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Débats - La Tribune AURAOpinion - La Tribune AURA

"Hacktivisme" : quand le peuple reprend la main

Yannick Chatelain

Publié le 03 décembre 2018 à 15:53 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:14

Yannick Chatelain

Yannick Chatelain grenoble école de management

Agence Prisme / Pierre Jayet

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Si pour les gouvernances l’opinion a de tout temps fait office de vérité, le temps n’est-il pas venu que ce soit la vérité qui fasse l’opinion, s'interroge Yannick Chatelain, enseignant Chercheur, directeur du développement digital, Grenoble École de Management (GEM).

Hannah Arendt disait qu'« il n'a jamais fait de doute pour personne que la vérité et la politique sont en assez mauvais terme. »

Qu'ajouter à une synthèse aussi concise qu'Hannah Arendt qualifie elle-même de « lieu commun » ! Allant jusqu'à ajouter que « les mensonges ont toujours été considérés comme des outils nécessaires et légitimes, non seulement du métier de politicien ou de démagogue, mais aussi d'homme d'État ».

La vérité c'est l'opinion (sous-entendu l'opinion publique) et qu'importe comment on la façonne. Qu'importe les leviers qu'on utilise, au risque de la démagogie, de toutes les promesses irréalistes possibles, et de l'altération intentionnelle de la vérité ! Vous comme moi avons pu mille et une fois le constater ! Alors c'est donc comme cela que se gère un Pays, une Entreprise ? Les derniers des hommes seront les premiers ?

À quoi sert alors l'éducation, tout ce que les adultes inculquent (sont supposés inculquer) à leurs enfants sur l'importance de la vérité, de la droiture, de l'honneur ? Est-ce là une façon de les protéger, est-ce la une façon de les préparer au mieux à un monde d'adultes qui donnent le mauvais exemple de façon toujours plus audacieuse. Comme le résumait Desproges : « les enfants croient au père Noël, les adultes votent ».

Cette phrase de Pierre Desproges résonne dans les oreilles aussi puissamment qu'une phrase d'un Platon ! Quant au fameux « qu'est ce qu'on peut y faire ? » Tout ! Certains peuvent porter des « pierres », certains citoyens des « cailloux », d'autres « des grains de sable » et alors ? Pas pour les lancer sur quiconque ! Mais pour consolider la démocratie. Certainement pas pour la détruire. Voilà à quoi sert l'hacktivisme.

Dire la vérité n'est pas une sinécure !

Dans l'allégorie de la caverne Platon lui-même n'avait-il pas déjà prévenu l'homme ? Cet homme probablement comme vous, comme moi qui, pris de je ne sais quelle folie, se donnerait pour ambition de les délivrer « de la fausseté et de l'illusion »... Platon ne nous avait-il pas prévenus de notre sort ? Fasse à la masse, face à cette opinion cet antonyme de toute forme de vérité depuis des siècles : bien sûr que si ! Platon nous en avait prévenus : « s'il leur était possible de mettre la main sur un tel homme... ils le tueraient.

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« Toutes les gouvernances reposent sur l'opinion » affirmaitJames Madison.

Dans notre Technomonde informatisé et complexe, quoi de plus malléable qu'une opinion qui ne pense pas par elle même ? Non pas qu'elle soit stupide, mais parce qu'elle est entretenue dans l'ignorance, qu'elle ne dispose d'aucun outil de lecture ni d'aucune aide pour se forger une opinion qui lui soit propre. Dans cette configuration le mensonge de politiciens peut faciliter l'acceptation par l'opinion publique de choix (dans le domaine technologique entre autres) dont elle ne peut mesurer la dangerosité. Puisqu'on lui dit que c'est pour son bien et l'intérêt du collectif !

  • Voilà pourquoi l'hacktivisme a des missions. Entre autres lorsque la liberté d'expression est mise en danger.

  • Voilà pourquoi le projet de loi sur les fake news nous concerne toutes et tous, tout comme l'expérimentation douteuse actuellement réalisée en France : un curieux mélange des genres un mariage entre GAFA et État qui pourrait faire disparaître la liberté d'expression.

  • Voilà pourquoi cela doit être porté à connaissance, explicité, que cela soit compris par le plus grand nombre. Il est impérieux que chacun puisse se faire sa propre opinion et être exposé à des arguments qui ne seront certainement pas ceux des fervents défenseurs et porteurs de ces projets de loi liberticides.

Voilà pourquoi l'hacktivisme a des missions. Entre autres lorsque la liberté d'expression est mise en danger.

Voilà pourquoi le projet de loi sur les fake news nous concerne toutes et tous, tout comme l'expérimentation douteuse actuellement réalisée en France : un curieux mélange des genres un mariage entre GAFA et État qui pourrait faire disparaître la liberté d'expression.

