« Si la politique de la BCE continue, nous nous dirigeons vers un conflit au sein de la zone euro »

Pour Hans-Werner Sinn, il faut que la banque centrale cesse de racheter la dette des pays en difficultés.

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Hans-Werner Sinn, directeur de l'institut Ifo de Munich

Que peuvent faire les gouvernements pour sauver l'euro ?

Ce dont nous avons besoin en Europe, c'est d'une discipline fiscale, d'une période de sévère limitation des moyens budgétaires et d'une dévaluation, par la réduction des salaires et des prix, dans les pays de la périphérie par rapport aux pays centraux. Avec l'euro, beaucoup d'argent a coulé dans ces pays dont certains sont devenus inflationnistes et ont acquis un niveau de prix trop élevé pour être assez compétitifs. Nous devons revenir en arrière. Si l'on construit l'euro de façon à ce qu'il y ait toujours plus d'argent public à disposition, alors l'euro disparaîtra.

Ces exigences ressemblent à celles du modèle allemand...

À l'arrivée de l'euro, l'Allemagne a connu des temps difficiles avec du chômage, le plus faible niveau d'investissement de la zone et la plus faible croissance. À cause de ce marasme, les prix ont reculé, relativement aux autres pays de la zone euro, de 21 % entre 1995 et la fin de l'année dernière. Les salaires ont suivi dans la même proportion. Cette époque a été difficile, mais a rendu l'Allemagne a nouveau compétitive. L'Irlande a, dans une période encore plus courte, réduit ses prix et ses salaires et est redevenue compétitive. L'Espagne, le Portugal et la Grèce ne montrent pas le moindre signe d'une telle volonté. Et à mesure qu'on leur verse de l'argent, les ajustements nécessaires deviennent moins vraisemblables. Si on les aide trop, les prix et les salaires resteront aussi élevés qu'ils le sont aujourd'hui.

Comment jugez-vous le comportement de la BCE dans cette crise ?

Je vois un conflit entre les circonstances dans lesquels la BCE a toléré ou a pris des mesures fiscales et les règles de décisions au sein du conseil de la BCE. Dans ce conseil, chacun a une voix et des pays comme Malte et Chypre ont autant à dire que la France ou l'Allemagne. Il n'est pas tolérable que l'ancien président de la Bundesbank et son successeur soient durablement mis en minorité sur des mesures purement fiscales qui dépassent clairement le domaine de la politique monétaire. Le président allemand Wulff a attribué à la BCE l'intention de vouloir contourner le traité de Maastricht en achetant des obligations d'État. Si cette politique ne cesse pas, nous nous dirigeons vers un conflit d'importance au sein de la zone euro.

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