Une croissance en berne

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Le passif s'est aggravé depuis 2007, mais doit beaucoup aux décennies précédentes.

Dette, dépense et déficits publics... : les compteurs se sont emballés depuis 2007. La dette publique ? Passée de 1.209,5 milliards d'euros fin 2007 (64,2 % du PIB) à 1.694 milliards aujourd'hui (84,5 % du PIB). En cause notamment, l'effet boule de neige de déficits passés de 50,3 milliards d'euros en 2007 (2,7 % du PIB) à 148,8 milliards en 2010 (7,1 % du PIB), un plus-haut depuis la Seconde Guerre mondiale intégrant, il est vrai, les 35 milliards d'euros du grand emprunt pour les investissements d'avenir, pourtant décaissés seulement à partir de 2011.

Le plan de rigueur annoncé fin août 2011 vise à réduire ce déficit à 5,2 % du PIB cette année, 4,5 % en 2012 et 3 % en 2013. Des engagements pris envers l'Europe que maintient le gouvernement, malgré un déficit de l'État revu à la hausse à 97,5 milliards d'euros pour 2011 et des perspectives de croissance fragiles (1,75 % du PIB pour 2011 et 2012 et 2 % pour 2013-2015). D'ailleurs, pour 2012, l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) ne table que sur 0,8 % de croissance et un déficit public à 5,2 % du PIB...

La capacité du gouvernement à résorber ce trou dépend en partie de la « composition » de ce fameux déficit. Et, sur ce point, la bataille des chiffres fait rage. Si tout le monde s'accorde à attribuer un tiers du déficit à la crise, pour le reste, c'est plus compliqué. « La difficulté est de décomposer dans le solde public ce qui est de l'ordre conjoncturel de ce qui est structurel », explique Mathieu Plane, économiste à l'OFCE. La crise a certes sa part de responsabilité, puisque, précise Nicolas Bouzou, directeur du cabinet d'analyse économique Asterès, « elle pèse 30 points de PIB dans la dette ». Mais, poursuit l'économiste, « nous sommes entrés dans la crise avec des déficits publics trop élevés ».

De fait, dans son rapport sur les finances publiques de juin 2011, la Cour des comptes relève que, si « la crise explique directement le déficit de 2010 à hauteur de 2,2 points », en « 2007, juste avant la crise, le déficit structurel représentait déjà 3,7 % du PIB ». Et d'ajouter que « ce niveau est l'héritage de plus de trente ans d'incapacité à maîtriser les finances publiques ». Les politiques budgétaires ont été systématiquement contra-cycliques, juge la juridiction financière, pointant les baisses d'impôts (pour 2,8 points du PIB entre 1997 et 2007) et les hausses des dépenses.

Une analyse que réfute Pierre-Alain Muet, vice-président du groupe PS à l'Assemblée : « En 2010, les 100 milliards d'euros de déficit structurel sont surtout dus aux cadeaux fiscaux de ces dernières années. En 2008, alors que nous étions en sommet de cycle, nous aurions dû aborder la crise avec un déficit structurel faible. »

Pour autant, sur le quinquennat, la baisse des prélèvements obligatoires n'est pas patente puisque, note Mathieu Plane, leur taux sera plus élevé en 2011 (43,5 %) et 2012 (44,2 %, proche du pic historique de 44,9 % en 1999) qu'en 2007 (43,4 %), le « paquet fiscal » (loi Tepa), même écorné, étant plus que compensé par la hausse des impôts liée à la réduction des niches fiscales. La promesse de faire baisser le taux des prélèvements n'a pas été tenue, pas plus que celle de réduire la part des dépenses publiques dans le PIB. Pourquoi ? « Le PIB par tête s'est contracté, à raison de 0,3 point par an en moyenne, entre 2007 et 2012. Une grande partie de la hausse du déficit sur cette période est imputable à cette baisse de l'activité », indique Mathieu Plane. Résultat, les dépenses publiques globales devraient atteindre, en 2012, 56,5 % du PIB contre 52,6 % en 2007, sans qu'il y ait eu de gabegie.

De quoi relativiser les marges de manoeuvre sur la baisse des dépenses publiques. Mathieu Plane se montre prudent, la politique restrictive menée actuellement contre le déficit structurel « laissant peu de chances à la croissance » : « Si l'on continue, le conjoncturel va devenir structurel avec une dérive explosive du chômage de longue durée et un sous-investissement durable des entreprises. » C. J.

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