Voilà pourquoi cela doit être porté à connaissance, explicité, que cela soit compris par le plus grand nombre. Il est impérieux que chacun puisse se faire sa propre opinion et être exposé à des arguments qui ne seront certainement pas ceux des fervents défenseurs et porteurs de ces projets de loi liberticides.

De la liberté d'expression sur Internet dans notre Technomonde dépend la possibilité de contestation (cf. Slacktivisme). Il faut être en mesure de défendre ce droit inaliénable dès lors qu'il est attaqué.

L'objectif n'est pas d'avoir raison ou tort. L'objectif est que chaque citoyen - du simple citoyen jusqu'au parlementaire supposé le représenter - puisse se forger une opinion qui lui soit propre ! Combien de parlementaires votent aujourd'hui des lois par simple automatisme partisan, sans forcément en comprendre les enjeux par défaut d'informations ? N'est-ce pas une question qui se pose ? Voilà la raison d'une chronique comme celle-ci.

L'hacktivisme : quand le peuple reprend la main ! La preuve par les « Gilets jaunes »

Et pour ceux qui penseraient que l'hacktivisme, ce n'est pas pour eux, ils se trompent. Partager cet article c'est déjà de l'hacktivisme ! L'hacktivisme réalisé dans un cadre éthique c'est en définitive se comporter et agir en citoyen, c'est prendre la parole, comme le font aujourd'hui les « Gilets jaunes ».

  • Le mouvement inédit des « Gilets jaunes », ne corrobore-t-il pas un certain nombre de mes propos ? Pour rallier l'opinion publique à sa cause le pouvoir aura d'abord tenté le discrédit par le quantitatif : parlant d'un mouvement qui s'essouffle, autrement dit, une infox ! N'ai-je pas déjà eu l'occasion de le souligner que la rue est un territoire de contestation à obsolescence programmée. Le quantitatif dans la rue n'est plus un critère nécessaire et suffisant pour juger de l'ampleur d'un mouvement... Le combat des « Gilets jaunes » ne pouvant être réduit au présentiel sur les ronds-points, ou au nombre de manifestants lors des rassemblements plus « officiels ». C'est la raison pour laquelle, l'argument du gouvernement a été hier et sera demain sans le moindre effet... si ce n'est un effet contre-intuitif : le déni de réalité étant devenu inaudible par une population exprimant massivement sont exaspération.

  • Nous noterons que la tentative de discrédit de ce mouvement en dénonçant sa violence et en montrant des images de casseurs n'aura pas été plus efficace, hormis le fait de faire peur et de décourager ceux et celles qui auraient souhaité participer aux rassemblements pacifiquement. Il a été contrecarré par des images de solidarité entre « Gilets jaunes » policiers et gendarmes relayées sur les réseaux sociaux.

  • Enfin la tentative grossière d'associer ce mouvement de contestation à des opposants politiques sera également vaine. Voilà un triple échec de communication de crise dont il devra tirer des enseignements.

Le mouvement inédit des « Gilets jaunes », ne corrobore-t-il pas un certain nombre de mes propos ? Pour rallier l'opinion publique à sa cause le pouvoir aura d'abord tenté le discrédit par le quantitatif : parlant d'un mouvement qui s'essouffle, autrement dit, une infox ! N'ai-je pas déjà eu l'occasion de le souligner que la rue est un territoire de contestation à obsolescence programmée. Le quantitatif dans la rue n'est plus un critère nécessaire et suffisant pour juger de l'ampleur d'un mouvement... Le combat des « Gilets jaunes » ne pouvant être réduit au présentiel sur les ronds-points, ou au nombre de manifestants lors des rassemblements plus « officiels ». C'est la raison pour laquelle, l'argument du gouvernement a été hier et sera demain sans le moindre effet... si ce n'est un effet contre-intuitif : le déni de réalité étant devenu inaudible par une population exprimant massivement sont exaspération.

Nous noterons que la tentative de discrédit de ce mouvement en dénonçant sa violence et en montrant des images de casseurs n'aura pas été plus efficace, hormis le fait de faire peur et de décourager ceux et celles qui auraient souhaité participer aux rassemblements pacifiquement. Il a été contrecarré par des images de solidarité entre « Gilets jaunes » policiers et gendarmes relayées sur les réseaux sociaux.

Enfin la tentative grossière d'associer ce mouvement de contestation à des opposants politiques sera également vaine. Voilà un triple échec de communication de crise dont il devra tirer des enseignements.

À l'heure des réseaux sociaux, le gouvernement aura appris, tout comme certains médias et communicants - à leurs dépens et face à ce mouvement inédit - que les leviers de manipulation de l'opinion publique qui ont été utilisés jusqu'alors sont des techniques d'un Ancien Monde qu'ils avaient prétention à changer ! Ces techniques sont devenues parfaitement obsolètes ! Dont acte !

« Le peuple a ses raisons que la déraison des puissants ignore ».

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

Yannick Chatelain

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