits humains, il est légitime qu'elle protège ses entreprises, auxquelles elle impose ces contraintes, contre la concurrence de sociétés qui polluent ou exploitent leur main d'œuvre.
Thierry Weil